Depuis le début de la saison des pluies, les services techniques municipaux sont en état d’alerte pour faire face aux inondations. Plusieurs mesures préventives avaient été déjà prises, notamment le curage des caniveaux et les sensibilisations des populations à quitter les zones inondables. "Pour l’instant, le dispositif fonctionne et la veille est permanente", assure le directeur général des services techniques municipaux, Arzouma ZOMBRE dans un entretien qu’il nous a accordé le 1er Aout 2018.
Il revient sur les raisons des inondations enregistrées ces dernières années dans la capitale et sur les mesures d’assainissement envisagées par la commune pour éviter de tels désagréments

Depuis quelques années les problèmes d’inondation sont récurrents dans la ville de Ouagadougou. Après les pluies, les artères de la ville deviennent impraticables et l’eau pénètre dans les concessions par endroit. Comment expliquez-vous cela ?

Quand on parle d’inondations, il faut savoir que le problème se trouve à plusieurs niveaux. Il y a les facteurs naturels, techniques et humains. La ville de Ouagadougou a un relief très plat avec une faible pente en général d’au moins 1%, ce qui ne facilite pas l’écoulement rapide des eaux. A cela s’ajoute une insuffisance du système d’assainissement pluvial, la ville de Ouagadougou ne disposant que 25 km de canaux construits sur une voirie de près de 2000 km, et un peu moins de 1000 km de caniveaux aménagés. Puis, il y a l’encombrement des principaux ouvrages causé par la population.
Concernant l’insuffisance du système d’assainissement pluvial, la logique aurait voulu que la ville soit maillée avec un système d’assainissement adéquat en allant des canaux primaires (les canaux de grande section tel que le canal du Mogho Naaba, le canal de Wemtenga, le canal de Zogona) sur lesquels viennent se greffer des canaux secondaires de moindre importance et sur lesquels des plus petits caniveaux à l’échelle du quartier vont à leur tour venir se greffer. Avec un tel système, en principe, on ne devrait pas avoir des inondations comme on en voit.
Nous avons aussi la réduction de la capacité des collecteurs (communément appelés caniveaux) résultant de la défaillance de l’entretien, mais aussi de l’accumulation d’une quantité énorme de déchets solides. Vous constatez actuellement qu’il y a certains ouvrages qui débordent ce qui signifie que techniquement, il y a un peu de faille à un certain niveau où les ouvrages sont sous dimensionnés.
L’imperméabilité des sols à Ouagadougou est un autre volet non négligeable. A l’heure actuelle, nous n’avons plus d’espace libre où les eaux peuvent stagner après une pluie avant de s’infiltrer dans le sol. C’est le résultat justement de l’urbanisation très poussée.
Hormis l’urbanisation, les pavages qui se font dans la ville, le bitumage des voies, tout cela ne permet plus à l’eau de s’infiltrer, d’où un ruissellement à la surface du sol, et compte tenu du fait qu’il y a une insuffisance du système d’assainissement, on a des inondations là où ce n’est pas habituel.
Enfin, il y a le sérieux problème engendré par l’occupation anarchique des zones inondables, des cours d’eau et des installations anarchiques sur les ouvrages de drainage. Quand vous sillonnez la ville, vous verrez des kiosques, des constructions sur les caniveaux et tout cela concourt à accentuer les effets des inondations dans la ville de Ouagadougou.

Quel est l’état réel du réseau d’évacuation des eaux de pluie de la capitale ? Quelles sont les insuffisances constatées ?

Outre les difficultés énumérées plus haut, nous avons des celles liées à l’aménagement de l’exutoire de transit de la ville de Ouagadougou qu’est le parc urbain Bangr-wéogo. Toutes les eaux de la ville sont actuellement drainées par les trois barrages (numéro 1, 2 et 3) qui déversent cette quantité d’eau au niveau du parc bangr-wéogo, qui est actuellement un exutoire de transit de la ville. 80 à 90 % des eaux de la ville passent par le parc dont la fonction principale n’est pas de recevoir toute cette quantité d’eau.
Le problème est qu’à l’intérieur du parc, il y a un chenal qui draine l’ensemble des eaux pour le traverser, mais cet ouvrage n’ayant pas été amélioré comme il faut, il arrive que le parc soit inondé complètement. Pour des raisons financières, nous n’avons pas encore pu aménager à partir du pont An nayélé jusqu’à l’exutoire naturel qu’est le le fleuve Massili. C’est ce qui expplique que de temps en temps, il y a des reculs des eaux dans la ville de Ouagadougou. Quand le parc est obstrué par les ordures, l’eau ne circule plus et sa capacité d’accueil est vite dépassée. Même quand les eaux arrivent à traverser le parc, elles sont également tout de suite bloquées après le canal An nayélé. Voici principalement les difficultés que nous rencontrons dans la ville pour drainer les eaux de pluie.

