Chassé du pouvoir en 2013 par les rebelles de la Séléka et abandonné par ses pairs, l’ex-président centrafricain François Bozizé est annoncé sur le chemin du retour vers ses terres natales. Son objectif, participer aux élections de décembre 2020, n’est un secret pour personne. Pour celui qui est resté très populaire à Bangui l’ex-coquette, la tâche est loin d’être impossible, malgré les multiples sanctions de l’ONU.

En République centrafricaine, à la mi-juillet, le secrétaire général du parti de François Bozizé, le Kwa Na Kwa (KNK), a annoncé le retour de l’ancien président à Bangui. « François Bozizé rentrera de manière sûre et certaine dans les semaines à venir », a déclaré Christian Guenebem. Ce dernier a également confirmé que l’ancien président revenait pour les prochaines échéances électorales.
« Le candidat du KNK à la prochaine échéance présidentielle, c’est François Bozizé ». Pourtant, un tel retour ne semble pas si évident pour un ancien président, sanctionné par l’ONU et privé de passeport. Qu’à cela ne tienne.

Alors que les compagnies aériennes sont censées être inaccessibles pour François Bozizé, ce dernier semble plus que jamais mobile et déterminé à reprendre le pouvoir. Pour avoir le droit de participer aux élections du 27 décembre 2020, l’ancien chef d’Etat a encore 6 mois pour rentrer en Centrafrique. Pour n’importe qui d’autre, la mission serait tout simplement impossible. Mais pour François Bozizé et sa longue histoire avec la Centrafrique, sait-on jamais...

Prémices d’un retour annoncé il y a 5 ans

Si le retour dans l’actualité de François Bozizé peut surprendre, il n’en était pas moins annoncé, et ce, depuis plusieurs années. A l’époque, il faut reconnaître que le message était noyé dans un discours dicté par les émotions du moment. Il y avait d’abord l’amertume, teintée de déni, provoquée par la perte brutale de son fauteuil présidentiel.

Dans une interview, il avait réclamé, en 2015, que le pouvoir, perdu 2 ans plus tôt, lui soit rendu. « Une chose est sûre : je n’ai pas achevé mon mandat, lequel expire en 2016. Ce retour à la lettre de la Constitution (sa réhabilitation ; ndlr) est donc un préalable, ce n’est pas négociable. Une fois cela fait, je suis ouvert, comme je l’ai toujours été, au dialogue avec tous les Centrafricains, y compris Michel Djotodia et ceux qui se sont fourvoyés avec lui », avait-il déclaré.

A son amertume, l’ex-président ajoutait de la colère, due à un sentiment de trahison et d’abandon, suscité par le peu de soutien offert par ses pairs lorsqu’il perdait le pouvoir. « Mes pairs m’ont trompé, surtout Idriss Déby Itno. Je lui ai fait confiance. Combien de fois n’avons-nous pas mangé ensemble ? » Mais, déjà à cette époque, dans ce dédale émotionnel, on voyait déjà poindre la détermination de l’homme à revenir triompher sur ses terres.

« Mon pays, c’est la Centrafrique. Tôt ou tard, j’y retournerai ». Pour François Bozizé, son retour n’a jamais été qu’une question de temps, d’agenda. Cette certitude, les sanctions de l’ONU, ne semblent pas l’entamer.

Il faut dire que ce n’est pas la première fois que l’ancien chef d’Etat se retrouve dans une position défavorable. Tout au long de sa tumultueuse histoire avec la Centrafrique, il a souvent connu l’exil et toujours, en est revenu.

Eternel revenant

François Bozizé a toujours su trouver le chemin du retour vers la Centrafrique. Il faut dire que ses premières années, ce spécialiste de l’exil, les a passées loin de son pays.

En effet, l’histoire de François Bozizé commence au Gabon, à Mouila, où il naît le 14 octobre 1946. Il revient sur ses terres durant ses études secondaires qu’il effectue au collège militaire de Bouar. En 1975, il est promu capitaine puis commandant et enfin général de brigade en 1978, sous le régime de Jean-Bedel Bokassa. En 1979, lorsque ce dernier est renversé, François Bozizé devient ministre de la défense dans le gouvernement du président David Dacko. Malgré ses fonctions, il continue de se former, notamment à l´École de guerre, en France. C’est là, en pleine formation, qu’il apprend, le 1er septembre 1981, le coup d´État du général André Kolingba. Ce dernier lui confie le département de l´information et de la culture. Seulement, six mois après, dans la nuit du 2 au 3 mars 1982, François Bozizé organise un coup d´État qui n’aboutira pas. Il fuit alors la Centrafrique. Il trouvera refuge au Tchad, dans un premier temps, puis au Bénin.

En juillet 1989, il y est arrêté puis extradé vers Bangui où il est emprisonné pour complot. Finalement, il sera libéré en décembre 1991. En 1993, il se présente à
l´élection présidentielle qui sera remportée par Ange-Félix Patassé. Le nouveau président nomme François Bozizé chef d´état-major des forces armées, en 1996. Ce dernier s’impose comme un des piliers du régime. A cette époque, François Bozizé est littéralement l’ange gardien du président. Pourtant, le 26 octobre 2001, cinq mois après l’échec d’un coup d´État attribué à l´ancien président André Kolingba, François Bozizé est limogé. Menacé d´arrestation et sentant sa vie en danger, il se retranche d’abord dans sa résidence de Bangui avant de s’enfuir, à nouveau au Tchad. Depuis ce pays, il coordonne des incursions sur le territoire centrafricain au grand dam du président. Ce dernier, soutenu par l’armé libyenne et le MLC de Jean-Pierre Bemba réussit à tenir... jusqu’au 15 mars 2003. Ce jour-là, Ange-Félix Patassé est au Niger, lorsque François Bozizé marche sur Bangui et prend la capitale qui lui résiste peu grâce à l’armée au sein de laquelle beaucoup lui sont resté loyaux. Il prend le pouvoir et oblige Ange-Félix Patassé à s’exiler.

Il promet alors de mettre le pays sur le chemin de la démocratie, d’organiser des élections et de ne pas s’y présenter. A d’autres... Surfant sur quelques semaines de propagande durant lesquelles il vote, entre autres, une loi en faveur de la liberté de la presse, il décide de se présenter aux élections qu’il remporte avec 64% des suffrages.

Qui chasse par le putsch...

En 2011, François Bozizé est réélu. Seulement, un an après, la Séléka, un groupe de rebelles dirigés par Michel Djotodia marche vers la capitale. A la porte de Bangui, les rebelles sont stoppés par la présence de troupes tchadiennes.

Des accords de paix sont négociés dans la foulée en janvier, à Libreville, au Gabon. Un gouvernement de transition sera mis en place. Mais François Bozizé fait tout pour retarder ou limiter l’application des clauses de l’accord de paix. Les rebelles ne sont pas intégrés dans l’armée régulière comme convenu. Les prisonniers politiques ne sont pas libérés et les postes concédés à l’opposition au sein du gouvernement sont doublés par des nominations de proches du Président.

Les rebelles finiront par reprendre les armes et chasser François Bozizé du pouvoir en mars 2013. Son implication dans des tentatives de déstabilisation du pays, après sa chute, lui vaudra des sanctions du conseil de sécurité de l’ONU. Depuis, il prépare son retour pour les élections de 2020. Et alors que le pouvoir de son successeur Faustin-Archange Touadéra vacille, le moment semble opportun. D’autant qu’à Bangui, on n’a pas oublié celui qui se décrivait en 2003 comme « le soldat au service du peuple centrafricain ».

Servan Ahougnon
Agence ECOFIN

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