Eliminé par le Bénin des tours préliminaires de la coupe d’Afrique des nations, Emmanuel Adebayor envisage de mettre fin à sa carrière internationale. Le joueur arrêterait donc de revêtir la tunique des Eperviers, l’équipe nationale du Togo, dont il est le meilleur buteur, 19 ans après avoir été sélectionné pour la première fois.

Le 26 mars, à Cotonou, au Bénin, au milieu des cris de joie des locaux et des soupirs de déception des Togolais, un homme marchait seul, l’air ailleurs, vers les vestiaires. Son regard, aussi abattu que celui de ses coéquipiers, semblait pourtant scruter quelque chose qu’il n’avait pas sous les yeux. Le capitaine togolais Emmanuel Adebayor semblait plongé dans son passé, revivant peut-être les dribbles, les buts, les victoires, les qualifications, mais aussi les défaites qui ont émaillé sa carrière en équipe nationale.
« Ça fait pratiquement 19 ans que je suis en équipe nationale. Il y a eu des hauts et des bas. Il y a eu des regrets. Il y a eu des moments inoubliables. Maintenant, je pense que je vais rentrer chez moi. Je vais prendre tous les bons moments. Je vais les mettre dans un sac et partir à Istanbul tranquillement. Et si c’est la fin d’un cycle, qu’il en soit ainsi. J’avais promis à ma fille que mes derniers maillots en club et celui en sélection seraient pour elle. Elle doit déjà être en train de m’appeler ».
Ces mots, confiés à la presse à la fin du match ne laissent pas beaucoup de doutes. A 35 ans, l’emblématique capitaine de la sélection togolaise de football va arrêter sa carrière internationale.

Parcours d’un prodige

L’histoire du joueur commence à Lomé, au Togo, où il naît le 26 février 1984. Son enfance est marquée par sa passion précoce pour le football. Il est si doué, qu’il est intégré dans l’équipe junior du club de son quartier : le Sporting Club de Lomé. C’est là qu’il est remarqué par les recruteurs du FC Metz, qui le font venir en France en 1999, alors qu’il n’a que 15 ans. Son aisance balle au pied et son instinct de buteur, très précoce, séduisent l’équipe technique du club. Son talent est également repéré par la sélection nationale togolaise, au sein de laquelle il joue son premier match en 2000.
Quelques mois plus tard, il permet à son club de remporter la Coupe nationale des moins de 17 ans face aux Girondins de Bordeaux en marquant le second but de la victoire. Pour ses entraîneurs, son âge n’est alors plus une barrière. Le joueur semble avoir les qualités nécessaires pour débuter dans le championnat français de première ligue. Ainsi, alors qu’il n’a que 17 ans, son entraîneur Gilbert Gress lui donne sa chance. Mais le club va descendre en ligue 2. Loin de refroidir le Togolais, cette relégation lui permet de jouer, avec moins de pressions, et de briller au sein d’un championnat de 2e division dont il devient assez vite l’un des meilleurs joueurs. Lors de la saison 2002-2003, il inscrit treize buts et fait remonter le FC Metz en première division.
Emmanuel Adebayor est alors recruté par l’AS Monaco qui croit dans le potentiel du buteur togolais. Malheureusement, ce dernier doit attendre pour briller. Avec des coéquipiers comme le croate Dado Pršo et l’espagnol Fernando Morientes, il joue très peu. Il parvient malgré tout à inscrire 8 buts en championnat. Il en marque 9 la saison suivante où il joue également en Ligue des Champions. En janvier 2006, il part pour l’Angleterre, à Arsenal, où l’entraineur Arsène Wenger, un ancien joueur de Monaco, apprécie beaucoup le profil du joueur. Les années passées dans ce club seront les meilleures de la carrière de l’attaquant togolais. Il y remporte, en 2007, le titre de joueur africain de l’année et est 12e dans le classement du Ballon d’Or. Mais s’il brille plus tard, par intermittence, à Manchester City, au Real Madrid et à Tottenham Hotspur, au Crystal Palace et à Başakşehir, c’est au sein de la sélection togolaise qu’il réalise ses exploits les plus marquants.

L’épervier Alpha et sa part d’ombre

Ce n’est pas par hasard qu’Emmanuel Adebayor est adoré par les Togolais. L’emblématique capitaine de la sélection nationale a connu des moments de bonheur incommensurable, mais pas seulement. Il y a évidemment ses buts, ayant permis de qualifier le Togo à la coupe d’Afrique des nations (CAN) 2006. Meilleur buteur des éliminatoires, le Togolais reste malgré tout muet durant la compétition. Partie remise.
Quelques semaines plus tard, le capitaine marque 7 buts en phases éliminatoires et qualifie le Togo pour la Coupe du Monde 2006. L’équipe ne réussit pas à se qualifier pour une autre compétition avant 2010. Cette année-là, alors que le bus de l’équipe nationale togolaise se rend en Angola, où se déroule la CAN, le bus est mitraillé par les rebelles de l’enclave de Cabinda. Deux joueurs togolais perdent la vie.
Traumatisé, Emmanuel Adebayor et le Togo quittent la compétition. La CAF suspend alors le Togo pour les deux CAN suivantes. Le capitaine annonce alors sa retraite internationale. Deux ans plus tard, pourtant, appelé par le président Faure Gnassingbé, il aide le Togo à se qualifier à la CAN 2013. Malgré tout, le joueur ne sait pas s’il a envie de retourner à la CAN. Didier Six, le nouveau sélectionneur togolais, le convainc alors de prendre part au voyage. Lors de cette CAN, le Togo passe, pour la première fois de son histoire, le premier tour et se qualifie pour les quarts de finale. Mais la défaite face au Burkina Faso ramène les Eperviers sur terre.
Le pays ne se qualifie pas pour la CAN 2015. En 2017, le buteur accepte de rejoindre la sélection pour l’aider à se qualifier à la CAN. Mais, à cause d’un différend avec la fédération et d’une sanction disciplinaire mal digérée, il prend ses distances avec la sélection. Mais, le peuple togolais, même quand il le conspue et semble en avoir assez, aime toujours son Sheyi (second prénom du joueur ; ndlr).
Sans club, Emmanuel Adebayor est convaincu par Claude Leroy, le nouveau sélectionneur, de revenir en sélection. Malgré tous les doutes suscités, le choix est payant. Le Togolais joue à un niveau qu’on attendait plus de lui et participe à la qualification de son pays à la CAN 2017.
C’est peut-être le même exploit qu’espérait Claude Leroy en faisant joueur l’attaquant de 35 ans face au Bénin, le 26 mars. L’histoire aurait pu être belle. En effet, l’ancien d’Arsenal a marqué, redonnant, comme souvent, l’espoir à tout son peuple. Mais finalement, ce sont les Béninois qui remportent le match, poussant un peu plus Emmanuel Adebayor vers la retraite.
Qu’importe, puisque le géant, avec 31 buts en 85 sélections, est considéré par beaucoup, comme le meilleur joueur togolais de l’histoire.

Servan Ahougnon
Agence ECOFIN

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