L’ensablement des barrages qui réduit leurs capacités de rétention d’eau y est aussi pour quelque chose...

C’est exact ! La capacité d’accueil des barrages est dépassée, le niveau du fond des barrages dépasse actuellement le niveau de nos canaux. Les barrages sont totalement ensablés si bien qu’il n’y a plus une rétention réelle des eaux de pluie. A la moindre tombée de quantité d’eau, dès que le barrage est un peu plein, on voit le recul qui se fait à travers nos différents canaux.

Il est de plus en plus question de schéma directeur de drainage des eaux de pluie des grandes villes. Ouagadougou n’en dispose pas ?

La ville de Ouagadougou dispose d’un schéma directeur d’assainissement pluvial élaboré en 1999. Mais cet outil, qui semble dépassé est en voie d’actualisation par le ministère de l’Habitat et de l’urbanisme en collaboration avec la commune de Ouagadougou à travers le Projet d’assainissement des quartiers périphériques qui est financé par la Banque africaine de développement (BAD).
Je n’ai pour le moment pas les conclusions, mais ce qu’on peut retenir, c’est que tous les paramètres qui influent sur le comportement des eaux doivent être revus. Il y a des coefficients qui doivent être pris en compte afin de déterminer correctement les dimensions des ouvrages.
Il nous faut anticiper car il y a un étalement urbain qui n’est pas suivi de système d’assainissement. La révision de cet outil de planification nous permettra de prévenir toutes ces zones qui ne sont pas munies de système d’assainissement, de système de drainage avec des ouvrages plus adaptés à la situation actuelle.


Quelle est la cartographie des zones où les inondations sont plus fréquentes dans la ville ?

Il y a les abords des bas-fonds, notamment le barrage n°3, le long des cours d’eau et les zones basses (Koulouba par exemple). Mais, j’insiste là-dessus, l’homme est à l’origine des désagréments. Nous construisons, mais nous ne prenons pas le soin de nous épargner des conséquences de la pluie. Rares sont les gens qui en construisant, ont le réflexe de soulever le niveau de leur bâtiment, c’est à dire les fondations d’au moins 20 cm ou 30 cm. On ne songe pas non plus à rehausser l’intérieur de la cour avec du remblai et les portes sont ouvertes sur le sol. Du coup, dès qu’il pleut, l’eau pénètre dans les maisons.

Quelle est la part de responsabilité des populations dans la survenue de ces différentes inondations ?

Les populations ont une grande part de responsabilité dans les inondations que nous enregistrons. La réduction des capacités des collecteurs, les encombrements, l’occupation anarchique des ouvrages, la destruction des ouvrages de drainage, les ordures jetées dans les caniveaux, etc., contribuent à obstruer les caniveaux. Sur la nouvelle avenue Wemba Poko récemment inaugurée par le président Roch Marc Christian Kaboré, les riverains ont percé les caniveaux pour pouvoir écouler leurs eaux de ménage. Or, ces caniveaux ne sont pas faits pour cela ; les eaux de ménage doivent se gérer à l’intérieur de la cour à travers un puisard.

Quels sont les comportements à adopter pour éviter les inondations dans la cité ?

Nous sommes dans une ville où les gens ont déjà vu les conséquences des inondations. Ils en sont conscients. Comme conseils, on peut leur dire d’observer une veille citoyenne en matière d’assainissement de leur cadre de vie. Personne ne doit venir d’ailleurs pour leur apprendre à bien tenir leurs caniveaux. Ils doivent éviter de dépoter les ordures dans les caniveaux et se diriger vers les centres de collecte pour déposer les ordures, ou souscrire chez les groupements d’intérêt économique (GIE) à 1000 FCFA et 1500 FCFA gérés par de braves femmes qui collectent les ordures dans les quartiers.

Quelles sont les précautions à prendre dans les zones inondables lors de la survenue d’inondation ?

