Depuis l’année dernière, de nombreux opérateurs de téléphonie mobile manifestent leur impatience quant au lancement de cette technologie de télécommunications. Les investissements dans l’amélioration des réseaux et les tests techniques se multiplient. La pression s’accentue également sur les pouvoirs publics afin qu’ils modifient la typologie des licences télécoms. Cependant, au-delà du simple concept d’hyper-connectivité qu’offre la 5G et qui laisse plus d’un rêveur, l’avènement de cette technologie sur le continent est-elle justifiée dans un contexte où la couverture en réseau télécoms demeure faible, les coûts d’accès à Internet assez élevés et la gouvernance numérique à la traîne.

Bien qu’elle soit encore au coeur de nombreuses recherches à travers le monde, la 5G est déjà une réalité en Afrique. En effet, le tout premier réseau commercial à très haut débit du continent a été lancé le 25 août 2018 au Lesotho par l’opérateur de téléphonie mobile Vodacom.
La société télécoms a donné raison à Rajeev Suri, le directeur général de l’équipementier télécoms Nokia, qui déclarait, en 2016, lors du Mobile World Congress, la grand-messe annuelle des technologies de l’information et de la communication, qui se tient chaque début d’année à Barcelone, en Espagne, que la 5G attendue dans le monde en 2020 pourrait faire son arrivée sur le marché, plus rapidement que prévu. Avec cette technologie mobile, Vodacom Lesotho s’est vantée de pouvoir désormais proposer aux consommateurs de ce pays montagneux et sans côte, où l’acheminement de la fibre optique est pénible et coûteux, une qualité de service très avancée. Pour lancer la 5G au Lesotho, l’opérateur télécoms a obtenu du gouvernement une fréquence dans les bandes 3,5 GHz. Une facilité qui a quelque peu suscité l’envie de Shameel Joosub, le directeur général du groupe sud-africain Vodacom, qui milite pour une rapide mise à disponibilité du spectre de fréquence adéquat en Afrique du Sud, le plus grand marché du groupe télécoms sur le continent.

L’exploit de Vodacom Lesotho d’être parmi les premières entreprises à lancer la 5G en Afrique, de nombreux opérateurs rêvent également de l’accomplir.
Bien que le cadre réglementaire pour la 5G ne soit pas encore favorable dans les marchés où ils opèrent, de nombreuses sociétés télécoms, impatientes de se lancer sur le segment du très haut débit, fourbissent déjà leurs armes en espérant ardemment que les politiques se bougent enfin. En Afrique du Sud, Vodacom et MTN qui militent depuis 2017 pour une libération des fréquences télécoms ont déjà testé avec succès la 5G sur leur réseau. Vodacom a effectué son expérimentation le 07 juillet 2018 dans la ville sud-africaine de Durban, en s’appuyant sur les compétences techniques de Nokia. Son rival de toujours, MTN, a démarré la sienne le 15 novembre 2018, en collaboration avec la société technologique Ericsson. Ils ont été rejoints plus tard par le fournisseur sud-africain de solutions de télécommunications, Comsol Networks qui a mené son expérimentation via la bande de fréquences du spectre radioélectrique de 28 GHz, dans la banlieue de Soweto. En février 2019, l’opérateur sud-africain de réseaux Internet mobile, Rain, annonçait pour sa part le lancement commercial de son réseau 5G dans le pays dès le mois de septembre 2019.
En Algérie, c’est l’opérateur de téléphonie mobile Mobilis, qui s’est déjà lancé dans la course pour la 5G. La filiale de l’opérateur historique Algérie Telecom a testé avec succès le super haut débit le 13 novembre 2018 à Oran avec l’appui technique de son partenaire technologique Huawei.

Au Maroc voisin, c’est Inwi qui annonce la 5G pour très bientôt. La société télécoms qui a initié une modernisation agressive de son réseau depuis 2017 a fait appel à la société technologique chinoise Huawei pour tester la technologie à très haut débit dans les prochains jours. Au-delà de ceux qui sont déjà prêts techniquement pour la 5G en Afrique, il y a ceux qui ont investi et ceux-là qui continuent à investir de manière colossale dans l’optique d’être fin prêt pour la technologie de super connectivité.
C’est le cas Mobile Telecommunications Limited (MTC) qui a lancé le réseau de téléphonie 4G+ avec le soutien de l’équipementier télécoms Huawei, depuis février 2016 et ne cesse de l’étendre pour proposer le meilleur des télécoms à une grande partie de la Namibie le moment venu. En septembre 2018, la Société nationale des télécommunications du Sénégal (Sonatel) a évolué dans ses services, se rapprochant de la 5G en lançant la 4G+. Tigo Tanzanie a fait pareil le 13 septembre 2018. Au Burkina Faso, Orange et Onatel ont aussi adopté la 4G+ après avoir acquis une licence neutre pour 80 milliards Fcfa.
Au regard de l’investissement conséquent engagé par les opérateurs télécoms depuis 2017, il transparaît clairement que le réseau 5G sera une réalité dans une assez grande partie du continent d’ici 2020.

