Quelles sont les intentions de communication politique affichées par Roch Marc Christian KABORE (RMCK) candidat du MPP, Eddie KOMBOÏGO (EdK) candidat du CDP, Zéphirin DIABRE (ZEPH) candidat de l’UPC et Yéli Monique KAM (KYM) candidate du MRB, à travers leurs projets/programmes de sociétés proposés pour la présidentielle 2020 au Burkina Faso ? Autrement dit, dans quels buts ces candidats ont-ils désiré communiquer leurs idées politiques à travers leurs projets/programmes ?
Décryptage.

La modélisation (voir tableau ci-après) issue de l’analyse des principaux verbes et de leurs équivalents sémantiques attestés dans les quatre textes de projet associés aux quatre candidats précités me permet d’apporter quelques éléments de réponse. Toutefois, je tiens à préciser que les résultats que je fournis sont toujours reproductibles par qui veut bien répliquer l’expérience analytique selon la méthode et la technique qui sont les miennes.
1. Sur le registre du « s’engager, veiller, garantir », deux candidats se dégagent très nettement : Roch Marc Christian KABORE (RMCK : 38,2%) et Eddie KOMBOÏGO (EdK : 24,8%) avec un net avantage au premier sur ce registre (ZEPH et KYM plafonnent respectivement à 9,2% et 11,2%). Notons que ces deux candidats ont privilégié la forme « JE m’engage, JE veille, JE garantis… », c’est-à-dire, une implication personnelle clairement assumée. Un homme politique français, François BAYROU en l’occurrence, a dit lors d’un meeting en mars 2007 : « L’élection présidentielle, c’est la rencontre d’un homme [ou d’une femme, j’ose ajouter] et d’un pays, d’un homme et d’un peuple. » KABORE et KOMBOÏGO ont semblé épouser cette pensée en accentuant leur « prise en charge » énonciative.
2. Sur le registre du « poursuivre, renforcer, consolider », un seul candidat s’en fait remarquablement le chantre. C’est le président sortant, candidat à sa propre réélection, M. Roch Marc Christian KABORE (RMCK = 29,5% contre 9% pour EdK, 8,7% pour ZEPH et 12,4% pour KYM).
3. Sur le registre du « changer, créer, innover » la candidate KAM Yéli Monique (KYM) réalise une sacrée performance (42,9%). Elle y est suivie par le candidat Eddie KOMBOÏGO (EdK, 27,6%) et le candidat Zéphirin DIABRE (ZEPH, 21,5%). Vous l’aurez remarqué, sur ce registre le candidat Roch Marc Christian KABORE réalise une performance nettement moins significative.
4. Enfin, sur le registre du « possibiliser, motiver, promouvoir » on retrouve pratiquement la même configuration que celle du registre « changer, créer, innover ». En effet, la candidate KAM Yéli Monique y arrive en tête (KYM, 27,3%), suivie du Candidat Zéphirin DIABRE (ZEPH, 21,6%) et du candidat Eddie KOMBOÏGO (EdK, 19,3%). Là encore, le candidat Roch Marc Christian KABORE réalise le plus bas score (RMCK, 8,7%).
N.B. Ce registre peut être réduit à la catégorie sémantique de la « possibilisation », c’est-à-dire « l’action, ou le fait de rendre (ou de devenir) possible ». Ne dit-on pas que « le futur n’est pas, il se possibilise » ?


Nous le voyons bien, il y a comme une opposition entre une intention clairement assumée de continuité (endossée par le candidat Roch Marc Christian KABORE. Du genre « Je tiens mon cap et ma route ! ») et une intention tout aussi fortement affirmée de changer le cours des choses dans la gestion des affaires de l’Etat burkinabè (endossée par Eddie KOMBOÏGO, Zéphirin DIABRE, Mme KAM Yéli Monique et sans doute d’autres candidats qui ne sont pas pris en compte dans cette étude).
L’histoire est connue. Dans la situation de secousses socio-politico-sécuritaires que traverse leur pays depuis cinq ans, les Burkinabè ont largement choisi la continuité et sans doute la stabilité du pouvoir d’Etat avec le président sortant Roch Marc Christian KABORE, dès le premier tour de l’élection présidentielle du 22 novembre 2020 (57,74% des suffrages). Le vent du changement désiré et attendu par l’opposition n’a donc pas été au rendez-vous. Caron (1983) disait que « parler c’est une certaine façon d’agir… mais c’est une action en commun. L’énonciation s’adresse à quelqu’un et ne prend son sens que si le partenaire est en mesure de le reconnaître ». L’appel au changement n’a pas trouvé son public électoral significatif pour l’entendre et s’y reconnaître.
Eddie KOMBOÏGO et Zéphirin DIABRE sont arrivés respectivement deuxième et troisième au terme du scrutin présidentiel. Mais j’ai choisi d’ajouter le projet de société de Mme KAM Yéli Monique à mes corpus d’analyse parce que Mme KAM a été la seule femme à se présenter à cette élection présidentielle. Je voulais souligner l’événement, le saluer à juste titre et rendre hommage au courage et au talent de cette dame. Elle a ainsi contribué à ouvrir le champ des possibles aux femmes burkinabè. Par ailleurs, il est tout aussi intéressant de constater, au regard des résultats d’analyse, que le projet de société de Mme KAM Yéli Monique est, parmi les quatre, le plus nettement insistant sur l’intention de « rendre possible et de promouvoir le changement, la réforme, la création et l’innovation ».
Autre singularité particulièrement intéressante à questionner : la prégnance du « NOUS » (et/ou équivalents), c’est-à-dire de « l’acteur collectif » dans ce projet Kamiste (en termes de fréquence d’occurrence le « Nous (et équivalents) » est utilisé 505 fois dans le texte du projet contre seulement 4 fois pour le « JE (et/ou équivalents) ». Ce « Nous », vous l’avez sans doute remarqué, est dans le projet de Mme KAM le principal « actant » des quatre registres de la modélisation proposée (voir tableau ci-après). Nous verrons dans le prochain article qui sera consacré à l’analyse des catégories sémantiques structurantes des quatre projets retenus si Mme KAM Yéli Monique conserve cette singularité.

Auteur cité : Jean CARON (1983). Les régulations du discours. Psycholinguistique et pragmatique du langage. PUF.

Ousmane SAWADOGO, Consultant Text Analytics & TM,
Kaceto.net