Longtemps attendu, les Burkinabè de la diaspora ont enfin un ministère qui leur est entièrement dédié. Une réponse institutionnelle qui ressemble bien à un essai qu’il faut à présent transformer

Le départ de Simon Compaoré du ministère de la Sécurité pour officier désormais en tant que ministre d’Etat auprès de la présidence du Faso, et l’éjection de Issouf Sawadogo de son fauteuil de ministre de la Culture, des arts et du tourisme après seulement trois mois de service, au profit du juriste Abdoul Karim Sango, avaient suscité beaucoup de commentaires, voire de polémiques au point d’avoir occulté l’innovation majeure du dernier remaniement gouvernemental intervenu le 31 janvier 2018 : la création d’un ministère de l’Intégration africaine et des Burkinabè de l’extérieur (MIABE). Enfin, une réponse institutionnelle à la hauteur des attentes des quelques 12 millions de Burkinabè vivant hors du pays, serait-on tenté de dire.
La diaspora a donc désormais un interlocuteur direct auprès duquel elle pourra exposer ses préoccupations et proposer des pistes pour sa contribution au développement du Burkina. « En passant de ministre délégué auprès du ministre des Affaires étrangères à un ministère plein, le président envoie un signal très fort en direction de ses compatriotes installés à l’étranger en leur disant qu’il compte sur leurs contributions pour enclencher le décollage économique du Burkina », commente un cadre du Mouvement du peuple pour le progrès (MPP).


Le portefeuille a été confié à Paul Robert Tiendrebéogo, un diplomate de carrière qui connait bien le dossier puisqu’il était conseiller diplomatique du président Kaboré avant sa nomination. Il a eu l’occasion de rencontrer les Burkinabè installés dans les quatre coins du monde et d’écouter leurs préoccupations. C’est désormais sur ses épaules que repose la politique du gouvernement en direction de la diaspora.
La création de ce nouveau ministère alors que le budget du ministère des Affaires étrangères était déjà en exécution n’est pas sans poser quelques problèmes d’ordre logistiques et financier. « Il a fallu diviser le personnel et le budget au profit du MIABE, ce qui n’était pas une mince affaire, mais les choses sont en train de se normaliser », explique un agent du ministère de l’Economie et des finances.
Certes, le siège n’est pas encore opérationnel, mais selon le ministre Tiendrebéogo, le bâtiment devant abriter le ministère est déjà identifié et l’installation du mobilier et autres équipements est en cours. Nommés le 9 mai dernier en conseil des ministres, le secrétaire général du ministère, François d’Assise Yaméogo, et le directeur de cabinet, Allahidi Diallo, ont été officiellement installés dans leur fonction le 11 juin dernier par le ministre lui-même.


Tous sont des cadres du ministère des Affaires étrangères ; le premier était consul général à Milan, en Italie, le pays qui accueille le plus de Burkinabè en Europe, tandis que le second officiait au ministère de la Fonction publique en tant que directeur de cabinet.
Entouré de quelques membres de son cabinet, le ministre Tiendrebéogo a effectué sa première sortie médiatique le 19 juin en animant une conférence de presse. Occasion pour lui de présenter les principales missions de son département : « assurer la mise en œuvre de la politique du gouvernement en matière de promotion de l’intégration africaine, ainsi que de celle relative à la valorisation et à l’implication des Burkinabè de l’extérieur dans les actions de développement ».
Sur l’intégration africaine, il incombe au MIABE de coordonner la participation et la représentation de notre pays dans les organisations sous régionales et africaines, promouvoir et défendre les positions et les intérêts du Burkina au sein des organisations, assurer la promotion de l’expertise nationale dans les instances internationales et faciliter l’intégration des communautés étrangères africaines vivant au Burkina.


Quant à la politique en direction de la diaspora, elle vise à protéger et assurer la gestion et le suivi de nos compatriotes en collaboration avec le ministère des Affaires étrangères, à établir un répertoire des Koswéotos et les mobiliser pour le renforcement de l’entreprenariat et de l’innovation. En vue de la participation des Burkinabè de l’extérieur au vote en 2020, le MIABE est en première ligne pour assister la Commission électorale nationale indépendante (CENI), avec le soutien des ministères de l’Administration territoriale et celui des Affaires étrangères.
Aux sceptiques, le président Kaboré s’est voulu rassurant le week-end dernier lors de ses deux sorties médiatiques : la participation de la diaspora au vote en 2020 aura bel et bien lieu. C’est un engagement qui sera tenu, a-t-il dit.
En attendant ce rendez-vous qui va enfin mettre fin à la « discrimination républicaine » qui frappe les Burkinabè de l’extérieur, le MIABE a dans son agenda immédiat l’organisation du premier Forum de la diaspora prévu du 11 au 13 juillet 2018, une promesse du président Kaboré faite dans son discours de fin d’année 2017.

Sous le thème de « la contribution des Burkinabè de l’extérieur à la construction nationale », le forum permettra de dégager des pistes pour une participation efficiente de la diaspora au développement du pays. Les travaux se dérouleront sous forme de panels et porteront sur la « protection et promotion des Burkinabè de l’extérieur », la « mobilisation et organisation de la diaspora pour le développement national ». Il est prévu un dialogue direct avec le prédisent du Faso, des trophées de reconnaissance décernées aux Etalons de la diaspora et la pause de la première pierre de la cité de la diaspora, qui devrait être implantée sur la route de Pô, à la sortie Sud de Ouaga.
Comparativement à ses voisins, le Burkina a pris du retard dans l’organisation et l’implication de sa diaspora dans vie économique et sociale. Mais comme il n’est jamais trop tard pour bien faire, il faut à présent espérer que ce nouveau département aura les moyens d’accomplir sa mission. Il a appartient aussi aux millions de Burkinabè vivant hors du pays de saisir cette opportunité pour montrer plus que par le passé, leur implication dans le développement économique de leur pays d’origine. L’échec du MIABE sera aussi le leur.

Joachim Vokouma
Kaceto.net

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