La première chose à faire, c’est partager les informations, communiquer au maximum pour le changement de comportement, sensibiliser énormément pour une prise de conscience du problème. Cela pourrait entrainer une adhésion communautaire à la gestion du système d’assainissement pour éviter des catastrophes naturelles. La pratique est courante au niveau de la commune de Ouagadougou dans le cadre de la gestion des ouvrages d’assainissement, de la construction de voiries où nous avons encouragé les travaux à participation communautaire. Il y a des arrondissements qui ont développé ce type d’initiative et qui ont bénéficié de la construction de caniveaux avec le soutien des riverains et de la commune. Ce sont ces comportements qu’il faut adopter pour venir en aide à la municipalité.
Mais la meilleure précaution, c’est d’éviter de s’installer dans les zones inondables. La commune a communiqué dessus mais des gens s’entêtent toujours à y rester, comme s’ils avaient oublié les conséquences des inondations de 2009.

Pourquoi les travaux d’aménagement du Canal du Mogho Naba qui devrait permettre le drainage des eaux de pluie, traînent-ils ?

Les travaux portent sur l’aménagement de l’amont du canal du Mogho Naba, la portion qui se situe entre le stade René Monory jusqu’à la hauteur de la rue Liwaga qui passe par la station Petrofa Ouaga 2000, et qui rejoint la station Shell siège de l’ONEA sur la route de Bobo-Dioulasso. Cette portion qui doit faire l’objet d’un aménagement est longue de 4,3 km. Nous avons aussi un affluent qui part du cimetière de Gounghin et qui remonte le cours d’eau pour se brancher au canal à hauteur du pont avant l’établissement CEFISE.
La longueur totale de cet aménagement fait 5,3 km ; les travaux ont débuté le 21 mars 2016 pour 18 mois hors saison pluvieuse. On peut avoir le sentiment que les travaux trainent, mais il y a des raisons à cela.
En décembre 2016, il y a eu une suspension des travaux pour effectuer une revue totale de l’étude qui avait été réalisée en 2010 et dont les conclusions n’étaient plus pertinentes. Toujours en lien avec ce projet, 18 km de canalisation ont été construits dans les zones inondables des ex-secteurs 16, 19 et 24. L’école Poto-Poto au secteur 16 qui avait des difficultés a été prise en charge par le projet avec des caniveaux construits autour et dans le quartier. Au secteur 19, juste avant le pont de Rimkieta, des aménagements de caniveaux ont été faits et un mur a été construit autour d’une école. Au secteur 24, tout derrière la Clinique Notre dame de la paix, un aménagement a été effectué sur un affluent qui drainait ses eaux sur le chenal vers l’hôtel Silmandé. Sans oublier, bien entendu, le dalot de Rimkiéta qui a été posé et le pont construit.

Quels sont exactement les problèmes pose le canal An Nayélé ?

A l’heure actuelle, ce canal joue le rôle d’exutoire transitoire dans le drainage des eaux pluviales de la ville de Ouagadougou. L’intérieur du parc Bangre-wéogo nécessite un aménagement conséquent pour pouvoir faciliter le drainage des eaux et les charrier vers l’exutoire naturel qu’est le fleuve Massili. A la faveur des plaidoyers du gouvernement du Burkina, un crédit a été octroyé par la Banque ouest africaine de développement (BOAD) pour l’aménagement de l’intérieur du parc, ce qui va aussi préserver la faune et la flore. Quand le parc reçoit beaucoup plus d’eau qu’il n’en peut, il s’en suivra une destruction du couvert végétal.
Deux aménagements ont déjà été faits consistant en la création d’une mare pour drainer un peu les eaux, mais les moyens financiers n’étaient pas insuffisants pour effectuer tous les travaux.
Un financement d’un montant de 10 milliards de F CFA vient d’être obtenu et d’ici octobre, la troisième partie des aménagements du parc Bangr–weogo devrait commencer. Les travaux vont consister à l’amélioration de la circulation des eaux à travers le recalibrage du chenal qui est à l’intérieur du parc pour faciliter l’écoulement des eaux. A la sortie du parc, nous avons un canal qui avait déjà été bétonné, mais une poussée d’herbes très importante obstrue à l’heure actuelle l’évacuation des eaux. Le fond sera donc bétonné jusqu’à 1,5 km au delà du pont An nayélé avec un recalibrage du canal, ce qui facilitera la sortie des eaux des milieux urbains. On évitera ainsi les inondations.

Propos recueillis par Félix Ouédraogo
Direction de la communication et des relations publiques de commune de Ouagadougou

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