Ce matin s’ouvre dans la salle de conférence de Ouaga2000, la conférence internationale sur la mise en œuvre du Plan national de développement économique et social (PNDES). Centré sur la transformation agro-sylvo-pastorale, ce rendez-vous vise à combler les besoins de financements dans le secteur et à faire le point sur les résultats obtenus en termes de financement après deux années de mise en œuvre du PNDES qui avait fait l’objet d’une table-ronde fin 2016 à Paris.
En fin décembre 2017, sur une prévision annuelle de 3052,5 milliards de F CFA, 2 629,62 milliards de francs CFA ont été déjà mobilisés, soit un taux de mobilisation de 86,03%. S’agissant de la situation de mobilisation des ressources extérieures sur les deux premières années, il ressort un taux de confirmation de 90,7% soit 5 053,73 milliards de francs CFA pour le besoin estimé à 5 570,2 milliards de francs CFA.
En dépit de ce fort taux de mobilisation de ressources extérieures, certains secteurs comme l’élevage demeurent sous financés, d’où la nécessité de l’organisation de tables rondes sectorielles et/ou thématiques pour combler ces besoins de financement.
La conférence de Ouagadougou se présente comme une séance de rattrapage que le ministre des Ressources animales et halieutiques, Sommanogo Koutou n’entend pas rater.
Dans l’interview qu’il nous a accordée, il présente les opportunités que représente le secteur sylvo-pastorale et les projets que son département compte présenter aux partenaires et investisseurs attendus à Ouagadougou.

Selon les chiffres du PNDES, de 2011-2015, le nombre de bovins a augmenté de 8,24%, mais l’offre en viande est faible et les Burkinabè n’en ont pas assez. Quelles sont les opportunités que le secteur de l’élevage offre aux investisseurs ?

Effectivement le Burkina est un pays d’élevage ; c’est un secteur où il y a beaucoup d’opportunités et notre pays occupe une position stratégique pour exporter. C’est vrai, les chiffres sont en forte croissance même si nous ne disposons pas pour l’instant de statistiques fiables, les derniers chiffres remontant à 2003. Le problème réside dans le fait que nous exportons beaucoup et que nous n’arrivons pas à contrôler les sorties, marquées par des transhumances chaque année qui entraînent des éleveurs hors de nos frontières et qui ne reviennent pas. Il y a donc une déperdition de nos ressources et c’est ce qui explique en partie que nous faisons beaucoup de viande sans que pour autant la consommation moyenne en viande soit élevée.
Pour parer à tout cela, nous essayons de passer à une phase de transformation de la viande à travers la création d’infrastructures modernes qui répondent aux normes internationales, notamment les abattoirs dans les principales villes du Burkina. Ce sont ces projets que nous avons amenés à Paris en décembre 2016 pour la table-ronde du PNDES, mais malheureusement, le secteur sylvo-pastoral n’a pas attiré les investisseurs. Ceux qui nous ont approchés dans le cadre du Partenariat public privé (PPP) ont plutôt proposé des marchés, un peu comme si l’Etat avait l’argent et voulaient lancer des appels d’offres. Je crois qu’il y a eu une incompréhension et la table-ronde de Ouaga nous offre l’occasion de proposer à nouveau des offres en matière de construction d’abattoirs qui nous permettront de transformer beaucoup de viande pour notre consommation et même pour l’exportation.


C’est donc la séquence transformation qui fait défaut. Mais, il était entre-temps question de privatiser l’abattoir frigorifique de Ouaga…

L’abattoir est même pratiquement privatisé puisqu’il est géré par le ministère du Commerce en accord avec la mairie de Ouagadougou et des partenaires privés regroupés dans une Société de gestion de l’abattoir frigorifique de Ouagadougou (SOGEAO). L’infrastructure n’est donc pas une propriété de l’Etat et aujourd’hui il ne répond plus aux normes internationales. Sa réhabilitation coûte chère et nous pensons à en construire un nouveau doté d’équipements modernes à même de transformer un volume important de viande pour satisfaire la demande nationale.

