Susciter l’engouement des élèves pour la série ‘’C’’, tel est l’objectif qui a motivé le gouvernement burkinabè à lancer, en 2015, le projet de construction de deux lycées scientifiques nationaux en quatre ans, sauf qu’à l’heure du bilan, que d’équations à résoudre.

La construction de deux lycées scientifiques nationaux dans les deux principales villes du Burkina Faso (Ouagadougou et Bobo-Dioulasso) s’est confrontée au cours des quatre ans, à des difficultés de démarrage des travaux, à une rallonge du budget et à l’ouverture des lycées sur des sites d’emprunts.

D’un montant de 5 milliards de FCFA, financée par la Banque Mondiale, la construction des deux lycées devait démarrer en 2016, sous la supervision du Projet d’amélioration de l’accès et de la qualité de l’éducation (PAAQE).
Malheureusement, elle a été retardée à la suite d’une conjugaison de facteurs.
« On a eu des difficultés au départ pour trouver l’architecte pour les études de faisabilité et les études architecturales, car c’était un concept nouveau qui nous vient de la Tunisie », affirme le coordonnateur du PAAQE Armand Kaboré.
Pour le maîtriser, le PAAQE a prévu un voyage d’étude de consultants en Tunisie pour une meilleure mise en œuvre au Burkina Faso.
« Ce n’est qu’à la troisième année (en 2018) que nous avons pu faire le voyage d’étude, puis nous avons recruté l’architecte pour les études techniques et architecturales des deux bâtiments. Il ne nous restait plus qu’une année (2019) pour le mettre en œuvre », explique Armand Kaboré.

Selon Armand Kaboré, la prorogation de la durée du projet permettra de rattraper le grand retard. C’est donc au cours du mois de février 2019, que les travaux des deux lycées scientifiques nationaux ont été officiellement lancés pour un délai d’exécution de six mois.
Malheureusement, comme le projet lui-même, la construction des deux lycées a pris du retard.
Situé dans l’arrondissement n°2 sur une superficie de 4 hectares, le chantier du lycée scientifique national de Bobo-Dioulasso (2ème ville) est à un taux d’exécution de 20%. Celui de la capitale Ouagadougou, situé à l’arrondissement n°8, sur une superficie de 3 hectares, n’est guère avancé. Il est à 12%.
Selon le coordonnateur du PAAQE, Armand Kaboré, le retard est dû à un problème technique. « Pour ces deux chantiers, nous avons perdu trois mois dans l’approbation des plans d’exécution des entreprises par le laboratoire national du bâtiment et des travaux publics », justifie-t-il.

Avec ce retard, le chargé de suivi et de contrôle des travaux des deux lycées scientifiques, Jérémie Belemkoagba précise que les délais d’exécution seront un peu décalés, mais il rassure quant à la disponibilité des ouvrages à la rentrée scolaire prochaine en octobre.

« Pour cela, nous tenons chaque semaine deux réunions, l’une les lundis à Bobo-Dioulasso et l’autre les jeudis à Ouagadougou pour booster l’avancée des travaux », souligne-t-il.

Son optimisme est partagé par le coordonnateur Kaboré : « on a mis un dispositif de travail de nuit qui va nous permettre de rattraper le retard accusé ».

L’une des conséquences du retard est l’arrivée à terme du projet PAAQE, au mois de juillet 2019. Aussi, le gouvernement burkinabè a introduit auprès de la Banque mondiale, une requête de rallonge du projet qui a été accordé dans les principes (en attendant la formalisation) pour un an supplémentaire, c’est-à-dire jusqu’en juillet 2020. « Ce qui nous laisse largement le temps de terminer les bâtiments, de les équiper et d’organiser les rentrées », se réjouit le coordonnateur.

Selon le ministre en charge de l’Education nationale, Pr Stanislas Ouaro, le projet de construction des deux lycées scientifiques nationaux est parti du constat d’une désaffection des élèves pour les sciences, qui date depuis les années 1970.

« Nous avons décidé de créer des lycées scientifiques, pour qu’il y ait plus d’engouement autour de la série ‘’C’’, afin que nous ayons des ingénieurs de qualité et des enseignants de sciences de qualité », a-t-il indiqué.

