Violées par des hommes armés, excisées, marginalisées dans une société patriarcale, les Somaliennes ont à peine voix au chapitre dans la vie politique de cet État en lambeaux, les élections en cours illustrant tous les obstacles qui entravent leur émancipation politique.

Un quota de 30% de femmes au parlement a certes été introduit pour les élections en cours, mais la société somalienne et ses traditions pèsent encore de tout leur poids dans un pays miné par les attaques des islamistes shebab et les rivalités claniques.

"Les femmes somaliennes ont leur place dans la vie quotidienne, mais c’est plus difficile quant il s’agit de politique", explique à l’AFP Deqa Yasin, vice-présidente du Conseil électoral somalien, dont le président est un homme.

"Comment s’assurer que le processus soit aussi inclusif que possible ?", s’interroge-t-elle.

Sur fond de pressions internationales, le Forum rassemblant les principaux membres de l’exécutif somalien - des hommes issus du gouvernement central mais aussi des exécutifs régionaux - ont accepté qu’un quota de 30% de femmes soit appliqué aux 54 sièges de sénateurs, aux 275 députés ainsi qu’au 14.025 délégués désignés par les aînés des clans et chargés d’élire les députés.

Mais la réalité a du mal à se hisser au niveau des déclarations d’intention. Au 24 novembre 2016, après plusieurs semaines d’un scrutin toujours en cours et qui devra in fine déboucher sur l’élection d’un président, seuls 23 des 142 sièges de députés (16%) et 10 des 43 sièges de sénateurs (23%) déjà attribués l’ont été à des femmes.

Le parlement monocaméral sortant comptait 14% de femmes et, en l’état, les progrès sont marginaux.

En l’absence de suffrage universel et de partis politiques, le clan et la tradition restent au cœur du processus électoral, ce qui implique que la femme ne l’est pas. Les 14.025 délégués qui forment le corps électoral pour l’élection des députés sont d’ailleurs choisis par un groupe de 135 aînés, tous des hommes.

Malgré le quota imposé, de nombreux chefs de clan ne souhaitent pas être représentés par des femmes et estiment que chaque siège qui leur est accordé est un siège perdu. Certains des nombreux retards dont ont souffert les élections ont été causés par des tractations entre clans rechignant à "sacrifier" leurs sièges en les accordant à des femmes.

Ces réticences signifient que le seuil des 30% ne sera vraisemblablement pas atteint, estime Michael Keating, plus haut représentant de l’ONU en Somalie, qui note toutefois une "légère évolution de la culture politique", dans laquelle les femmes s’impliquent plus qu’avant.

- Les hommes, leurs armes, leur argent -

De nombreuses femmes occupaient des postes à responsabilité sous le régime dictatorial de Siad Barré, mais son renversement en 1991 par des milices claniques ainsi que la guerre civile qui a suivi ont entraîné une régression profonde de la place des femmes dans une société somalienne dominée par les hommes, souvent par les armes, toujours grâce à l’argent.

La Somalie est depuis montrée comme un exemple par excellence d’Etat défaillant et certains estiment qu’il est temps de laisser aux femmes la possibilité d’influer sur la destinée du pays.

Durant les longues années de guerre civile, les femmes ont été "la colonne vertébrale des communautés", estime Miriam Aweis, 46 ans, députée élue dans la ville portuaire de Kismayo (sud). Pourtant, regrette-t-elle, "notre système traditionnel" exclut les femmes de la vie politique.

Ministre des Femmes depuis 2011, Mme Aweis a été une pionnière de la revendication du quota de 30%. "Nous avons dû batailler pour que les politiciens acceptent que les femmes fassent partie de ce processus et de la prise de décision".

Certaines listes soumises par les états régionaux pour l’élection du Sénat incluaient des chefs de guerre, tandis que d’autres ne comportaient aucune femme.

Et si les plaintes de l’ONU quant à l’inclusion de chefs de guerre ont été ignorées, les listes intégralement masculines ont été refusées pour violation des règles électorales, et renvoyées pour modification, raconte Deqa Yasin. "Je ne peux pas changer la mentalité et la culture somaliennes, mais je dispose d’autres armes : les règles et les lois".

AFP

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