Voitures de luxe, Escort girls, frasques, tribunaux, jugements, biens mal acquis, condamnations… La vie trépignante de Teodorin Obiang-Nguema, fils du président en exercice de la Guinée équatoriale, n’a rien à envier à celle d’un hors-la-loi. Avec en plus l’inconscience d’un enfant gâté qui semble parfois ne pas comprendre qu’on lui reproche ses frasques et son fastueux train de vie. A bien des égards, le prince de Malabo donne l’impression de n’être qu’une version très riche de Billy The Kid, le célèbre bandit du Far West. Pendant ce temps, la plupart des sujets de celui qui aspire à remplacer son père dans quelques années, croupissent dans une pauvreté crasse.

Entre Rio et Malabo, plus rien ne va. Le vice-président équato-guinéen exige que son argent lui soit rendu par les autorités brésiliennes. En effet, le 14 septembre dernier, les autorités douanières brésiliennes ont saisi 1,5 million de dollars en espèces (le maximum autorisé est de 2400 dollars) et des montres de luxe d’une valeur estimée à 15 millions de dollars, dans les valises Louis Vuitton de Teodorin Obiang-Nguema Mangue, à l’aéroport de Virapacos, près de Sao Paulo.

Selon la délégation qui l’accompagnait pour cette visite non officielle, cet argent devait servir « à un traitement médical » et aux voyages suivants du fils du président équato-guinéen. Les autorités du petit pays d’Afrique centrale semblent d’ailleurs très remontées par cette affaire. Pour elles, le vice-président, paré, en plus de ses montres, d’une autorisation diplomatique, ne devait pas faire l’objet de cette saisie « illégale ».
Mais pour le moment, Rio ne répond plus, en tout cas, pas favorablement, aux plaintes venues de Malabo. Il faut dire que les autorités brésiliennes connaissent bien Teodorin Obiang-Nguema et savent qu’il se rend à Rio pour soigner son ennui, plus qu’autre chose.


Dans une famille, les caractères génétiques sont répartis aléatoirement. Chez les Nguema, on s’en sort avec des fortunes diverses. Partons du patrimoine hérité par Francisco Macías Nguema, premier président de la Guinée équatoriale. Ce dernier, lorsqu’il a été arrêté le 18 août 1979, fuyait le putsch avec une valise remplie d’argent. « Cet argent est à moi, je suis le roi de mon peuple. Tout m’appartient », avait-t-il déclaré. Teodoro Obiang-Nguema Mbasogo, son neveu qui l’a renversé et qui dirige le pays depuis 1979, semble partager avec son oncle une main de fer. A la loterie génétique Teodoro Obiang-Nguema Mangue, fils du président, semble avoir gagné l’amour de l’argent, du luxe et du faste qu’on retrouvait déjà chez son illustre aïeul.
Né le 25 juin 1969, celui qu’on surnomme « Teodorin », exhibe, depuis son plus jeune âge, un train de vie que ne renieraient pas les premiers hédonistes. Ainsi, durant son parcours scolaire, à l’école des Roches, un pensionnat privé français, puis ses débuts à l’université Paris-Dauphine, il acquiert une réputation de dandy n’ayant pour seule règle de vie que la locution latine carpe diem. D’ailleurs, à 22 ans, alors qu’il étudie à l’université américaine de Pepperdine, il n’aurait passé le clair de son temps qu’à faire les boutiques et acheter des voitures de luxe. Il créera même plus tard, TNO Entertainment, son propre label musical. En 2001, le prince de Malabo s’offrira une maison à 6,5 millions de dollars sur Antelo Road, à Bel Air. De toute façon, il ne semble pas avoir besoin de faire de longues études pour avoir de l’argent, encore moins, pour gravir les échelons dans son pays.

