Elles font partie des couches les plus favorisées de la société, mais refusent de profiter égoïstement de leur confort. Depuis plusieurs années, les femmes en service dans les organes de l’Uemoa manifestent leur solidarité avec les personnes en difficulté. Leçon de générosité !

« Si tu arrives au feu du Jardin Ouaga2000, tu continues tout droit et au prochain feu, tu fais demi-tour, puis tu descends en contre-bas du goudron ; tu avances un peu et tu verras beaucoup de véhicules dans une grande cour ». En suivant les indications de l’interlocuteur au téléphone, on se retrouve en face d’une grande porte largement ouverte, à côté de laquelle une plaque défraîchie indique l’identité du propriétaire des lieux : la direction régionale de la Femme, de la solidarité nationale et de la famille du Centre, dans le 12è arrondissement de Ouaga. C’est ici que s’est établi l’Hôtel maternel, un orphelinat créé en 2007, et qui a déjà accueilli 200 personnes venant d’autres structures dont Charles Dufour et le Samu social. Selon son directeur, Salifou Younga, l’Hôtel apporte un soutien aux enfants abandonnés, aux filles-mères et en a reçu plus de 3500 enfants de 0-18 ans. « Par jour, c’est 70 personnes qui sont accueillies à l’Hôtel maternel contre une prévision de 50, avec une augmentation du nombre d’enfants handicapés et très peu d’adoption », explique le directeur. Résultat, cet établissement public qui fonctionne grâce aux subventions de l’état n’est pas loin de dépasser ses capacités d’accueil, avec le risque d’une baisse de la qualité de la prise en charge.

D’autant qu’on se retrouve à l’heure actuelle avec plus de 5 enfants par nourrice, une gestion de l’établissement rendu difficile à cause des procédures administratives assez longues et peu de pensionnaires scolarisés.
C’est dans ce centre d’accueil pour personnes vulnérables que l’Association des femmes en service dans les organes de l’Uemoa (AFSU) a choisi de célébrer la journée internationale de la femme. En mars 2016, l’AFSU avait accompagné 250 femmes en situation de handicap moteur, puis en 2017, offert des cannes et des tricycles à 250 femmes malvoyantes. « Nous souhaitons de tout cœur que cette journée, avec toutes ces mamans autour de vous, vous apporte un peu de bonheur dans votre quotidien que je sais, toujours pas facile », a lancé la présidente de l’AFSU, Rose Tiémoko Kabran. Elle a remercié l’Union nationale des associations burkinabè pour la promotion des aveugles et malvoyants, la Fédération nationale des tisseuses du Burkina « qui nous habille ce jour » et « tous les hommes de la commission de l’Uemoa qui ont bien voulu accompagner leurs sœurs dans cette initiative ».


L’engagement de l’AFSU aux côté des personnes vulnérables lui vaut la reconnaissance du conseil municipal de la commune de Ouagadougou. « J’adresse toute ma gratitude et mes encouragements à cette association qui ne ménage aucun effort pour l’accompagnement des couches vulnérables », a déclaré Rigobert Martial Tiendrebéogo, représentant du maire central. Pour lui, « en organisant chaque 8 mars des actions de solidarité au profit des couches sociales défavorisées, l’AFSU est devenue un partenaire important de notre commune ».
Après avoir rappelé que l’émancipation de la femme a cessé d’être un slogan depuis 1984 avec le président Thomas Sankara qui a décrété le 8 mars jour férié, il a souligné le contexte particulier dans lequel est célébrée la Journée internationale de la femme dans notre pays, celui marqué par le double attentat terroristes qui frappé Ouagadougou le 2 mars dernier. Un acte innommable loin d’entamer « notre détermination à lutter contre les forces du mal et à rétablir la sécurité dans notre pays », reprenant ainsi les mots du premier ministre Paul Kaba Thiéba.


Prenant la parole, la marraine de la cérémonie, Fily Bouaré Sissoko, commissaire chargée du développement de l’Entreprise, des mines, de l’énergie et de l’économie numérique, première femme commissaire de l’Uemoa, surnommée affectueusement « Maman commissaire », a insisté sur le sens de la journée du 8 mars : « Une occasion de faire le point sur les avancées relatives à l’amélioration de la condition de la femme, et d’envisager les perspectives futures aussi bien en matière de droit que d’autonomie économique », de la femme. Dans l’espace Uemoa, la représentativité des femmes dans les gouvernements des Etats membres est loin d’être satisfaisante. De 17,36% en 2013, le taux moyen est passé à 18,18% en 2014 avant de tomber à 17,47 en 2015, puis à 15,04 en 2016 et 16% en 2017. Une évolution en dents de scie qui « prouve à suffisance le caractère éphémère des avancées engrangées de temps à autre », selon « Maman commissaire ». Elle a invité ses sœurs à oser accepter les postes de responsabilité et à s’impliquer dans la gestion de la cité sans complexe.

A l’endroit des hôtes du jour, « qui seront les femmes et les hommes de demain », elle a les exhortés à être « irréprochables dans leur comportement, car vous portez notre espoirs pour des lendemains meilleurs ». Elle a rendu un vibrant hommage aux encadreurs pour l’amour et l’éducation qu’ils apportent aux enfants, rappelant la sagesse selon laquelle, « éduquer une fille, c’est éduquer une nation ».
L’AFSU et les autres partenaires du centre d’accueil ne sont pas venus les mains vides. Au contraire. Afin de contribuer à nourrir, équiper, soigner et éduquer les pensionnaires, deux tonnes de riz, 50 cartons de savons, 12 bidons d’huile de 20 litres, 16 cartons de sucre, 100 pagnes officiels du 8 mars, des jouets et jeux ont été remis « aux papas et mamans encadreurs qui, nuit et jour, veillent à la santé et à l’éducation des enfants ».
Sous un soleil de plomb, les pensionnaires ont manifesté, dans une ambiance conviviale, leur gratitude aux donateurs à leur manière en exécutant des chants et des danses, le tout couronné par défilé de mode.

Joachim Vokouma
Kaceto.net

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