Les chefs d’Etats des pays membres de la Communauté économique des états d’Afrique de l’Ouest se sont réunis en sommet extraordinaire le 14 septembre à Ouagadougou à l’occasion d’une conférence consacrée à la lutte contre le terrorisme.
L’organisation sous-régionale d’Afrique de l’Ouest entend sonner la mobilisation générale contre l’hydre terroriste qui sape les efforts de développement des pays principalement du Sahel

En l’espace de quelques années, le terrorisme est devenu un phénomène qui menace la paix mondiale et sape les efforts de développement, particulièrement dans les pays du Sahel. Conscients que la victoire sur ce mal du siècle nécessite que des efforts soient consentis par les différents Etats, les chefs d’états des pays africains membres de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) se sont réunis le 14 septembre à Ouagadougou afin de proposer des solutions pour lutter contre le phénomène.« Si nous avons pris la décision de convoquer une réunion extraordinaire de notre Communauté pour débattre spécifiquement de la lutte contre le terrorisme, l’extrémisme et le crime organisé dans notre région, c’est parce que cette question constitue pour nous une triple menace : menace à la paix et à la sécurité des personnes et des biens, menace contre nos institutions démocratiques, menace pour notre développement économique et social », a déclaré le président nigérien Mahamadou Issoufou, également président en exercice de la CEDEAO, lors de la cérémonie d’ouverture. Selon lui, les toutes ces menaces sont amplifiées par la crise libyenne, concentrées initialement dans la région du Sahel et dans le bassin du Lac Tchad, et qui se déplacent par la suite progressivement vers le Sud avec le risque de concerner l’ensemble des Etats de la communauté de la CEDEAO. "La menace des organisations terroristes et criminelles a ainsi pris une dimension stratégique car elle ne vise ni plus ni moins que la remise en cause de l’existence de nos Etats dans leurs territoires et formes actuels. C’est pourquoi, nous devons nous fixer comme objectifs politiques la sauvegarde de l’intégrité territoriale de nos Etats, la sauvegarde de nos institutions démocratiques républicaines et la sécurisation de tous les citoyens, ainsi que la protection de leurs biens », a-t-il poursuivi.
Pour réaliser ces objectifs politiques et stratégiques, les Etats ont renforcé leurs capacités opérationnelles et de renseignement, procédé à la mutualisation des moyens en mettant en place la Force Conjointe pour le G5 Sahel et la Force Mixte Multinationale pour le bassin du lac Tchad. Selon toujours le président Issoufou, ces forces bénéficient d’un appui de l’opération Barkhane et celui de la Mission des nations unies pour la stabilisation du Mali (INUSMA) dont la mission se limite au maintien de la paix.

Reste que tout ce dispositif ne suffit malheureusement pas à venir du terrorisme qui endeuillent quotidiennement les familles. "Les terroristes font preuve d’une résilience étonnante, leur menace se fait de plus en plus persistante et inquiétante et s’étend dans l’espace", constate, Issoufou, qui estime que "le renforcement des capacités nationales et conjointes me semble mieux répondre à cet impératif ».
Il a proposé d’autres moyens pour renforcer la lutte contre le terrorisme, notamment, la mise en place d’un "nouveau concept d’opération afin de couvrir des territoires plus larges et d’engager des opérations permanentes à la mesure des nouveaux moyens qui seront mis à dispositions ; de tarir les sources de financement du terrorisme à travers l’engagement de tous les Etats à lutter contre les trafics de tous genres, notamment le trafic de drogue ; d’accélérer le règlement rapide de la crise libyenne avec une plus grande implication de l’Union Africaine".