Dès les années 90, le fils du président s’implique dans la gestion politique du pays. De 1995 à 1997, son père le nomme conseiller présidentiel chargé des forêts. De 1997 à 2012, il occupe le poste de ministre de l’Agriculture et des Forêts. Selon des enquêteurs du Congrès américain, il possède de nombreuses compagnies d’exploitation forestière, tout en contrôlant l’agence gouvernementale censée les réguler… Le département américain de la Justice et l’Agence des douanes et de l’immigration (ICE) accuseront même Teodorin Obiang-Nguema de prélever, en chèques ou en espèces, un « impôt révolutionnaire sur le bois », auprès des multinationales d’exploitation forestière

En mai 2012, il est nommé deuxième vice-président de la République, chargé de la défense et de la sécurité de l’Etat. Quatre années plus tard, il est nommé vice-président de la République.
Alors qu’on semble le préparer à remplacer son père, beaucoup espèrent alors qu’il abandonnera son train de vie. Que nenni ! Passé la quarantaine, ses goûts et son train de vie n’ont pas changé. En 2015, il assiste aux festivités du très déshabillé carnaval de Rio de Janeiro, où une école de samba défile sur le thème de son pays. Cette dernière remporte le titre, cette année-là. Des bruits vont alors circuler. Le prince de Malabo serait le principal sponsor de l’école de Samba. Ce train de vie, mené aux frais du contribuable, contraste cruellement avec la pauvreté ambiante dans son pays.
Un autre des surnoms de Teodorin Obiang-Nguema est « l’enfant terrible de Malabo », et à raison. En effet, le vice-président, dont le goût pour le strass, les paillettes et tout ce qui brille est connu, a été au centre de nombreux scandales, au fil des années. En effet, sa condamnation par les tribunaux français, en 2017, à 3 ans de prison avec sursis et 30 millions d’euros d’amende, pour biens mal acquis, n’est que le point culminant d’une escalade progressive de la désapprobation de son train de vie.
Selon les enquêteurs qui se sont occupés de cette affaire, il a blanchi près de 150 millions d’euros en France, entre 1997 et 2011. Il possède un hôtel particulier, avenue Foch, en France, estimé à 90 millions d’euros. Par ailleurs, les forces de l’ordre avaient saisi, dans le cadre de l’enquête, pour plusieurs millions de dollars de voitures. l’Ice, l’un des yachts du vice-président équato-guinéen, n’a échappé aux magistrats français que grâce à son appareillage rapide à Monaco. En 2016, onze de ses voitures de luxe et l’Ebony Shine, un autre de ses yachts, sont saisis par la justice suisse qui ouvre une enquête pour biens mal acquis.
Déjà, en 2008, les ONG Transparency International et Sherpa avaient porté plainte, devant le parquet de Paris, contre les familles des dirigeants du Gabon, du Congo-Brazzaville et de la Guinée équatoriale. Ces ONG accusent les mis en cause, dont Teodorin Obiang-Nguema, d’enrichissement aux frais du contribuable. Bien-sûr, le train de vie du prince de Malabo est intenable avec ses émoluments ministériels, « de 3200 euros », selon The Guardian. Cette plainte conduira à l’ouverture, en 2010, d’une enquête de la justice française, suivie d’une condamnation en 2017.

Finalement, pas trop inquiet, il fait appel et retourne dans son pays. Il semble pouvoir tout se permettre, comme lorsqu’il avait nommé la célèbre rappeuse américaine Eve, avec qui il a eu une liaison, présidente, trésorière et directrice financière de sa société-écran « Sweet Pink ».


L’information est révélée en 2010 par un rapport du Sénat américain, qui avait également poursuivi Teodorin Obiang-Nguema, l’accusant d’avoir accumulé 300 millions de dollars, dans le pays, « grâce à la corruption et au blanchiment d’argent, en violation des lois américaines et équato-guinéennes ». Il s’en sortira en 2014 grâce à un accord financier, en application duquel il renonce à 30 millions de dollars de biens saisis. Finalement, le fils du président semble impunissable, échappant d’une manière ou d’une autre aux poursuites, et conservant son train de vie hors norme.
En juin dernier, le vice-président a organisé à Malabo une fête d’un luxe indécent pour ses 49 ans. Pendant ce temps, les Equato-Guinéens vivent, pour la plupart, en dessous du seuil de la pauvreté.
En 2016, selon l’UNICEF, 42% des enfants du pays, en âge de fréquenter l’école primaire, n’étaient pas enregistrés comme élèves. En plus, seulement la moitié des enfants qui commencent l’école primaire l’achèvent. Rien d’étonnant. Comme l’explique Le Figaro, « la valeur des seuls yachts du vice-président dépasse le budget annuel consacré à l’Éducation en Guinée équatoriale où la mortalité infantile est de plus de 90 pour 1000, l’un des taux les plus élevés d’Afrique ».

ECOFIN

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