Le business de la religion et du désespoir bat son plein dans notre pays : grossiers témoignages de personnes sur des faits "miraculeux" dont elles auraient bénéficié, maladies incurables "miraculeusement guéries" couples infertiles devenus d’heureux parents grâce aux prêches du Pasteur ou de l’Imam, etc., le malheur des uns faits assurément le bonheur de beaucoup de vendeurs d’illusions.
Un phénomène amplifié par la libéralisation des ondes et qui prospère aussi grâce aux réseaux sociaux, Watsapp, en particulier.

L’un des guides bien connu du public burkinabè et qui a attiré mon attention il y a un an s’appelle Cheick Abdoul Aziz Aguib Soré. J’avais reçu des vidéos WhatsApp de ses prêches, et depuis, il est devenu une véritable star, et pas uniquement sur les réseaux sociaux sur lesquels il a une stratégie apparemment très efficace. Il a même été retenu par une association qui prône le leadership comme étant parmi les dix personnalités ayant marqué l’année 2018 au Burkina.
Morceaux choisis d’une de ses prêches :
"Nous les marabouts, nous ne sommes pas dans la politique, mais nous pouvons en faire un peu. Par Dieu, le pouvoir que je détiens, le pouvoir de la religion, me suffit. Je ne laisserai pas qu’une autorité scélérate vienne se tenir ici. Jamais ! Le grand nombre de gens qui me suivent à travers Burkina m’obéira en tout ce que je lui commanderai. Faites donc attention, car un leader d’opinion peut agir !"
Dans une autre vidéo, il affirme clairement qu’il a environ un million d’hommes qui sont prêts à lui obéir et conseille aux gens de faire attention. Dans d’autre support, il dit que pour le suivre, il faut d’abord jurer sur le Coran que si tu le trahis, que Dieu et le Coran te maudissent, et être prêt à verser ton sang pour que lui il vive !
L’année dernière, il y a eu des morts dans une bousculade après ses prêches, mais Dieu seul sait si une enquête a été ouverte et où elle en est. Tout le monde le voit venir mais personne n’en parle parce qu’au Faso, la religion (les religieux) c’est tabou !
Le 19 avril prochain, il remet ça. Comment sera assurée la sécurité de ceux qui seront au stade pour ce show ? Des milliers de personnes sont attendues à cette occasion pour toute la nuit de prêche, allant de 20 h à 05 heures !
Normalement, ce type d’événement est organisé en concertation avec les services de l’ordre et les pompiers pour assurer la sécurité et les secours. Est-ce le cas ici ?
Imaginez par ailleurs un instant que l’idée d’un attentat traverse l’esprit d’un service secret quelconque. Que diront les médias de service ? “Attentat contre un rassemblement de musulmans soufi pour célébrer la naissance du Prophète, une initiative dont les sunnites contestent les fondements " !
Et ce Soré passera le temps à se présenter en victime de l’intolérance des fondamentalistes !

Le Cheikh dont la mort a occasionné les représailles à Arbinda est moins connu que Aguib Soré. Mais le bilan des représailles qui ont suivi son assassinat est de 62 morts... Qu’adviendra t-il en cas de malheur si de rumeurs attribuent sa mort à qui que ce soit ?

Témoignage d’un ami vivant à Ouaga au sujet de ce fameux Cheick : "Il y a deux ou trois semaines, j’ai vu ce monsieur escorté par une foule de supporters, passer à toute vitesse. C’était aux environs du rond-point Place des Cinéastes. J’ai même pensé entre temps qu’ils allaient me "rentrer dedans". Le convoi avait sur les flancs des voitures 4x4, les affiches de ce jeune Cheick. Mais ce qui m’a vraiment surpris, dis-toi que j’ai vu une voiture militaire, type 4x4, escortée d’une mitrailleuse, avec pas moins de 5 à 6 militaires, tous armés, jusqu’aux dents. Visiblement, ils assuraient l’escorte de ce monsieur. On ne m’a pas raconté. Je l’ai vu avec mes propres yeux. Au coeur de Ouaga. Je n’ai pas d’interprétation particulière à ce que j’ai vu. A t-il demandé les services de l’escorte, comme le font les banques et les les mines ? Ou est-ce une dotation accordée par les autorités de la République de leur propre gré ? Je ne saurai dire. Mais j’avoue avoir été plus que surpris.”