Prenant la parole, le président du Faso Roch Marc Christian Kaboré, président en exercice du G5 Sahel, a estimé que la lutte contre le terrorisme engage aussi la famille, cellule de base de la société. « Par l’éducation à la culture de la paix, au respect de la diversité, la famille doit contribuer à ériger les premiers remparts contre la manipulation des consciences », a-t-il déclaré. Il est évident, a t-il poursuivi, que nos efforts seront vains si la croissance économique ne s’accompagne pas d’un lutte contre les injustices sociales, lit de toutes les frustrations des habitants des zones défavorisées, où poussent la colère et les tentations les plus désespérées, y compris l’émigration clandestine.
Il y a donc urgence selon le président Kaboré "à développer des programmes spécifiques en faveur des jeunes et des femmes des zones déshéritées, pour valoriser leur potentiel productif, développer le sentiment d’intégration sociale et minorer les flux migratoires illégaux, tout en accroissant la résilience des populations ».

Dans le communiqué final sanctionnant leurs travaux, les chefs d’Etats ont fermement condamné les attaques terroristes et affirmé la nécessité pour la CEDEAO d’assurer le leadership de la lutte contre le terrorisme dans la région et de coordonner les multiples initiatives multinationales de lutte contre le terrorisme en Afrique de l’Ouest.

Les chefs d’Etats ont exprimé leur attachement au principe du respect de l’intangibilité et de l’intégrité territoriale des Etats, conformément aux fondements de l’Union Africaine, appelé tous les Etats de ne pas accepter que les terroristes utilisent leur territoire comme sanctuaire ou base de repli.
Tout en engageant les signataires de l’Accord d’Alger à se démarquer sans équivoque des groupes terroristes, les chefs d’Etats "apportent leur soutien à l’exercice de la souveraineté de la République du Mali sur l’ensemble de son territoire. Elle réaffirme que la Région de Kidal est partie intégrante du territoire Malien et exige le respect scrupuleux des symboles de l’Etat Malien, le retour des démembrements de l’Etat, y compris les Forces Armées reconstituées et de l’Administration dans toute la Région de Kidal". Ils ont aussi insisté sur l’urgence de régler la crise libyenne, "véritable foyer d’alimentation du terrorisme dans le Sahel" et demandent la nomination d’un Représentant Conjoint de l’Union Africaine et des Nations Unies pour la Libye.

Afin de renforcer les actions de prévention et de lutte contre le terrorisme, les chefs d’Etats venus à Ouagadougou ont adopté un Plan d’actions prioritaires sur la période 2020 – 2024 articulé autour de plusieurs points dont entre autres,
- La mutualisation des efforts et la coordination des initiatives de lutte contre le terrorisme et le renforcement des actions menées par la Force Conjointe du G5 Sahel, la Force Multinationale Mixte du Bassin du Lac Tchad, ainsi que l’Initiative d’Accra et à renforcer la coordination opérationnelle entre ces Forces.

- La dotation par le Conseil de sécurité e l’ONU d’un mandat robuste à la MINUSMA, lui permettant de lutter de manière plus efficace contre le terrorisme
- Le partage effectif et direct des informations et de renseignements entre les services de sécurité des Etats membres
- La mise en place d’un système sécurisé permettant le partage d’informations et l’accès réciproque à leurs bases de données biométriques respectives suivant des procédures agréées.
- Le renforcement de la gestion et du contrôle sécuritaire aux frontières terrestres, aériennes, maritimes et fluviales.
- Le renforcement de la sécurité de leurs stocks d’armes et munitions par la mise en œuvre de programmes de sécurité physique des dépôts, d’informatisation de la gestion des stocks et de formation continue du personnel concerné.
- La promotion du dialogue inter communautaire et la communication comme des outils de prévention des conflits et du terrorisme en facilitant la cohésion entre les communautés et en renforçant les mécanismes traditionnels de prévention et de résolution des conflits.

Lors de la conférence de presse de clôture, le président Issoufou a annoncé que la création d’un fond doté d’une enveloppe d’1 milliards de dollars US, dont les modalités de mise en oeuvre seront définies lors de la session extraordinaire prévu le 21 décembre prochain à Abuja, au Nigeria.

Frédéric Tianhoun et Joachim Vokouma
Kaceto.net

images

Un message, un commentaire ?
modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.