La détente entre les dirigeants coréens des deux républiques, Kim Jon Un (Corée du Nord) et Moon Jae-in (Corée du Sud), est le prélude à quelque chose qui pourrait ressembler à un Traité de Paix nucléaire avec la triangulation-stabilisation des Etats-Unis du président Donald Trump. La tenue des Jeux Olympiques de la Paix le mois dernier en Corée du Sud a offert cette aubaine aux protagonistes des deux Corées de se voir, se rencontrer et probablement tester la sincérité de l’interlocuteur. Cette accélération des rapprochements tous azimuts est une victoire nette du Président Kim Jon Un.
Pourquoi ? Mon opinion en 6 points.

1. L’annulation du traité Transpacifique (12 pays excepté, la Chine) conclu en 2015 par l’administration Obama et sitôt annulé par la nouvelle administration Trump, renverse la géopolitique et la géostratégie de la sous-région et ce, en faveur de la Chine. Parce que désormais la Chine occupe le champ laissé vacant par les Etats-Unis pour tout le pourtour du Pacifique et un accord vient d’être acté avec les autres membres, avec bien entendu, une moindre ampleur économique sur le commerce mondial. Mais sur ce dossier, c’est une perte nette en ceci qu’il revient à constater l’abandon d’un espace de cantonnement initial de la puissance économique chinoise. Dans ces circonstances, il appert que la nouvelle administration Trump est tenue de renforcer ses liens privilégiés avec ses partenaires traditionnels que sont le Japon, la Corée du Sud et l’Australie. Y est-elle parvenue ? Quant aux Philippines, rien n’est acquis avec la politique de volteface et véritablement insolite du président Duterte qui le rapproche davantage de la Chine et de la Fédération de Russie.
2. Depuis 1972, date du voyage du Secrétaire d’Etat Henri Kissenger en Chine, jamais un renversement de perspectives stratégiques majeures n’est aussi net et franc si cette détente venait à être confirmée par la rencontre au sommet en Mai entre les présidents Kim Jon Un et Donald Trump. Faut-il rappeler que ces deux dirigeants s’invectivaient il n’y pas si longtemps. Lorsqu’on a un peu d’humour, l’on dira que parfois la haine des rhétoriques fait le lit des rencontres cordiales tandis que les congratulations convenues préparent les hypocrisies mortelles. Le suprême enjeu sécuritaire de la Péninsule coréenne a-t-elle conduit l’administration Trump à privilégier la sécurité et la paix de ses partenaires traditionnels plongés dans une vulnérabilité vis-à-vis des capacités balistiques et têtes nucléaires miniaturisées ? Tout se passe comme si, depuis son accession au pouvoir, le président Kim Jon Un a mis l’accent à maîtriser la puissance balistique de longue portée et la bombe atomique et surtout, singularité technique qui donne froid au dos, la miniaturisation de la charge pour frapper au-delà de 4000 kilomètres. Les tests répétitifs, a posteriori, apparaissent aujourd’hui comme la preuve apodictique administrée, de la domestication technique, technologique totale en la matière.
3. Muni ainsi de la suprême assurance-vie nucléaire et balistique, le leader Nord –Coréen, Kim Jon Un peut ouvrir le cycle diplomatique et la politique de détente envers les cousins Sud-Coréens. Démarche d’autant raisonnable qu’elle est adossée sur la rationalité scientifique de la puissance nucléaire acquise. Au surplus, il peut croire en la sincérité du président Moon qui est un pratiquant du nationalisme pacifiste de gauche tout comme son ancien mentor qui fut lui aussi, président.