Il semble que l’abattoir actuel est sous-régime et ne fonctionne qu’à peine 50% de son potentiel…

Oui et cela est dû au fait que les animaux qui y sont abattus ne sont pas des animaux en bon état, qui n’ont pas assez de viande. Du coup, même si vous en abattez beaucoup, au final il y a peu de viande. Nous avons des animaux de 150 kg alors que la norme est entre 250 et 300 kg.
Il y a aussi le fait qu’aux alentours de Ouagadougou, se pratiquent des abatages clandestins dont les produits ne sont pas comptabilisés dans les statistiques et qui sont sans contrôle. Et puis, il y a ceux qui préfèrent aller vendre dans d’autres pays et ceux qui le font frauduleusement. Le matin, certains bouchers font contrôler leur viande, obtiennent le cachet de contrôle, mais la cachent d’abord, vendent de la viande non contrôlée et ressortent la bonne viande le soir qu’ils vendent au bord des avenues.

Qu’attendez-vous de la conférence de Ouagadougou ?

Nous attendons surtout que les projets en BOT que nous allons présenter trouvent preneurs afin que nous puissions avoir d’ici 2020 des abattoirs modernes. Le phénomène des abattages clandestins peut être combattu si nous avons un grand abattoir dans chaque ville, quitte à créer des ramifications un peu partout autour. Nous avons en tout cas des projets de construction d’abattoirs à Bobo, Ouahigouya, Fada Ngourma, Pouytenga, Banfora et Dori, une unité de production de vaccin et la mise en place d’une Centrale d’achat comme la CAMEG dans le secteur sanitaire.
A l’ouest, nous avons prévu un bassin laitier avec pas moins de 5 000 emplois à Bobo dans le cadre du Partenariat public privé et autour de Ouagadougou.
Il nous faut absolument réduire la proportion de bétail exportée parce qu’au final, nous perdons. Il faut savoir que les animaux perdent entre 20 et 30kg poids durant le transport, donc en valeur à l’arrivée. Et il y a les peaux, les cornes et les sabots qui nous échappent aussi et c’est pour toutes ces raisons que la transformation est devenue essentielle.
L’élevage représente 25% des exportations et occupe le 3è rang derrière les mines et le coton. Mais le chiffre est indicatif parce que nous ne savons pas le nombre de têtes qui passent par les voies non officielles vers l’étranger. Nous avons lancé une opération de recensement du cheptel et avec le soutien du ministère de l’Agriculture qui nous permettra d’avoir une idée précise sur le nombre de notre cheptel.

L’accès au crédit reste un problème pour ceux qui veulent se lancer dans le business de la viande. Avez-vous prévu des mécanismes pour les accompagner ?

Vous avez raison parce que les banques considèrent le secteur de l’élevage comme étant à grand risque. C’est pour cette raison que je me réjouis de la création de la banque agricole pour pallier le manque de financement. Je dois nuancer parce que les choses commencent à changer avec la sécurisation des éleveurs sur des terrains viabilisés.

Qu’en est-il des écoles de formation dans le secteur sylvo-pastorale ?

Il y a l’école nationale d’élevage et de la santé animale qui est une école professionnelle où on forme des agents et des ingénieurs d’élevage au niveau national. Dans le privé, des écoles y ont vu le jour dans les grandes villes, ce qui nous a poussés à réglementer pour que les programmes soient harmonisés et que les diplômes soient les mêmes pour tous. Les écoles prennent en compte tous les apprentissages de la découpe en prévision des abattoirs modernes en vue.
Nous avons également dans nos cartons, la construction d’une école d’élevage dans le Sahel qui viendra renforcer l’offre de formation dans notre pays. Il y a aussi des cadres que nous envoyons à Dakar pour leur formation et d’autres formations qui se font sur le tas durant une semaine dans les régions.

Propos recueillis par Joachim Vokouma
Kaceto.net

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