La mondialisation a rapproché les hommes en abolissant les frontières ; grâce aux technologies de l’information et la communication désormais, un événement qui se passe dans le plus petit coin très vite connu.
Sommes-nous pour autant disposés à accepter les différences comme éléments constitutifs de notre humanité ?
Tentative de réponse avec notre chroniqueur, qui se penche sur la tolérance inter-religieuse

Cette réflexion a pour point de départ un état des lieux en matière d’intolérance inter-religieuse et nos publications antérieures sur ce même thème. La conjugaison de ces deux ancrages permet de dire ici que notre humanité connait une croissance de la violence morale et physique entre les sensibilités religieuses du monde, à une époque où l’espace s’est considérablement réduit entre les peuples, où liberté, laïcité et humanisme sont supposés être des références communes universelles.
Le constat, avions-nous écrit, est bien amer. L’Europe connait, de façon récurrente, des agressions sur le judaïsme ; les préjugés et la méfiance à l’égard des musulmans y montent en flèche, alimentés par les nationalistes d’extrême droite ; les attaques terroristes, provenant des radicalismes musulmans, y sont devenues la première des préoccupations sécuritaires. L’Amérique, après avoir été meurtrie par l’attentat du 11 septembre 2001, a pris des mesures draconiennes pour l’accès à son territoire. L’Asie, berceau des trois grandes religions révélées à la fois liées et rivales, n’est pas à l’abri des tragédies de nature confessionnelle ; elle vit, au quotidien, ces heurts entre musulmans et sikhs, musulmans et chrétiens, hindous et sikhs, musulmans et juifs, musulmans et kurdes, sunnites musulmans et chiites musulmans. L’Océanie bénéficie de son relatif isolement et d’une forte homogénéité, mais, l’Afrique, elle, a contracté plus gravement, avec le front du Sahel qui vient se surajouter à ceux du Kanem-Bornou de Boko-haram, des pays maghrébins et d’Afrique de l’Est, la pieuvre de la terreur d’origine religieuse. Face à ce sinistre tableau, nous avons antérieurement indiqué que l’effondrement des forces et des rêves de gauche, le déclin des partis nationalistes laïcs, a largement contribué, ces dernières années, au repli identitaire confessionnel et à la montée de l’intolérance inter-religieuse.
Il s’agit alors, ici, de regarder l’avenir en face, pour entrevoir d’éventuelles perspectives d’un monde où les croyances religieuses pourraient s’épanouir ensemble, sur la même planète terre et dans les mêmes pays.
Bien sûr, notre propos ne concerne pas les initiatives d’urgence sécuritaire en cours, un peu partout dans le monde, pour juguler la violence inhérente à l’intolérance religieuse. Nous regardons plutôt vers les mesures socio-politiques à enclencher, si l’on veut, à moyen et à long terme, que nous vivons ensemble dans la concorde, avec la diversité de nos croyances. Dans cette option, il faut aussi préciser que le mal est global et mondial, mais que sa remédiation se doit de tenir compte des réalités socio-historiques de chaque contrée. On ne saurait indiquer une panacée universelle contre l’intolérance religieuse, parce que les facteurs qui la suscitent ne sont pas les mêmes partout. Aussi, cette publication se penchera d’abord sur le cas européen, avant que celle de la semaine prochaine ne soit consacrée à la situation au Sahel.
Quels sont donc les grands axes d’actions, pour que l’Europe s’achemine vers des sociétés de tolérance inter-religieuse ? L’Europe, il faut le mentionner tout de suite, est dans une situation particulière. En effet, en tant qu’elle a, en son sein, les anciennes puissances coloniales, elle s’est retrouvée, aujourd’hui, avec une part importante de sa population, issue de toutes les cultures du monde, sans avoir eu, au préalable, une stratégie adéquate d’assimilation des personnes qui arrivent des anciennes colonies avec leurs croyances. L’exemple de la France est bien illustratif : La France, cette France séculairement chrétienne, se retrouve, au vingt-et-unième siècle, avec l’islam et le judaïsme comme deuxième et troisième religion, dans des pourcentages qui sont loin d’être insignifiants. Au départ de l’immigration et pour le politique français, tout cela n’était que mœurs d’immigrés que le temps résorberait. Mais, au fond, l’immigration vers la France ne s’est pas faite de façon sélective, avec des conditionnalités claires, inspirées du contrat social laïc et républicain de France. Les premières vagues d’immigrés n’ont pas migré ! Elles ont été transplantées ; pour les unes, ce fut le bourbier algérien le point de départ forcé ; pour les autres, ce fut pour répondre à la demande française de main d’œuvre, si pressante dans les années 1960. Les universités françaises ont ensuite largement ouvert les portes de la France à l’Asie et à l’Afrique, pour accueillir des jeunes en quête de savoir et de savoir-faire, et qui, au bout du compte, ne sont plus repartis d’où ils sont venus. A l’arrivée, on s’est retrouvé avec deux France ; une, majoritairement chrétienne, et l’autre, majoritairement musulmane. A partir de là, la France de l’Elysée aurait dû concevoir une stratégie d’intégration, à long terme, de l’islam dans le paysage social de cette nation républicaine et laïque. Il aurait fallu téléguider la naissance d’un islam français, teinté de tolérance et de valeurs républicaines. Au lieu de cela, la France de De Gaulle a cru que son école républicaine allait faire, de facto, ce travail d’assimilation culturelle ; elle a donc abandonné les musulmans français aux mains de guides spirituels extérieurs, dont certains contribueront largement à introduire le radicalisme en France.


