La rupture de ses relations avec Taïwan par le Burkina n’est pas sans conséquences pour les étudiants qui y séjournent. Désormais privés de bourse, sommés de libérer leur logement et pas certains de pourvoir poursuivre les mêmes études en Chine populaire, ils interpellent le ministre des Affaires étrangères sur l’urgence de se pencher sur leur sort d’autant que la représentation diplomatique est fermée depuis hier vendredi 22 juin.

Excellence Monsieur le Ministre,

Le 24 mai 2018, nous avons appris officiellement par voie de presse la décision du Burkina Faso de rompre ses relations diplomatiques avec Taïwan, et ce, avec effet immédiat. Jusqu’à ce jour jeudi 21 juin 2018 (soit près d’un mois après cette annonce), nous, étudiants Burkinabè à Taiwan, n’avons toujours pas reçu de directives claires de notre gouvernement quant au sort qui nous est réservé. Ainsi des inquiétudes se font de plus en plus sentir au sein de la communauté estudiantine résidant à Taïwan. Nous voudrions donc à travers cette correspondance ouverte vous faire part de quelques-unes de nos préoccupations et apporter, avec votre permission, quelques suggestions pour une transition dans de meilleures conditions si possible. Nos préoccupations se résument en trois (3) grands points :

1-Système anglo-saxon : Le système d’enseignement des deux pays (Taïwan et Chine Continentale) est un système modulaire basé sur les « crédits » et est complètement différent du système francophone que nous connaissons. Ainsi, transférer les étudiants ailleurs nécessite une considération des problèmes de reconnaissance des crédits, des cours d’éducation générale et bien d’autres. L’expérience des étudiants de la République de Sao Tomé et du Panama qui ont été transférés en Chine Continentale suite à la rupture de leurs relations diplomatiques avec Taïwan, montre que beaucoup ont dû reprendre les crédits déjà validés à Taïwan ou ont dû complètement changer de filières d’étude car n’ayant pas eu la possibilité de choisir librement leurs universités comme à Taïwan. Au vu de cela, nous souhaiterions que des mesures soient prises afin que nous ne nous retrouvions pas dans la même situation.

2-La langue d’étude : À Taïwan, la majorité des étudiants burkinabè suivent des programmes d’études enseignés en anglais et aimeraient ainsi poursuivre leurs études toujours dans cette même langue. Quant à ceux qui étudient en mandarin, ils se verront obligés d’utiliser le mandarin simplifié en Chine Continentale, contrairement au mandarin traditionnel utilisé à Taïwan. De plus, les évaluations et les devoirs à Taïwan pour les étudiants internationaux se font majoritairement en anglais, peu importe le régime linguistique du programme, ce qui n’est pas nécessairement le cas en Chine Continentale. Cela constitue donc pour nous une réelle source de préoccupation.

3-Problèmes relatifs au transfert : Prenant toujours comme exemple le cas des étudiants de la République de Sao Tomé et du Panama, il convient de noter que les transferts de façon unilatérale aboutissent à des situations difficiles à gérer. En effet, après leur transfert en Chine Continentale, les étudiants de ces deux pays ont été assignés dans deux universités et n’ont pas eu la possibilité de choisir leurs universités d’accueil ni leurs filières d’études. Pire, certains étaient obligés de s’inscrire dans des programmes d’études différents de ce qu’ils poursuivaient à Taïwan car les universités dans lesquelles ils ont été transférés n’avaient pas ces programmes en question ou ne les avaient pas en anglais. Beaucoup ont eu à recommencer à zéro à cause de cette situation. Etant donné que les étudiants burkinabè ici sont diversifiés dans leur domaine d’études, nous craignons déjà en toute sincérité qu’une telle situation plus compliquée que les autres nous arrive.

Le MOFA (Ministère des affaires étrangères Taïwanais) a arrêté l’allocation mensuelle ce mois de Juin pour tous les étudiants boursiers et mis à leur disposition un billet d’avion de rapatriement.

