Dans la Tribune ci-contre, Jacques Bationo, revient sur l’affaire Bassolé et demande que le droit soit dit. Il déplore aussi le fait qu’il ait passé son 60è anniversaire non pas en liberté, en résidence surveillée

DIRE LE DROIT POUR SOUHAITER UN HEUREUX ANNIVERSAIRE
A DJIBRIL BASSOLE

Le 30 novembre dernier, monsieur Djibril Yipèpè Bassolé entrait dans sa 60ème année d’existence. Ni l’intéressé lui-même, ni son entourage le plus immédiat n’aurait imaginé, il y a encore seulement deux ans, qu’il passerait l’anniversaire de ces 60 années en résidence surveillée, hors du domicile familial. Impossible donc de donner le retentissement qu’il aurait fallu à ce bel âge, car soixante ans, ça se fête comme il se doit. Or malheureusement, et c’est le moins que l’on puisse dire, l’esprit ne pouvait pas être à la fête ; et pour cause : comment peut-on faire la fête alors que l’on n’a pas la liberté d’aller et de venir comme l’on voudrait ? « Curieuse question », diront sans doute certains. A qui l’on peut rétorquer, « curieuse question pour une situation insolite au sens surréaliste du terme ».
En effet, la situation que vit Bassolé depuis deux ans maintenant est autant insolite que surréaliste. Pour la présenter en termes simples et rapides, deux année de détention pour rien, deux années de détention, non pas « tranquilos », mais « gratos », avec un acharnement politique qui va, non pas « mouta mouta », mais bon train. En somme, et pour continuer dans le même style de langage, Bassolé a passé deux années de privation de sa liberté « cadeau », car c’est bien le seul cadeau qu’on lui a infligé, qu’on lui a imposé pour son 60è anniversaire. C’est tout ce que l’on retiendra, et c’est une situation qui marque un homme. Mais ce cadeau, en réalité, n’en est pas un, car il n’est pas de ceux en retour de quoi on dit merci. Ce cadeau n’est pas celui qui est offert par ceux qui vous aiment. En revanche, le meilleur cadeau que l’on puisse offrir à Djbril Bassolé, c’est de dire le droit concernant l’affaire dans laquelle il est cité à comparaitre.
De fait, et contre toute attente, le droit a déjà été dit le 10 octobre dernier par le président de la chambre de contrôle près le tribunal militaire, mettant Bassolé en liberté provisoire pour raison de santé. Comment pouvait-il continuer d’en être autrement ? Une décision qui certes a été remise en cause, mais elle marque l’ouverture de la voie qui mène au droit, une voie qui désormais doit être suivie de façon impérative. Cette décision juste, prise par un juge de la République, est bien la preuve que, quoi qu’il en soit, le verdict final revient au juge qui doit, en son âme et conscience, et en toute objectivité, dire le droit. Il est de son devoir de le faire s’il veut mériter la reconnaissance de l’histoire. De fait, nous vivons aujourd’hui, avec toutes ces affaires importantes qui sont en cours, le moment de l’institution judiciaire burkinabè. C’est pour elle un rendez-vous historique à ne pas manquer. Aussi, une décision de justice prise dans la situation d’une affaire comme celle de Bassolé, est-elle une décision qui entre dans l’histoire et traversant les âges. C’est dire qu’il est de l’honneur du juge de faire son travail en se laissant guider uniquement par le droit et rien d’autre. Or si l’on dit véritablement le droit, Il ne sera plus en réalité question de cadeau, mais de la reconnaissance et de la prise en compte des droits de Bassolé avec les conséquences qui s’en suivent.
Nul n’est au-dessus de la loi, telle est l’évidence même de la société démocratique. Mais si ceux qui doivent faire respecter la loi (les juges) ne le font pas de façon objective et équitable, alors soit ils se mettent eux-mêmes au-dessus de la loi, soit ils mettent ceux dont ils sont les thuriféraires au-dessus de la loi. Ce qui constitue un vrai danger pour la démocratie, et une remise en cause des fondements de la société. Que l’on parte du point de vue économique ou de celui de la philosophie en effet, la société est née pour des raisons de sécurité. Or, utiliser la loi pour le seul bénéfice de certains, c’est mettre en danger et, partant, en insécurité ceux au détriment de qui usage est fait de la loi. Par conséquent, c’est mettre en péril ce qui nous permet de faire société, c’est rompre avec le contrat social.
On veut faire de Bassolé un Catilina, mais Bassolé n’est pas un Catilina. C’est pourquoi il n’y aura point de Cicéron pour lui porter l’accusation, car il n’y a pas d’accusation qui tienne juridiquement ; et encore moins pour lui porter l’estocade politique, qui n’est pas nécessaire, car la magistrature suprême n’est pas une fin en soi pour l’homme. Bassolé est tout simplement un Burkinabè qui a son pays et le peuple burkinabè à cœur. Ce qu’il veut c’est, comme il l’a dit lui-même, se rendre encore disponible pour ce pays qui lui est cher afin de lui permettre d’aller de l’avant.
Joyeux anniversaire monsieur Bassolé !

Paris le 10 décembre 2017

Jacques Batiéno, professeur de philosophie, Paris (France)

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