Moi je n’avais vraiment pas voulu noircir beaucoup de papiers sur la question des Kolgwéogos, quand le débat avait envahi toutes les pages du net et tous les médias de la nation burkinabé. Ce débat, entre partisans et pourfendeurs de la chose, était tellement passionné qu’il n’était plus passionnant. Pourtant, il s’agissait, là, d’un sujet d’intérêt national. Je suis obligé, ici, de porter l’interrogation sur les Kolgwéogos à ma conscience, pour une simple raison de clarification conceptuelle à l’attention des jeunes apprenants des lycées, qui sont les citoyens de demain. Au cours de ce weekend, en parcourant la copie de l’un de ces jeunes élèves de classe de terminale littéraire, j’ai, avec sourire, lu les propos suivants : « Au Burkina, l’Etat n’a pas le monopole de la justice ; les chefs de canton et les Kolgwéogos, eux aussi rendent la justice. » Comme vous le devinez, son sujet de réflexion est : « L’Etat a t-il le monopole de la justice punitive ? ». Cet élève, vous le voyez tout de suite, a raison. Il a des preuves aussi, parce qu’il a, à sa portée, les rumeurs, la presse, les réseaux sociaux et la réalité concrète de son village. Je me suis juste contenté de mettre, dans la marge de sa copie, l’annotation suivante : « pensez-vous qu’il soit légal que les chefs de cantons et les Kolgwéogos rendent la justice punitive ? » Ma question fera certainement l’objet d’un débat passionné dans cette classe, lors de la correction de cette dissertation de philosophie. Le débat que je fuyais, m’a ainsi rattrapé. Alors, autant qu’on en parle ; autant qu’on en parle, mais sans passion, sans intention de frustrer l’opinion de qui que ce soit.

Les Kolgwéogo de la nation

Les Kolgwéogo, ces fantômes du passé glorieux africain, je les aime bien. Ils sont l’écho de ces temps où l’Afrique, l’Afrique des fiers guerriers de la savane, était encore elle-même. Les lecteurs qui connaissent Zassi Goro l’auteur, savent que j’ai rendu hommage, dans un roman, à ces hommes héroïques de temps révolus, dans leur version Mandé- les Doso et les Simbon. Ma conclusion, après cet hommage, peut être récapitulée ainsi : Les Kolgwéogos, qu’on les prenne ainsi dans leur visage Moaga, qu’on les appelle Doso comme à l’ouest Burkina, Simbon, selon ce terme consacré de l’épopée Mandé, ou même Tondjion comme dans l’ancien Ségou, « sont les corps et les âmes de temps révolus ». L’Afrique des fiers guerriers, appartiens irrémédiablement au passé. Elle restera pour nous une source d’inspiration, un repère de notre présence dans l’histoire, mais, elle ne doit nullement faire l’objet d’imitation servile. Aujourd’hui on est en République.

Les Kolgwéogos dans la République

Vous savez, en République, au Faso pour nous Burkinabé, l’Etat, à travers ses forces de sécurité, légalement ou régulièrement constituées, détient le monopole de certaines choses, parmi lesquelles on peut noter : la sécurité des biens et des personnes ; la défense nationale, l’administration de la justice. Alors, lorsque le peuple, spontanément, est dans l’obligation de constituer des brigades armées aux fins de son autodéfense, c’est qu’il doute de la capacité de l’Etat à assurer la sécurité, la justice et la paix publique. C’est bien donc une faible présence de l’Etat dans certaines régions du territoire, voire un affaiblissement général de l’appareil l’Etat, qui a donné légitimité, aux yeux de beaucoup de gens, à la résurgence et à l’action des Kolgwéogos. Mais, légitimité n’est pas légalité. Légitimité n’autorise pas non plus ces atteintes graves aux droits humains, dont se sont rendus coupables certains individus infiltrés dans les Kolgwéogos. Aucun texte de droit, autre que la coutume des pères, et dans certains des récépissés d’associations, n’institue des Kolgowéogos au Faso. Les Kolgwéogos ne font donc pas partie de l’appareil d’Etat, et ne peuvent, en temps normal, ni assurer l’ordre et la sécurité, ni procéder à des arrestations, ni rendre la justice. Cependant, comme les Kolgwéogos sont déjà là dans les faits et que le banditisme est grimpant au Faso, et que nous sommes menacés par le terrorisme, et que le Kolgwéogos incarne notre passé, je crois que nous devons aller dans le sens de leur trouver un statut légal, sous commandement des forces régulières de sécurité, de défense nationale et de renseignement. Ce serait pour nous, la solution utilitaire du moindre mal. Mais les Kolgwéogos sont-ils vraiment disciplinables ?

Zassi Goro

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