4. Le président Kim Jon Un a finement mené sa politique de dissuasion nucléaire pour s’offrir la reconnaissance internationale de puissance nucléaire, qui fait pâlir tant les Etats-Unis, la Chine que la Fédération de Russie. L’Agence Internationale de l’énergie atomique de Vienne ne peut qu’en dresser le constat. Kim Jon Un n’est ni Saddam, ni Kadhafi puisqu’il a les moyens de sa volonté de puissance, donc de dissuasion nucléaire. Son grand-père, Kim Il Sung et son père président jusqu’à sa mort en 2011, ont toujours caressé le vœu de négocier d’égal à égal avec les présidents américains successifs. En vain. C’est désormais un gain diplomatique majeur pour Kim Jon UN. De ce fait, il peut désormais négocier, en situation de force, dans une posture d’égal à égal avec le président Trump. Les sanctions ont fonctionné. Mais aussi elles ont montré leurs limites contre la Corée du Nord.
5. Les Sud- Coréens qui assument une puissance économique globale de premier ordre, ont besoin de la paix pour perpétuer leur cycle de prospérité. Ils ont un président qui a foi en la paix inter coréenne bien avant d’être élu. Les J.O ont offert cette opportunité historique à la gauche nationaliste et pacifiste de montrer leur bienveillance envers leurs cousins nord-coréens. Test réussi avec la réception de haut niveau dont la sœur cadette du leader Nord -Coréen a été l’objet durant son voyage à Séoul. Les rencontres subséquentes entre dignitaires de haut niveau des deux Corées ont réglé les détails pour lever les obstacles psychologiques. Quant aux Japonais, le premier Ministre Shinzo Abe, réélu, il a besoin de la paix et ultimement de la relance de sa rhétorique sur la dénucléarisation et assurément de celle tout aussi importante des Abenomics qui doivent rectifier le tir. Dans ce renversement diplomatique inattendu, c’est la position de la Chine qui doit être regardée à la loupe. Mais objectivement, la Chine gagne avec l’éloignement de la perspective de l’effondrement du régime nord- coréen et donc de l’afflux des populations en détresse absolue à sa frontière.
6. Il est acquis enfin pour le leader Kim Jon Un que la politique bilatérale préférentielle de l’administration Trump est une aubaine. Jusque –là, le multilatéralisme jouait comme un système de distribution, de connectivité circulaire et de commutation structurante de pouvoir et d’influence. Au centre du système, il y avait l’Hyper puissance et tout autour gravitait une galaxie de petits pays demandeurs de protection. C’était très rassurant pour l’administration Obama et donc la conclusion du Traité Transpacifique visait cette centralité inégalée qui contrariait la Chine. Avec le Président Trump, l’abandon du multilatéralisme et de ce Traité en faveur des accommodements bilatéraux, crée une nouvelle donne qui s’interprète comme vulnérabilité pour les petits pays sans défense. Les accords bilatéraux jouent ainsi en faveur de la Corée du Nord qui est advenue une puissance nucléaire, balistique et miniaturisée. Ils ne défavorisent et pressurisent que les petits pays déflatés du parapluie sécuritaire américain. Kim Jon Un l’a bien intégré et a agi en conséquence. Son invitation adressée au président américain Donald Trump est auréolée de ces acquis nord- coréens indéniables.

Mais il serait assez naïf de penser que la dénucléarisation viendra des initiatives diplomatiques. La paix nucléaire ? Assurément. Une élégante façon de cristalliser le statut quo nucléaire en faveur de la Corée du Nord et aussi, gain économique substantiel, il y aura un desserrement de l’étau économique. La paix nucléaire est donc le Nouveau Normal. C’est un gain partagé avec les Etats-Unis. Probablement, la Chine pourra craindre cette nouvelle étreinte diplomatique et qui sait, demain, ouvrira le marché nord- coréen aux sociétés américaines. Déconstruire le Traité transpacifique, pierre de touche économique de l’administration Obama dans la région pour conclure un deal inattendu avec la Corée du Nord. La paix nucléaire ! En attendant la Paix avec majuscule et sans adjectif.

Mamadou Djibo, PhD
Philosophy
Kaceto.net

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