Un problème particulier est celui de nos compatriotes en année d’apprentissage de langue chinoise (promotion des boursiers MOFA 2017-2018). Le centre de langue de “Fu Jen Catholic University” les a notifiés qu’ils doivent quitter leur dortoir en fin Juin. A cette date donc, ces étudiants seront sans logement et sans ressources financières.

La question que nous-nous posons actuellement au regard de cette pression, est « à quand le transfert vers la Chine Continentale pour la poursuite de nos études ? » car jusqu’à présent, nous n’avons pas reçu d’informations concrètes quant à un transfert et d’ailleurs, nous ne savons pas à qui nous adresser pour avoir ces informations. L’ambassade du Burkina Faso à Taipei sera définitivement fermée ce Vendredi 22 Juin 2018, tout le personnel retournant au Burkina Faso, et nous ne sommes en contact avec aucun représentant officiel désigné à Ouagadougou pour traiter notre cas.

Au regard des préoccupations déjà citées, nous voudrions, avec votre permission proposer d’impliquer les étudiants dans ce processus de négociation et de transfert tout en prenant en compte nos différentes recommandations énumérées comme suit :

1-Pour les étudiants presqu’à terme de leurs études et qui voudraient finir leurs études à Taïwan : nous aimerions que l’Etat trouve la formule qui sied pour permettre à ces étudiants de finir leurs études (par exemple en leur octroyant une bourse d’étude leur permettant d’étudier ici à Taïwan ou négocier avec les partenaires Taïwanais si cela est toujours possible).

En effet, bon nombre d’étudiants (Bachelor, Master et PhD) sont déjà presqu’au terme de leur cursus universitaire (un semestre ou une année d’études leur restant). Il serait donc judicieux de trouver une solution adéquate pour ces étudiants afin de leur éviter de recommencer certains crédits et de perdre leur avancée dans la rédaction de leur thèse pour les masters et PhD. Si tel n’est pas le cas, cela pourrait compromettre tous les efforts consentis par ces derniers pour arriver à ce niveau, étant donné qu’ils ont démontré de par leur rendement académique qu’ils sont parmi les meilleurs étudiants dans leurs filières respectives.

2-Pour les étudiants qui iront en Chine continentale dans l’optique de poursuivre leurs études : nous souhaiterions avoir accès à nos programmes de choix, comme c’est déjà le cas à Taïwan. Nous aimerions aussi que nos universités d’accueil nous permettent de conserver nos crédits déjà validés (cours déjà validés à Taïwan). Cela permettrait, à bon nombre d’étudiants ayant déjà commencé leur cursus universitaire d’éviter le préjudice de recommencer à zéro ou reprendre certains cours déjà validés.

3-Pour les étudiants qui ne bénéficiaient pas de la bourse du gouvernement Taïwanais : un de nos souhaits est que les compatriotes étudiants non-boursiers soient, si possible, aussi considérés dans les négociations. Considérant toujours les cas antérieurs des étudiants du Panama et de la République de Sao Tomé qui, après la rupture de leurs relations diplomatiques, ont pu avoir des bourses pour tous leurs étudiants boursiers et non boursiers afin qu’ils continuent leurs études en Chine Continentale. Et de façon plus particulière, nous aimerions plaider la cause d’un de nos compatriotes, qui a subi une lourde opération chirurgicale et est actuellement hémiplégique en cours de rééducation. Nous souhaiterions qu’une allocation lui soit donnée pour le soulager de ses frais de santé, et qu’aussi une bourse lui soit octroyée pour la poursuite de ses études.

4-Quant au processus de transfert

Nous souhaitons que le gouvernement si possible porte à notre connaissance le chronogramme clair et détaillé du processus de transfert.

Que le gouvernement prenne également les dispositions nécessaires pour que nous puissions subvenir à nos besoins substantiels en attendant le transfert.

Tout en vous remerciant d’ores et déjà pour l’intérêt que vous portez à notre sollicitude, nous vous prions, d’agréer Monsieur le Ministre, l’expression de notre profond respect.

Le Bureau de l’ABT

Mahamady SANGLA

Pour la communauté estudiantine Burkinabè à Taïwan

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