Dans la Tribune ci-contre, Maitre Paul Kéré pointe du doigt "l’incapacité des dirigeants à assurer la maux aux Burkinabè" et appelle à la réconciliation nationale par la mise en place d’un gouvernement d’union nationale et le retour du président Blaise Compaoré

Depuis un certain temps, en ma qualité de citoyen lambda et en application de l’article 8 de la Constitution Burkinabè, je me suis volontairement abstenu d’exprimer publiquement mes propres opinions profondes sur la situation nationale actuelle de notre pays.
Pour cause, au Burkina Faso actuellement et sous la gouvernance du parti majoritaire, le MPP et de ses alliées opportunistes et « sa-pro-phytes » de circonstances, on constate malheureusement, objectivement, et ce sans aucun parti pris, par pure analyse citoyenne saine, que le sectarisme de certains partisans arrivistes du MPP, (pire d’ailleurs que sous l’ancien régime), le degré de haine de l’autre et surtout, d’atteinte à la vie humaine (pourtant sacrée) a dépassé toutes les bornes et toutes les normes sociales universelles.
Des assassinats ciblés de peulh à Yirgou, en passant par les tueries massives dans les églises, mosquées, de toutes obédiences, sur les places de marché de certains villages jusqu’à la dernière attaque du convoi de la SEMAFO, ont fini de me convaincre que finalement, pour l’argent ou le pouvoir, « l’homme est et restera un loup pour l’homme ».
Le tout, sous le regard éberlué d’un président du Faso dont la dernière trouvaille est la fameuse mobilisation de volontaires pour aller combattre des individus armés non identifiés, consacrant ainsi, « de facto », le constat amer de ce que mêmes ceux qui sont payés par notre peuple pour faire la guerre et assurer sa protection n’arrivent pas à vaincre l’hydre terroriste en dépit du courage et de la résistance farouche de nos forces de défense et de sécurité sur le terrain militaire.

A son Excellence Monsieur Le Président du Faso,

Ce n’est pas une « mauvaise parole » que de vous rappeler qu’en application des dispositions de l’article 10 de la Constitution, « Tout citoyen Burkinabè a le devoir de concourir à la défense et au maintien de l’intégrité territoriale... ». Il n’y a donc aucune invention de la roue…de votre part. Votre ministre de la Défense est parfaitement informé des dispositions pertinentes de l’article 10 de la Constitution.
La dernière attaque meurtrière d’INATES au Niger a clairement démontré que la puissance de feu de ces individus armés non identifiés est sans commune mesure avec la faiblesse actuelle des moyens militaires mis à la disposition de nos forces de défense et de sécurité ;
En dépit de la gravité de ces atteintes insoutenables portées à la vie humaine de nos compatriotes sous la gouvernance incontestable d’un MPP impuissant, il se trouve certains de nos compatriotes, sans doute de parfaite mauvaise foi qui soutiennent, la main sur le cœur, que cette situation n’est pas imputable à ceux qui nous gouvernent actuellement mais exclusivement à certaines forces occultes qui viennent tuer nos compatriotes. Non, Chers compatriotes, c’est là une posture irresponsable et il convient de refuser la fatalité et rompre le silence par patriotisme !
En effet, la Constitution du Burkina Faso dispose fermement en son article 36 que « Le Président du Faso est le chef de l’Etat. 
Il veille au respect de la Constitution.