Cependant, compte tenu des réalités numériques actuelles de l’Afrique- faible couverture des réseaux télécoms, accès au haut débit encore assez cher, faible transformation numérique des pays- une question s’impose. Le continent est-il déjà prêt pour le très haut débit ? Pour Mariam Abdullahi, directeur de l’industrie des télécommunications chez SAP, c’est non.
Lors du Mobile World Congress 2018, elle déclarait : « Si je regarde de grands pays comme l’Afrique du Sud et le Kenya, au Kenya la 4G a été lancé par Safaricom et Jamii Telecom, mais avons-nous réellement déjà couvert même 20% du marché avec les services 4G ? Je ne pense pas que nous devons nous assoupir sur le travail et ne pas observer la 5G ; nous devons l’observer. Mais observons la 5G selon nos propres zones uniques. Avons-nous seulement vraiment épuisé les technologies que nous avons déjà et les utilisons nous au maximum ? Ou est-ce juste la prochaine grande chose à
venir ? »

Selon Hootsuite et We are social, dans leur dernier rapport sur le digital, le taux de pénétration d’Internet en Afrique était de 36% en janvier 2019. En d’autres termes, sur une population de 1,3 milliard d’habitants, seuls 473 millions accédaient déjà au service data. Comparé aux autres parties du monde- l’Amérique avec un taux de pénétration d’internet de 78% ; l’Asie-pacifique avec 52% ; l’Europe avec 82% ; le Moyen-Orient avec 71%, il ressort que l’Afrique est encore bien loin derrière en terme d’accès des populations à la connectivité. Sur les 473 millions de personnes qui accèdent déjà à Internet en Afrique, la majorité réside en zones urbaines. Les zones rurales demeurent encore et toujours le point faible des opérateurs télécoms et des gouvernements.


Durant la réunion d’été de la Commission du haut débit, tenue du 07 au 08 mai 2018 à Kigali, au Rwanda, Mats Granryd, le directeur général de l’Association mondiale des opérateurs de téléphonie (GSMA), interpelait encore tous les acteurs du secteur des télécommunications sur la nécessité de rendre la connectivité accessible à tous pour un développement équilibré. « Alors que nous verrons bientôt le déploiement des premiers réseaux 5G, il est plus important que jamais que les gouvernements et l’industrie travaillent ensemble pour faire en sorte que tous les citoyens bénéficient de cette nouvelle ère d’hyper-connectivité », soulignait-il. Pour qu’Internet soit pleinement accessible, il faudrait également, en plus d’une meilleure couverture réseau, que les coûts d’accès soient abordables pour le plus grand nombre.
Bien que la connectivité à haut débit se soit développée assez rapidement en Afrique ces cinq dernières années, le coût d’accès demeure assez élevé et freine encore son adoption par une grande frange de la population africaine. Selon l’Alliance for Affordable Internet (A4AI), seuls quelques pays se démarquent en proposant aux consommateurs, des prix qui satisfont la soif d’Internet et des divers services auxquels il donne accès. A4AI révèle que l’Egypte est le pays qui propose le haut débit mobile au prix le plus abordable. Il offre 1GB au prix de 1,12 dollar US. La Guinée équatoriale est par contre, le pays où l’accès au haut débit mobile est le plus cher du continent : 1GB à 34,80 dollars US.

D’après AIA4, le coût pratiqué par l’Egypte a également moins d’impact sur le revenu national brut par habitant dans lequel il ne représente qu’une part de 0,45%. Or, en Guinée équatoriale, la cherté du haut débit en fait plutôt un produit de luxe. Après l’Egypte qui propose le coût d’accès au haut débit mobile le plus abordable du continent, vient en deuxième position, le Soudan. Le pays propose 1GB d’Internet haut débit à 1,20 dollar US. Le Rwanda qui a réalisé de grands investissements depuis 2015 pour couvrir aujourd’hui 90% de son territoire national en 4G, figure également dans la liste des pays avec des coûts d’accès au haut débit abordables. Le pays propose le GB à 2,80 dollars US. Hormis ces quelques exceptions, l’Internet demeure cher en Afrique.

Dans son « State of mobile Internet connectivity 2018 », GSMA, révélait qu’en Afrique subsaharienne, en 2017, 21% de la population était couvert par le réseau télécoms et connecté tandis que 38% était couvert par le réseau mais pas connecté. Le prix du service était au coeur de cette situation. Au ITU Telecom World 2018, tenu du 10 au 13 septembre à Durban, en Afrique du Sud, Rob Shuter, le président directeur général de MTN Group, expliquait que la 5G « ne sera pas une technologie pour tout le monde, car la plupart des gens n’en ont pas besoin, votre téléphone fonctionne correctement en 3G ».
Pour les entreprises, il est évident que l’avènement de la 5G marquera un tournant décisif dans le développement de leurs activités. De nouveaux services à forte valeur ajoutée qui génèreront davantage de richesses pour leurs caisses seront introduits sur le marché. Ce sera l’opportunité d’investir sur de nouveaux segments, d’améliorer ses rendements financiers. Les Etats africains en tireront également un grand bénéfice sur le plan économique au regard du dynamisme que la technologie suscitera dans le secteur des services et produits innovants.

Cependant, pour les populations africaines qui désirent une amélioration de leur cadre de vie, la 5G devrait avoir un impact certain dans les secteurs des transports, de la gestion des déchets, de la sécurité, de la protection de l’environnement, etc., grâce à son rôle clé dans les segments de l’Internet des Objet et l’Intelligence Artificielle. Mais au regard du pauvre environnement numérique actuel des pays d’Afrique, il ne serait pas alors exagéré de parler de gâchis technologique si la 5G qui doit soutenir efficacement une mise en œuvre intégrée et inclusive des objectifs de développement durable, ne joue finalement pas un rôle catalyseur dans le développement social.

Agence ECOFIN

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