Malgré le retard du projet, le gouvernement burkinabè a néanmoins ouvert au cours de l’année scolaire 2017/2018, sur des sites d’emprunts, les deux lycées scientifiques.

Selon le coordonnateur du PAAQE, « la location des sites d’emprunts pèse énormément sur le budget de l’Etat et celui du partenaire ».


« Nous avons décidé de créer des lycées scientifiques, pour qu’il y ait plus d’engouement autour de la série ‘’C’’ », foi du ministre Stanislas Ouaro.
« En deux ans de location, l’incidence financière pour les deux sites d’emprunt tourne autour de 100 millions de FCFA par an et par établissement. Pourtant ce n’était pas prévu dans le projet », renseigne-t-il.

Il est donc indispensable, selon lui, « d’achever la construction et l’équipement des deux lycées scientifiques pour la rentrée scolaire prochaine ».

Le lycée scientifique national de Bobo-Dioulasso est en location au sein du complexe scolaire Rockseed et le lycée scientifique national de Ouagadougou lui loge au sein de l’Institut international d’ingénierie de l’eau et de l’environnement (2IE) de Kamboisin.

Le bilan de leurs deux ans de fonctionnement sur les sites d’emprunts est positif avec 100% de réussite de part et d’autre, de l’avis de leurs proviseurs respectifs.

Au lycée scientifique national de Bobo-Dioulasso, Samuel Yaméogo et Souleymane Konfé, sont respectivement les majors de la seconde ‘’C’’ avec 17,38 de moyenne annuelle et de la première ‘’C’’ avec 16,85 de moyenne annuelle.

« C’est le travail bien organisé qui m’a permis d’être le meilleur », clame le second cité.

Au lycée scientifique national de Ouagadougou, le meilleur élève de la seconde ‘’C’’ est William Anicet Bonkoungou avec 17,36 de moyenne annuelle.

« Ce succès est ma manière, à moi, d’être reconnaissant à l’Etat qui nous a donné l’opportunité de nous former dans les meilleures conditions », estime-t-il.

Au niveau de la première ‘’C’’, deux filles, Amandine Elsie Yintaleo Compaoré et Laureine Chérifa Compaoré, ont obtenu la même meilleure moyenne annuelle de 16,79.

Cependant, les résultats jugés satisfaisants par les deux proviseurs n’ont pas été sans difficultés sur les sites d’emprunts.

L’une des difficultés exposée par les deux proviseurs est l’absence de maîtres d’internat pour assister les élèves la nuit dans leurs dortoirs.

Comme solution palliative, cette tâche est provisoirement gérée par leurs attachés d’éducation respectifs.

« Ceux-ci dorment ici à l’internat à tour de rôle après leurs activités administratives de la journée alors que ce n’est pas dans leurs prérogatives », salut le proviseur du lycée scientifique national de Ouagadougou Jean Paul Boumboudi.

Les ‘’scientifiques’’ de Ouagadougou ont élu domicile au 2IE, en attendant la fin de la construction de leur lycée.
« Il faut comprendre que des pères et mères de famille qui doivent rester passer toute la nuit et le lendemain encore se retrouver au niveau du service pour travailler, c’est vraiment difficile », fait observer le proviseur du lycée scientifique national de Bobo-Dioulasso Mamoudou Diakité.

Si Jean Paul Boumboudi salue l’action de ces attachés d’éducation en attendant le recrutement des maîtres d’internat habilités pour la tâche, Mamoudou Diakité lui, lance un cri du cœur aux autorités pour que cela soit effectif à la rentrée prochaine.

Les deux lycées scientifiques manquent également de laboratoires pour les manipulations sur leurs sites d’emprunt.

« Nous sommes obligés de faire appel à un laboratoire mobile, mais celui-ci est limité en matériel. Cela fait que nos élèves n’arrivent pas à expérimenter convenablement les cours », regrette l’enseignant de sciences physiques du lycée scientifique national de Ouagadougou, Lassina Sawadogo.

A Bobo-Dioulasso, les manipulations se déroulent dans le laboratoire du lycée Ouézzin-Coulibaly, distante du Complexe scolaire Rockseed.

Face à ces différentes difficultés, les deux proviseurs espèrent pouvoir déménager à la rentrée scolaire prochaine dans leurs propres locaux qui sont en construction.

Agence d’information du Burkina
Photos : AIB

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