Avec cette victoire contre les Anglais, les Springboks remportent leur troisième Mondial et rejoignent la Nouvelle-Zélande, elle aussi triple championne du monde.

L’adage dit : « No scrum, no win ». Pas de mêlée, pas de victoire. Vrai, s’agissant de cette neuvième finale de Coupe du monde de rugby. C’était un match d’affrontements pack contre pack, quintaux de muscles contre quintaux de muscles. Exercice de force taillé pour les Sud-Africains et les Anglais. Mais peut-être plus encore pour les premiers nommés. Qui l’ont emporté largement (32-12 à la fin, 12-6 à la mi-temps), décrochant par là même leur troisième titre mondial, samedi 2 novembre, dans la nuit de Yokohama.

Le match terminé, ses deux enfants sur le dos, Siya Kolisi s’avance en chef de file. Un excellent troisième ligne. Un symbole de 28 ans, pour certains, né deux semaines avant l’abolition officielle de l’apartheid : le premier capitaine noir des Springboks. Le trophée Webb-Ellis, du nom de l’inventeur putatif de ce sport, un Anglais, ira de nouveau à l’Afrique du Sud ; le fair-play britannique devra s’en accommoder. Pour serrer la main des gagnants comme des perdants, cette fois : le conservateur Shinzo Abe, premier ministre du Japon, et le prince héritier Akishino.
Pour cause d’apartheid, les « Boks » disputaient seulement leur septième édition du Mondial, sur neuf possibles. Mais c’est déjà assez pour égaler le record néo-zélandais de titres dans la compétition. Déjà le troisième sacre de l’Afrique du Sud, après celui de 1995 contre la Nouvelle-Zélande, à domicile, sous les yeux de Nelson Mandela, puis celui de 2007, là encore contre les Anglais, sur la pelouse du Stade de France.

Les Anglais, KO d’entrée

Samedi, les Sud-Africains connaissaient leurs armes, ils les ont utilisées : faire pencher le rapport de force grâce à des avants bien en place, tout en alternant le jeu par moments. En somme, d’abord « combattre le feu par le feu », selon la déclaration liminaire de Lood De Jager, le deuxième ligne sud-africain.
Premier résultat : une voiturette sur le terrain dès la troisième minute de jeu, et au moins huit membres de l’encadrement anglais alentour. Huit hommes venus aux nouvelles du pilier droit Kyle Sinckler, sonné d’entrée : l’homme voulait plaquer Makazole Mapimpi… puis a percuté son propre coéquipier, Maro Itoje. Il quittera la pelouse finalement debout, mais sonné. Prélude à des débats agités, forcément. Parfois difficiles pour le Palois Jérôme Garcès, premier arbitre français à diriger une finale du Mondial.

Comme souvent avec l’Afrique du Sud, le compteur a longtemps progressé au pied. Six pénalités pour les « Boks », par Handré Pollard ; quatre pour les Anglais, par Owen Farrell, qui repensera peut-être à son échec en seconde période.
Puis jaillit Makazole Mapimpi. Un bel essai en bout de ligne, côté gauche, preuve que les Boks ont plus de registres que la caricature veut bien leur en prêter, après un jeu au pied pour Lukhanyo Am, et une passe aveugle de ce dernier.

Et Mapimpi et Kolbe jaillirent

Voilà Makazole Mapimpi devenu le premier Sud-Africain à inscrire un essai en finale d’une coupe du monde. Les deux précédents titres des « Boks » s’étant tous joués à coup de drops ou de pénalités.

Un deuxième essai a suivi, samedi, à six minutes de la fin. Celui de Cheslin Kolbe, forfait en demies, mais rétabli de sa blessure à une cheville juste à temps pour la finale. Juste à temps pour prendre de vitesse tout ce que l’Angleterre comptait de joueurs encore en état de courir. L’ailier de Toulouse figure, pour l’anecdote, parmi les six nominés au titre de meilleur joueur de l’année 2019. Récompense marginale à remettre dimanche, au lendemain de cette finale.

Plusieurs fois pendant le match, les écrans géants de Yokohama ont montré les deux sélectionneurs. Côté anglais, Eddie Jones toujours debout en tribunes, comme à l’accoutumée. Chez les Sud-Africains, Johan « Rassie » Erasmus plutôt en position assise, toujours prompt à communiquer avec ses adjoints par oreillettes interposées, deux ans à peine après sa prise de fonction.
Malheureux Anglais, qui pensaient avoir déjà surmonté le plus dur après leur demi-finale contre la Nouvelle-Zélande (19-7), ces All Blacks justement vainqueurs de l’Afrique du Sud au premier tour ! Samedi, le prince Harry avaient fait le déplacement. Comme des milliers de compatriotes, au son habituel des « Swing low, sweet chariot ».

Le XV de la Rose continuera, pour au moins quatre ans encore, de vivre avec le souvenir du titre de 2003. Le seul de l’Angleterre, et le seul de l’hémisphère Nord tout court, en neuf éditions du Mondial. Prochain rendez-vous dans quatre ans, en France, là même où les « Boks » avaient remporté leur deuxième titre.

Adrien Pécout (Yokohama - Japon, envoyé spécial)
Lemonde.fr

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