Dans le business de la religion et du désespoir, ce Cheick Soré est indéniablement une valeur montante. l’Ambassadeur américain Andrew Young ne s’y est pas trompé. Contrairement au Quai d’Orsay, la politique du Département d’État a toujours été de parler avec tous ceux qui comptent ou peuvent compter demain dans un pays. Peu importe l’idéologie qu’ils véhiculent. Pourvu qu’ils ne menacent pas les intérêts américains ! Leurs relations avec Oussama Ben Laden en est un parfait exemple !

Après les Koglwéogos, voici le prochain danger. Et là encore, l’exemple malien peut nous instruire. On m’objectera évidemment, inévitablement que le Burkina n’est pas le Mali. Que contrairement au Mali, il n’y a pas 90% de musulmans au Burkina.
Certes, mais quelles sont les différences structurelles, culturelles, sociologiques, ethnographiques, économiques entre le Mali et le Burkina ?
Lorsque le Haut Conseil Islamique avec à sa tête, l’imam Mahmoud DICKO et son vice-président Chérif Ousmane Madani HAIDARA remplissaient des stades au début, c’était pour des prêches religieux. Puis cela a été pour exiger et obtenir le retrait de la réforme du Code de la Famille qui accordait selon eux, trop de libertés et d’égalité aux femmes. Ça c’était sous Amadou Toumani Touré (ATT).
Puis ils ont exigé et obtenu l’abandon de la réforme scolaire qui accordait plus de place aux matières scientifiques ; pour eux, cela n’était rien d’autre qu’une promotion de l’homosexualité que l’Occident décadent serait en train d’exporter au Mali. Maintenant, c’est pour exiger la démission du gouvernement lors d’un grand rassemblement le week-end dernier.
Or, aucun parti politique au Mali ne peut remplir les stades comme eux, même en distribuant de l’argent ! Il faut avoir bien en tête que depuis 2012, les imams Dicko et Haïdara demandent de négocier, de partager le pouvoir avec les terroristes dont Iyad Ag Ghaly. L’enclave extraterritoriale de Kidal qui est en train d’évoluer en proto état ne leur suffit pas. Ils veulent généraliser ce modèle à tout le Mali. Notez au passage que les indépendantistes de Kidal ont fait voter massivement pour Ibrahim Boubacar Keïta le président actuel lors de la dernière présidentielle.
S’agissant des milices armées, au début, c’était pour aider le gouvernement central malien dans la lutte contre l’insécurité et ces milices ont même eu de bons résultats au début, au point d’être équipées pour servir de forces supplétives à l’armée malienne et à la Minusma. La suite, nous l’avons sous les yeux !

Oui, le Burkina n’est pas le Mali.
Mais il n’est pas si différent du Mali et les mêmes causes, les mêmes mauvaises solutions arriveront aux mêmes résultats.
Au Burkina, les associations religieuses ont déjà fait reculer le pouvoir actuel sur deux projets de lois : le projet de loi sur les libertés religieuses qui entendait interdire l’occupation anarchique de l’espace public pour la prière du vendredi, et le projet de dépénalisation de l’IVG face aux drames que cette pénalisation cause aux plus faibles.
Au Burkina, au terrorisme se mêlent désormais les massacres ethniques et chacun se croit désormais en droit de revendiquer sa parcelle du pouvoir d’état.
J’en conviens : le Burkina n’est pas encore tout à fait le Mali. Pour l’instant !

Maixent Somé
Analyste politique
Kaceto.net

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