La rupture par le Burkina de ses relations diplomatiques avec Taïwan et le rétablissement de celles avec Pékin continue de susciter moult commentaires et analyses.
Dans le texte ci-contre, l’auteur, qui est un étudiant en relations internationales incite le gouvernement à tout mettre en oeuvre pour que la coopération avec la Chine popupalire soit réellement gagnat-gagnant

"Les gens de Dubaï, les Indiens et les Chinois ne nous disent pas que nous ne sommes pas entrés dans l’histoire, ils commercent avec nous », tels étaient les propos de Lionel Zinsou, ancien Premier ministre du Bénin dans la parution du quotidien français Le Monde daté du 30 septembre 2007. Au lendemain de la colonisation qui avait mis l’Afrique au-devant la scène internationale et fait d’elle un objet de convoitises des Etats impérialistes, l’Afrique est de nouveau sous le feu des projecteurs avec l’arrivée des puissances émergentes comme la Chine qui multiplie des efforts pour asseoir son aura diplomatique et économique dans une Afrique « délaissée » par ses anciens alliés.
Longtemps restés objets de la politique extérieure et sources d’approvisionnements des puissances impérialistes, les Etats africains deviennent sujets des relations internationales si bien que les nouveaux partenaires de la coopération avec l’Afrique ne ménagent aucun effort pour développer et entretenir des relations bilatérales et multilatérales afin de conquérir le cœur de ceux-ci. En 2013, la Chine fait un pas de géant dans son imposition mondiale en devenant le premier partenaire commercial de l’Afrique au détriment des partenaires traditionnels, notamment les pays d’Europe et les Etats-Unis. Ce rapprochement entre « L’Empire du Milieu » et le continent africain n’a pas laissé indifférent le "Pays des hommes intègres" qui vient de renouer des relations avec la Chine populaire après une parenthèse de 24 ans de coopération avec Taïwan. Une décision qui donne une portée à l’anecdote selon laquelle, " ce sont les vieilles marmites qui font les bonnes sauces". S’il est vrai que la coopération entre la Chine et le Burkina Faso pourrait s’inscrire dans la dynamique de la politique extérieure de « l’Empire du Milieu », à savoir celle du gagnant-gagnant, il est toutefois nécessaire de souligner que des réformes sont nécessaires afin que le peuple burkinabé ne soit pas de nouveau pris dans l’étau de l’accaparement des richesses par des investisseurs étrangers. Aucune coopération faut-il le souligner, n’est à priori avantageuse ou désavantageuse. Tout dépend du dessein de chacun des acteurs, des moyens qu’il met en œuvre pour atteindre ses objectifs et surtout, de sa capacité à concevoir et à mener une stratégie efficace dans les négociations. Avec l’arrivée de la Chine populaire, le Burkina Faso espère une relance véritable de son économie afin de se positionner comme un acteur incontournable sur la scène internationale.


Cependant pour y parvenir, le Burkina Faso devrait travailler de sorte à ce que l’environnement burkinabé soit propice aux investissements chinois. En effet, le gouvernement burkinabé devrait œuvrer à instaurer un climat de sécurité aussi bien pour la population burkinabé que celle de la future communauté chinoise afin que la coexistence entre les deux peuples ne débouchent pas sur des altercations comme ce fut le cas en Algérie. C’est dire que le gouvernement burkinabé devrait uniformiser les prix des différents articles et éviter que le « Made in China » ne soit accusé d’être une source de concurrence déloyale par les acteurs du monde des affaires burkinabè.
En outre, la Chine a réussi à s’imposer comme étant un Etat incontournable dans les relations internationales en raison du fait qu’elle a su se trouver une identité, inventer un modèle de gouvernance qui répond à ses aspirations.
Inspirés par l’éblouissante percée chinoise, les Etats africains et le Burkina Faso voient en « l’Empire du milieu » un nouveau partenaire capable de les sauver du sous-développement, d’autant plus qu’ils multiplient les relations diplomatiques et économiques avec cette dernière. La politique africaine de façon générale manque cependant de créativité et se contente de copier tout ce qui est appliqué dans les autres Etats sans au préalable se demander si ces systèmes conviennent aux sociétés africaines. C’est donc dire que le gouvernement burkinabé gagnerait à se tracer une ligne directrice pour éviter de non seulement s’aliéner aux investissements chinois, mais aussi d’infliger à sa population un nouveau désarroi politique, économique et culturel.
La coopération sino-africaine connait une ascension spectaculaire ces dernières années, caractérisée par un accroissement des chiffres commerciaux, à hauteur de 221,96 milliards de dollars en 2015, et par le renforcement des liens au sein des instances internationales. Dans l’optique de sécuriser ses approvisionnements en matières premières, la Chine investit dans les infrastructures et participe à l’éducation des jeunes Africains, ce dont le Burkina Faso a besoin pour amorcer une croissance dans ses différents secteurs. Cependant, les pays africains bénéficiaires des plus gros investissements chinois sont surtout les plus grands producteurs de pétrole si bien que près de la moitié de leurs investissements sont dirigés vers l’Afrique du Sud, l’Angola, le Nigéria et le Soudan. Si les investissements ne sont en majorité dirigés que vers ces pays africains, c’est parce que l’Afrique ne parle pas d’une seule et même voix et n’a pas de vision globale bien élaborée. Le Burkina Faso devrait donc façonner davantage sa diplomatie afin de profiter des faveurs chinoises car force est de reconnaître que contrairement à la Chine Taïwan qui le courtisait, la donne politique n’est pas la même avec Pékin.

Somme toute, l’engagement et la détermination des autorités chinoises à prendre pied sur le continent africain lui ont permis de renouer ses relations avec le Burkina Faso après près d’un quart de siècle de retrait. La Chine est aujourd’hui reconnue comme étant une puissance économique mondiale et un acteur incontournable de la scène diplomatique internationale. La question fondamentale qui se pose est de savoir si le Burkina Faso saura profiter de cette nouvelle coopération ?

Aristide Sié San-Touma DAH
Titulaire d’une Maîtrise en Relations internationales

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