C’est donc sur cette corde qu’il faut d’abord tirer, si l’on veut que la tendance s’inverse ! Il faut démanteler tous les ghettos où la police française n’ose pas mettre les pieds et cesser de voir l’islam comme une sorte de religion marginale d’immigrés à confiner dans les faubourgs, pour la considérer comme une religion de France. A partir de là, tout le reste sera possible ; les collectivités locales accepteront plus facilement des mosquées dans leurs décors ; les citoyens se sentiront ensemble français malgré leur diversité.
Dans ce sens d’ailleurs, il faut louer cet accord entre le Maroc et la France, sous François Hollande, et dont les termes projettent la formation d’imans français au Maroc. Une telle initiative va parfaitement dans le sens de l’émergence d’un islam de France, qui produira de nouvelles générations de Français musulmans capables de vivre en symbiose avec toutes les autres sensibilités de la nation.
Le deuxième axe d’actions concerne encore l’Etat Français lui-même. La France, à l’instar de beaucoup d’Etats européens, s’est retrouvée totalement affaiblie par ses propres principes de liberté, de démocratie et de respect des droits de l’individu. Il est indispensable de surmonter cette faiblesse congénitale de l’Etat de droit, pour affirmer clairement, et défendre vigoureusement, le contrat social laïc et républicain de France. La tolérance ne doit pas consister à tolérer l’intolérance ! La liberté ne doit pas être concédée à ceux qui conspirent pour la supprimer ! Il ne doit pas y avoir de droit pour ceux qui nient les droits des autres ! Tout français doit vivre en symbiose avec les lois et les autres citoyens de France, sans considération raciale et sans stigmatisation religieuse. Si cela n’est pas fait, on ira, de plus en plus, vers le face à face entre radicalisme musulman et extrémisme nationaliste français. Sur la question d’une France nouvelle, de plus de tolérance dans la diversité, de plus de sécurité pour les citoyens français, de plus de solidarité envers le reste du monde en lutte contre le terrorisme, toutes les sensibilités politiques devraient d’ailleurs constituer un bloc unique !
Le troisième axe d’actions concerne chaque citoyen. La tolérance relève, avant tout, des relations interpersonnelles. Il est important alors, que chacun s’éduque à accepter les autres, avec les différences réciproques et les identités pour peu qu’elles ne soient pas incompatibles avec les valeurs communes. Il revient à chaque juif, à chaque musulman, à chaque hindou et à chaque bouddhiste de France, de garder en tête, qu’il vit au XXIe siècle et qu’il doit composer avec les valeurs contemporaines ; il doit se souvenir, à tout moment, qu’il est d’un pays de culture majoritairement chrétienne, et qu’il est gouverné par un Etat qui est fondamentalement laïc depuis 1905. En retour, il faut bien que le citoyen chrétien s’accoutume à la nouvelle France, celle de la diversité religieuse et culturelle. Il est incompréhensible que le même accoutrement, qu’il contemple en touriste au Maroc, en Tunisie, ou au Sahel, puisse être cause de choc pour lui dans le métro parisien ! Le vivre ensemble exige, de tous, un minimum de concessions réciproques !
Au bilan, on peut dire que la France pourrait servir de laboratoire européen pour toutes les actions visant à bâtir des sociétés de tolérance inter-religions. Elle est, avec l’Angleterre, au sommet de la pyramide des pays les plus concernés par la diversité religieuse en Europe. Si, poussée par l’escalade du terrorisme religieux sur ses terres et dans ses ex-colonies, elle met la volonté qu’il faut, elle peut se projeter autrement , dans un nouveau visage où la croix côtoie le croissant sans heurts, où la Tora, la Bible et le Coran se lisent simultanément, dans la paix, sous le fanion flottant de la République, tenu par ces 15% de Français qui se réclament athées ou déistes, et que berce la voix des forces sociales clamant la liberté, l’égalité, la fraternité !
Mieux, sa nouvelle démarche crédibiliserait, encore plus, son appui à certains pays du monde, tels ceux du Sahel, dans la lutte contre l’intolérance religieuse.
L’étape prochaine de notre réflexion s’orientera d’ailleurs vers la situation particulière de ces pays sahéliens, eux aussi concernés par le fléau du temps.
Excellent début de jeune du Ramadan à tous les musulmans du monde.

Zassi Goro ; Professeur de Lettres et de philosophie
Kaceto.net

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