Il fixe les grandes orientations de la politique de l’Etat.
 Il incarne et assure l’unité nationale.
 Il est garant de l’indépendance nationale, de l’intégrité du territoire, de la permanence et de la continuité de l’Etat, du respect des accords et des traités ».
En clair, l’article 36 de la Constitution Burkinabè fait obligation fondamentale au président du Faso de protéger l’ensemble des Burkinabè et bien évidemment, à défaut, d’en tirer toutes les conséquences en rendant « ipso facto » le tablier.
En effet, depuis la fin de l’année 2015 qui a marqué l’avènement du MPP dans notre pays, le cycle de violences a fait près de 700 morts selon un comptage de l’AFP et environ 500 000 personnes déplacées internes selon le décompte de l’ONU. C’est inacceptable ! Depuis les 100 ans de création de notre pays, on n’a jamais vu ça ! Trop c’est trop et c’est le moment de changer ou de passer le relais à quelqu’un d’autre. C’est irréversible.
C’est pourquoi aujourd’hui, chaque Burkinabè, en véritable patriote doit rompre le silence et apporter sa pierre angulaire à la construction de l’avènement d’une véritable paix durable dans notre pays. Peut-on continuer éperdument dans cette voie alors qu’il n’y a aucune autre voie que celle de la réconciliation nationale sans condition ? Comment peut-on, de manière responsable attendre encore des morts et des morts avant la réconciliation avec le président Blaise Compaoré alors même que l’actuel président et l’ex-président ont gouverné ce pays ensemble pendant plus de 25 ans en dépit de leurs relations d’alliés ? Du poste de Directeur de la BIB jusqu’à la magistrature suprême de notre pays, le président Blaise Compaoré a été l’un des acteurs importants de cette carrière politique fulgurante de son Excellence le président Roch Marc Christian KABORE de sorte que celui-ci devrait au moins avoir le courage d’amorcer, depuis belle lurette, cette réconciliation nationale pour préserver et protéger la vie de nos compatriotes conformément à l’article 36 de la Constitution qui est d’ordre public. C’est connu et reconnu : la trahison est le seul péché humain puni doublement par Dieu sur terre et au ciel…Allons seulement, disait feu Salifou DIALLO…
Ce fut d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles, dès le 8 Novembre 2018, j’avais adressé une lettre ouverte afin d’exhorter le président actuel du Faso à tendre la main à l’ex-président pour trouver une solution idoine aux atteintes diverses portées à l’intégrité du territoire et aux droits humains. A ma suite, le président Blaise Compaoré lui-même avait proposé sa contribution, soit-elle modeste à ce problème d’insécurité qui mine dangereusement notre pays. Le chancelier fédéral allemand, Mme Angela MERCKEL lors de sa visite officielle au Burkina Faso a également proposé cette réconciliation nationale… En vain !
Cependant, c’était sans compter avec la « cécité » politique de certains politiciens à la semaine et notamment de certains conseillers incompétents de Kosyam qui ont a certainement empêché d’explorer également cette piste, en exposant inutilement la vie de nos forces de défenses et de sécurité de sorte qu’à la date de ce jour, le président de l’Assemblée Nationale s’est même permis de dire que « si l’insécurité, les attaques ne régressent pas, au nom de Dieu, il n’y aura pas d’élections ». D’accord, petit Frère, Excellence Monsieur Bala SAKANDE, votre message a été reçu 5/5, mais qui doit, dans ces circonstances, organiser et sécuriser le pays ? Je sais, par le chanteur Floby que le monde est un champ de singes, mais je veux absolument faire partie de ceux qui sèment la bonne graine et pas arracher les jeunes plants…
La situation d’insécurité actuelle constitue-t-elle aujourd’hui un agenda caché si l’on en croit ces déclarations du président de l’Assemblée Nationale ? Seul l’avenir très prochain nous l’instruira ! Et comme le nom de Dieu est invoqué, personne ne devrait s’en inquiéter…
Par ailleurs, c’est donc dans ce contexte délétère d’insécurité chronique que des panélistes composés entre autres de Monsieur Luc Marius IBRIGA, Président de l’ASCE_LC, Monsieur Newton Ahmed BARRY, Président de la CENI accompagnés de Messieurs Mélégué TRAORE, Serge Théophile BALIMA et du Colonel Gilles BATIONI ont animé le 16 Décembre 2019 au CBC une Conférence Publique sur la situation Nationale sur le thème : « Burkina Faso, un pays en guerre ? Que faire ? ».
C’est le lieu de rappeler, précisément au Professeur Luc Marius IBRIGA ainsi qu’à tous les « géniteurs » de la charte « bâtarde » de la transition (selon Soumane TOURE), leurs inconséquences et surtout leur dogme politique préjudiciable au peuple burkinabè, notamment par la violation manifeste de l’article 43 de la Constitution qui dispose textuellement et sans rature :
Alinéa 2 (Loi N° 003-2000/AN du 11 avril 2000)
En cas de vacance de la Présidence du Faso pour quelque cause que ce soit, ou d’empêchement absolu ou définitif constaté par le Conseil constitutionnel saisie par le Gouvernement, les fonctions du Président du Faso sont exercées par le Président de l’Assemblée Nationale.
Alinéa 3 (Loi N° 003-2000/AN du 11 avril 2000)
Il est procédé à l’élection d’un nouveau Président pour une nouvelle période de cinq ans.
Alinéa 4 (Loi N° 003-2000/AN du 11 avril 2000)
L’élection du nouveau Président a lieu trente et un jours au moins et soixante jours au plus après constatation officielle de la vacance ou du caractère définitif de l’empêchement. Dans tous les cas, il ne peut être fait application des articles 46, 49, 50, 59 et 161 de la présente Constitution durant la vacance de la Présidence ».
Dès lors, après la démission du Président Blaise Compaoré à la suite de la pseudo-insurrection populaire des 30 et 31 Octobre 2014, au lieu de jouer aux apprentis-sorciers en torpillant le coup de la Constitution en inventant une charte comme l’ont fait les constituants d’imposture, le président Soungalo OUATTARA, en sa qualité de président de l’Assemblée Nationale à l’époque, devait assurer l’intérim et organiser des élections dans un délai maximum de 90 jours ;
Faute d’avoir respecté ces prescriptions d’ordre public de la Constitution en son article 43, les acteurs de la rédaction de la charte de la transition avec à leur tête mes amis, les Professeurs Luc Marius IBRIGA et Augustin Gervais LOADA, ceux-ci ont ainsi activement contribué tant par la théorie de la causalité adéquate ou celle de l’équivalence des conditions, à créer la situation catastrophique actuelle de notre pays, le « Burkina Faso en guerre » et sont d’ailleurs, aujourd’hui disqualifiés d’office pour proposer des solutions dans le « Que faire ? ». Il ne faut donc rien attendre de cette pseudo-Conférence du 16 Décembre 2019 au CBC, d’autant plus que ce sont les mêmes hostiles au RSP qui ont également activement contribué à la dissolution du Régiment de Sécurité Présidentielle qui pouvait être utilement redéployé dans notre armée afin de mieux lutter contre l’hydre terroriste dans toutes ses ramifications.
Pour la énième fois et en guise de conclusion partielle, j’affirme à l’opinion nationale burkinabè qu’il n’y a aucune autre solution à la situation d’insécurité actuelle de notre pays que la réconciliation de toutes les filles et fils du Burkina Faso en ce compris le retour du Président Blaise Compaoré et de tous les exilés. Tous ceux qui refusent cette solution participent peu ou prou aux tueries massives perpétrées contre notre peuple et il est inacceptable de se cacher derrière son confort égoïste personnel pour refuser une solution d’ensemble dans l’intérêt général. Il est d’ailleurs incompréhensible qu’en période de guerre déclarée, au lieu de se contenter de décorer les membres de l’opposition, un gouvernement d’union nationale n’ait pas été mis en place afin de favoriser la réconciliation nationale et le retour de tous les exilés dans leur pays.

Paul KERE,
Docteur en Droit de L’Université de Paris 1 Panthéon Sorbonne.
Avocat au Barreau de Nancy et du Burkina Faso

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