Ce soir, sous le coup de 19 heures, se tient dans la salle des Banquets de Ouaga2000, la première édition du " Gala des entrepreneurs", une activité organisée par l’Association jeunesse active diligente (AJAD).

La présidente de cette association qui s’est donnée la mission d’aider et d’accompagner les jeunes qui se lancent dans l’entreprenariat, Agathe Roth Kaboré, architecte de formation, coach de vie, écrivaine et conférencière explique le contenu et les objectifs de cette activité.
Pour elle, l’expérience de la politique en matière de formation en Suisse où elle réside peut inspirer notre pays pour éviter que le système ne continue à produire des chômeurs.

Quel est l’objectif de cette soirée de Gala dédiée aux entrepreneurs ?

L’objectif de ce Gala est de faciliter le réseautage entre les entrepreneurs parce qu’aujourd’hui, les gens fonctionnent par connaissances et par réseaux. Même si tu es bon dans ce que tu fais, il faut quand même qu’on te connaisse et qu’on ait une image de toi avant de te confier du travail. Le réseautage permet de se connaitre et permet aussi aux entrepreneurs de discuter pour éventuellement travailler ensemble.
Lors de ce Gala, il y aura aussi des partages d’expériences et de jeunes feront connaitre leurs parcours et les enseignements qu’on peut en tirer pour les autres.
Je suis au pays depuis quelques semaines et j’ai essayé de rencontrer de jeunes entrepreneurs. Je peux vous dire que beaucoup subissent de choses terribles dans leur parcours. Certains tiennent le coup malgré les difficultés mais d’autres ont lâché. Il faut qu’il y ait cette solidarité envers tous afin que chacun réussisse.
J’en ai même rencontrés qui gardent encore des séquelles de ce qu’ils ont enduré soit avec les collaborateurs, soit avec les banques qui s’étaient engagées à les soutenir. Je ne parle même pas du taux élevé des crédits qui est déjà un gros handicap à l’entreprenariat, mais de certaines pratiques visant à ruiner les jeunes entrepreneurs.



A quoi faites-vous allusion exactement ?

Certaines banques engagent de jeunes filles commerciales qui vont démarcher les jeunes entrepreneurs et les commerçants pour les convaincre de contracter un prêt et développer leur affaire. Ce qui, a priori n’est pas mauvais. Sauf que c’est un piège. Tu signes un accord avec la banque avec des remboursements mensuels convenus de commun accord. Quelque temps après, la banque te dit que tu dois augmenter le montant des mensualités et si tu es mal renseigné ou que tu as peur, tu signes à nouveau sachant que ce sera difficile pour toi de respecter ces nouveaux engagements. C’est l’objectif visé par la banque. Dès que tu ne peux pas rembourser, elle engage une procédure pour récupérer ce que tu avais mis en garantie, une parcelle ou d’autres biens. J’en connais qui en ont été victimes surtout des commerçants ambitieux mais analphabètes. J’ai pu aider certains à ne tomber dans le piège.
Mais ce que les banques font n’est rien comparativement à ce que l’Etat fait aux entrepreneurs. Celui qui m’a donné envie d’être architecte était un homme qui gagnait bien sa vie mais aujourd’hui, il est tombé parce que l’Etat lui doit plus de 100 millions de F CFA. Et comme il n’est pas à jour de ses impôts, il ne peut plus soumissionner aux marchés publics. Nous sommes dans un système et les banques copient d’une certaine manière l’Etat avec lequel 90% des entrepreneurs travaillent.

Qu’est-ce qui a motivé l’organisation de cette soirée de Gala ?

J’ai participé à des Galas en Suisse et je me suis dit pourquoi ne pas faire la même chose ici chez moi pour les gens, les jeunes entrepreneurs. Il y a beaucoup de choses qui se font ici, mais y a-t-il un sérieux suivi de ce qui est fait ? Je me pose la question.
Mon ambition ainsi que celle de l’association, c’est aider les entrepreneurs à ne pas mourir. Un entrepreneur, c’est quelqu’un qui essaie d’être au service des autres pour gagner son pain alors que celui qui est fonctionnaire donne ses compétences à l’Etat. Or, dans le système actuel, ce sont ceux qui sont bien placés qui en profitent le plus avant qu’on ne pense à la population. Un entrepreneur donne une solution à un problème et apporte de la valeur dans la vie des autres.
Ce que nous essayons de faire, c’est accompagner les jeunes par la formation au leadership car tout passe par l’entrepreneur. Le succès ou l’échec dans ses affaires dépendent de lui et s’il est mentalement solide et dispose de bonnes stratégies, il va réussir. Les jeunes ne doivent plus penser à intégrer la fonction publique. Avant, quand tu vois quelqu’un dans une grosse voiture, c’est qu’il est un fonctionnaire qui profite sa situation pour s’enrichir par des moyens déloyaux. Aujourd’hui, de jeunes entrepreneurs s’en sortent bien et sont même riches. C’est donc possible. Il faut juste s’entourer de précautions et avoir un mental de gagneur.
J’essaie d’être utile à mon pays et ce que je fais ici, ce n’est même pas pour mes enfants qui sont en Suisse. Ils seront fiers de savoir ce que leur mère fait pour les autres. Ceux qui nous mettent les bâtons dans les roues aujourd’hui doivent savoir qu’ils ne sont pas éternels. L’argent qu’ils ont acquis frauduleusement et qu’ils investissent hors du pays sera récupéré un jour !



Combien de couverts avez-vous prévus lors de ce Gala ?

Nous attendons un plus de 200 couverts et certaines entreprises ont fait leurs réservations et comptent bien profiter de l’événement pour faire la promotion de leurs produits. Il y aura un défilé de mode qui permettra à de jeunes créateurs de valoriser leurs produits et leur savoir-faire, puis des prestations d’artistes de talents.

Quels conseils donneriez-vous aux jeunes qui veulent se lancer dans l’entreprenariat.

J’ai écrit un guide de l’entreprenariat dont une bonne partie est consacrée à la dimension psychologique. Avant de se lancer dans toute chose, il faut se préparer mentalement. Dans notre association, des gens accompagnent les porteurs de projets jusqu’à la création de l’entreprise et proposent des formations de renforcement des capacités afin que les entrepreneurs améliorent leurs produits et services. Pour l’instant, nous agissons à Ouaga, mais l’ambition est d’être présent sur l’ensemble du territoire national.

Si vous aviez le ministre en charge de la jeunesse et l’emploi, que lui diriez-vous ?

Je lui dirai d’employer les jeunes de la nouvelle génération dans la conception et la mise en œuvre de la politique de l’emploi. Des jeunes qui sont sociables et qui veulent voir le pays se développer. Bien sûr, il y a des outils mis en place comme le FAFPA, le FASI pour accompagner les jeunes. Mais si beaucoup se cassent les dents, c’est que ça ne marche pas bien et qu’il faut repenser les choses.
En Suisse, les pouvoirs publics ont mis l’accent sur la formation aux métiers. Nous devons changer notre système scolaire pour aider les jeunes à apprendre à faire des choses avec leurs dix doigts. Ceux qui sont excellents dans l’enseignement général peuvent faire de longues études, mais les autres doivent être accompagnés par des organismes dont la mission est de les aider à découvrir leurs potentialités et à mieux s’orienter. Ce qui est certain, c’est que le système actuel ne peut plus continuer parce que ça fabrique des chômeurs et je ne suis pas la seule à le dire.

Propos recueillis par Joachim Vokouma
Kaceto.net