La traditionnelle convention de financement de la campagne cotonnière 2018/2019 a été signée le 24 janvier 2019 à Paris par la SOFITEX (Société burkinabè des fibres textiles), la Société Générale, la Société Internationale de Financement et BNP Paribas.

Par cette 28ème convention, le pool bancaire international va injecter la somme rondelette de 65 millions d’euros, soit 42.637.000.000 de francs CFA au profit de la Société burkinabè des fibres textiles pour le financement de la campagne cotonnière 2019-2020. Un témoignage de plus de leur confiance vis-à-vis du Burkina Faso, en dépit du contexte sécuritaire et des mouvements sociaux qui rythment la vie socio-politique burkinabè. « Nous travaillons ensemble depuis plus de deux décennies malgré les vicissitudes de la vie politique et économique », a d’ailleurs souligné Vincent Nobilet de la Société générale et représentant du pool bancaire.

Cette cagnotte servira à l’achat du coton graine auprès des cotonculteurs, à son transport vers les 15 usines d’égrenage que possède la SOFITEX, à l’évacuation de la fibre vers les différents ports d’embarquement, à l’achat et à la distribution des intrants. En 2018, la production de coton au Burkina a sensiblement baissé en raison des conditions climatiques défavorables. Mais Wilfried Yaméogo, le directeur général de la SOFITEX espère que 2019 permettra à la filière de retrouver toute sa vigueur (Voir interview).
Premier produit agricole d’exportation et un des principaux leviers de l’économie du Burkina Faso, l’or blanc contribue pour environ 4% du PIB du pays et représente 17,5% de ses recettes d’exportations. Tout en mobilisant en amont et en aval de nombreux autres secteurs d’activités tels que les huileries, les filatures, les assurances, les transports, et autres hydrocarbures, et fournisseurs d’intrants agricoles.

Valentin Hodonou
Kaceto.net (Paris)

Wilfried Yaméogo : « Opposer coton OGM et durabilité du coton n’est pas la bonne approche »

Malgré les aléas climatiques qui ont négativement impacté la précédente campagne cotonnière, Wilfried Yaméogo, Directeur général de la SOFITEX se veut optimiste pour celle de 2018/2019 et fait aussi le point pour Kaceto.net sur la sempiternelle question d’un éventuel retour au coton génétiquement modifié.

Kaceto.net : Tous les objectifs que vous vous étiez fixé pour la campagne 2017/2018 ont-ils été atteints ?

Wilfried Yaméogo : Malheureusement non, à cause d’une faible pluviométrie qui a eu un impact négatif sur le comportement du cotonnier. Nous escomptions à l’origine une production de 500.000 tonnes de coton graine. Voire même la dépasser. Hélas, les conditions climatiques défavorables en ont décidé autrement. A notre grand dam, nous avons dû nous contenter d’une production d’environ 405.000 tonnes. Mais de concert avec les producteurs, nous sommes en train de nous organiser pour repartir de plus belle. Histoire de relancer de manière durable la production avec l’appui, l’accompagnement, la collaboration, l’implication de l’ensemble des producteurs et également de différents acteurs catégoriels.

Le coton, c’est 11% du Produit intérieur brut du Burkina et 17,5% de ses recettes d’exportation. Il joue donc un très grand rôle dans l’économie du pays. Pourtant à peine 5% de la production sont transformés sur place. Insuffisant non ?

C’est une situation contre laquelle la SOFITEX se bat depuis quelques années. Un combat également porté par l’Union économique et monétaire de l’Afrique de l’ouest (UEMOA), qui incite les états de la sous-région à transformer sur place au moins 25% du coton produit localement. Mais j’avoue que la démarche peine à se concrétiser.
En tout cas, au Burkina Faso, les autorités ont désormais saisi la question à bras le corps et les premiers frémissements se font ressentir d’ores et déjà à travers des projets qui sont en train de prendre corps. Je pense donc que d’ici quatre à cinq ans, on devrait pouvoir voir naître plusieurs unités de transformation supplémentaires pour renforcer la plate-forme déjà sur place. Ce qui devrait donner une bouffée d’oxygène supplémentaire à l’économie burkinabè et à son peuple.

Le Burkina Faso après avoir opté un temps pour le coton OGM, est revenu à la culture du coton traditionnel, mais sans exclure un retour vers le coton OGM. Un tel éventuel retour n’est-il pas contradictoire avec votre volonté de faire du Burkina Faso, une terre de culture de coton durable ?

Vouloir opposer, mettre en antagonisme le coton génétiquement modifié et la durabilité de la production du coton ne me paraît pas la bonne approche. Encore faut-il définir ce qu’est le coton durable. A la SOFITEX, nous sommes dans une logique professionnelle d’opportunités. Nous avions opté à un moment donné pour le coton génétiquement modifié dans le seul souci d’améliorer la protection phytosanitaire du cotonnier et sa productivité.
Cet exercice avec MONSANTO, puisque c’est de cette société qu’il s’agit, a connu ses limites à cause des difficultés concernant les caractéristiques technologiques de la fibre de coton. Nous sommes revenus à la production du coton conventionnel dans la perspective d’articuler des partenariats qui nous permettraient de mettre au point, des variétés de coton génétiquement modifié conforme aux caractéristiques technologiques de la fibre burkinabè. Il s’agit donc d’un repli stratégique de notre part, dans la perspective de chercher des opportunités pour éventuellement revenir au coton génétiquement modifié.

Propos recueillis à Paris par Valentin Hodonou
Kaceto.net

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