Quelque 134 villageois ont été tués samedi à Ogossagou-Peul, dans le centre du pays. Il s’agit du pire massacre depuis la fin des principaux combats contre les djihadistes. Une milice de chasseurs dogons est montrée du doigt.

Le gouvernement malien a dissous dimanche une milice de chasseurs dogons et sanctionné les chefs de l’armée au lendemain du massacre de quelque 134 Peuls dans le centre du pays. Cette tuerie, la plus sanglante depuis la fin des principaux combats de l’opération lancée en 2013, à l’initiative de la France, pour chasser les groupes jihadistes qui avaient pris le contrôle du nord du pays, s’est produite en pleine visite du Conseil de sécurité de l’ONU au Mali et au Burkina Faso voisin. Le secrétaire général de l’organisation, Antonio Guterres, s’est déclaré dimanche « choqué et outré » par ce massacre. L’ambassadeur français aux Nations unies, François Delattre, a parlé d’une « attaque terrible » que « nous condamnons fermement », lors d’une conférence de presse samedi à Bamako.

Depuis l’apparition il y a quatre ans dans le centre du Mali du groupe jihadiste du prédicateur Amadou Koufa, recrutant prioritairement parmi les Peuls, traditionnellement éleveurs, les affrontements se multiplient entre cette communauté et les ethnies bambara et dogon, pratiquant essentiellement l’agriculture, qui ont créé leurs propres « groupes d’autodéfense ». Ces violences ont coûté la vie à plus de 500 civils en 2018, selon l’ONU.
Le président Ibrahim Boubacar Keïta a réuni dimanche un Conseil des ministres extraordinaire « pour annoncer la dissolution de l’association (de chasseurs dogons) « Dan Nan Ambassagou » pour dire clairement aux uns et aux autres que la protection des populations restera le monopole de l’État », a déclaré à la presse le Premier ministre Soumeylou Boubeye Maïga. Ce dernier a également annoncé « la nomination de nouveaux chefs militaires », après le limogeage du chef d’état-major général des armées, M’Bemba Moussa Keïta, et de ceux de l’armée de Terre et de l’Air. Le nouveau chef d’état-major des armées est le général Abdoulaye Coulibaly, selon un communiqué du gouvernement.
Une délégation comprenant plusieurs ministres, dont ceux de la Justice et de la Santé, et des responsables militaires, est arrivée en fin de matinée à Ogossagou-Peul, théâtre du massacre, dans la zone de Bankass, près de la frontière avec le Burkina Faso. Dans le village, selon des témoins, des corps étaient encore en train d’être ramassés dimanche. Et des habitants des environs demandaient à être évacués, par crainte de nouvelles attaques, selon un élu local.
Les sanctions prises contre les chefs de l’armée surviennent aussi après une attaque djihadiste, le 17 mars, contre un camp militaire à Dioura (centre) au cours de laquelle 26 soldats avaient été tués. Dans un communiqué de revendication vendredi, la principale alliance jihadiste du Sahel liée à Al-Qaïda a justifié l’opération de Dioura par les « crimes odieux commis par les forces du gouvernement de Bamako et les milices qui le soutiennent contre nos frères peuls ».

AFP/Lefigaro.fr

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