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Yvette Zombré Boni ou la quête permanente de l’excellence

D 24 octobre 2016     H 09:46     C 1 messages         Partager


Commissaire de police déployée au sein de la Mission multidimensionnelle intégrée de stabilisation des Nations Unies en Centrafrique (Minusca) depuis 2015, Yvette Zombré Boni Yarohan a reçu le 9 octobre dernier à Barcelone, le prix international de femmes Casques bleus qui récompense depuis 2011, les policières qui se sont le plus distinguées dans leur contribution en faveur de la paix, sous la bannière des Nations Unies. Une première pour le Burkina !

C’est un accueil digne d’une star qui a été réservé à Yvette Zombré Boni Yarohan à son arrivée à l’aéroport de Ouagadougou la semaine dernière. Bien entendu, ses collègues policiers (ères) étaient là, mais aussi des gendarmes, des militaires et paramilitaires, des amis et des journalistes, tous supports confondus, accourus pour voir et recueillir les premières déclarations de celle que l’Onu vient de distinguer pour son œuvre en faveur de la paix en République centrafricaine. Un honneur aussi pour son corps d’origine et le Burkina, très présent en hommes dans les missions de maintien de la paix. « J’ai été surprise par l’accueil qui m’a été réservé ; franchement, je ne m’attendais pas à ça. En voyant une telle foule venue pour moi, j’ai compris ce que ce prix représentait beaucoup aux yeux des Burkinabè », confie-t-elle, trois jours après avoir été photographiée comme jamais.
Pour ceux et celles qui suivent le parcours professionnel de cette mère de deux enfants (une fille de 19 et garçon de 11 ans), la distinction onusienne est tout sauf une surprise. Sa carrière entamée voici maintenant 22 ans, n’est jalonnée que de succès, et sa progression dans le corps de la police a toujours été continue.
Pourtant, être policière n’était pas dans ses rêves. Petite, elle voulait apprendre un métier, devenir électricienne par exemple. Mais un fait banal a fait basculer sa vie professionnelle. « J’habitais chez un tuteur qui s’appelle Naboho Kanidoua, plusieurs fois ministre et haut responsable du Congrès pour la démocratie et le progrès. A la maison, des gendarmes, militaires et policiers assuraient sa sécurité. En les observant, je trouvais que les policiers étaient les mieux habillés ; leur tenue me plaisait et je voulais être comme eux, même si j’ignorais ce que fait un policier », confie Yvette Zombré Boni. Elle demande donc à un officier de police comment devient-on policier, lequel lui explique qu’il suffit de déposer sa candidature et aller faire le concours au moment venu. Décidée, Yvette Zombré va parler de son projet professionnel à son tuteur qui l’accueille très fraichement. Lui, envisageait autre chose pour sa protégée, des études de comptabilité pour gérer par la suite une pharmacie qu’il allait construire. En attendant, elle est inscrite au Lycée technique de Ouagadougou (LTO), et dès que le concours est lancé en 1993, elle dépose sa candidature. Un quota de 15 postes sur 200 est réservé aux femmes pour ce concours qui repend après cinq ans d’interruption, un projet soutenu par la France dans l’optique de redynamiser ce qui s’appelle aujourd’hui la Compagnie républicaine de sécurité. Son tuteur enrage, dit qu’il est prêt à payer ses études, même postuniversitaires ! Zombré n’en démord pas. Fort heureusement, ses parents qu’elle va consulter au village, à Koubia, la soutiennent. De retour à Ouaga, elle informe son tuteur qui finit par accepter son choix. Yvette Zombré prend l’engagement devant « Tonton, un grand bosseur » de ne pas le décevoir et d’être la meilleure dans le métier qu’elle a choisi.
Elle passe donc avec succès le concours, et après deux ans de formation, est affectée en 1994 avec quatre autres promotionnaires à Bobo-Dioulasso en tant qu’agent de police. A la police centrale où elle atterrit, le directeur régional veut lui confier le secrétariat, pensant ainsi la préserver des corvées qu’endurent ceux qui sont affectés au corps urbain (filature, escorte, maintien de l’ordre, etc.), exclusivement composés d’hommes. « Chef, à l’école, il n’y a pas eu une formation pour les hommes et une autre pour les femmes ; on a fait la même chose et je ne sais faire que ce qu’on m’a appris », fait observer Zombré. « Veux-tu aller au corps urbain ? Il n’y a pas de femme là-bas » réplique le directeur général. « Il faut bien que ça commence un jour ; laissez- moi aller au corps urbain et si à l’expérience, vous n’êtes pas satisfait de mon travail, alors, enlevez-moi », répond Zombré. C’est ainsi qu’elle se retrouve seule femme au milieu de 150 hommes, bravant les sarcasmes et les blagues les plus sexistes de certains. « C’est une séquence de ma carrière qui m’a permis de mieux connaitre les garçons, d’enlever l’appréhension que j’avais de mes collègues de sexe masculin et réaliser qu’il n’y a vraiment pas de différence entre les hommes et les femmes », opine Zombré. A l’épreuve du terrain, elle répond présente, fait la fierté de ses supérieurs hiérarchiques, et mieux, inspire les autres corps, notamment la douane, les Eaux et forêts qui commencent aussi à sortir « leurs dames des bureaux pour les envoyer sur le terrain ».
En 1997, elle est affectée à Tougan, dans le Sourou, mais n’y reste que deux ans avant de revenir à nouveau à Bobo pour s’occuper du secrétariat de la police judiciaire (PJ), alors assuré par des bénévoles, pas forcément tenus par le secret professionnel. Entre temps, Yvette Zombré et d’autres collègues ont reçu une formation en informatique à l’issue de laquelle, elle a été en nommée en 2001 chef du pôle informatique. La même année, elle réussit à un concours professionnel et devient assistante de police, puis en 2006, elle repart à l’école pour en ressortir avec le grade d’officier de police.

A la direction régionale de la police judiciaire, son nouveau poste, elle est encore la seule femme à y officier. On la bombarde chef de brigade et chef d’équipe de patrouille pour lutter contre le grand banditisme dans tout le grand-ouest, couvrant les régions des Cascades, le sud-ouest, les Hauts-Bassins et la Boucle du Mouhoun. « On organisait des patrouilles au même moment dans les trois régions hors Bobo, un travail certes physique où il n’y avait aucune femme, mais que j’ai beaucoup apprécié », se souvient celle qui gravit les échelons avec une déconcertante facilité. Après trois années de bons et loyaux services à la brigade, elle repart à nouveau à l’école, passe et réussit le concours de commissaire de police en 2011, juste après les mutineries. 200 candidats postulent pour seulement 15 places disponibles. Yvette Zombré arrive première à la publication des résultats et sans surprise, c’est encore elle qui sort major de la promotion à la fin de la formation en 2014. Deux autres collègues dames décrochent également le grade de commissaire de police. C’est que cette dame d’une quarantaine d’années ne laisse rien au hasard. « Je ne suis pas rentrée major pour en sortir dernière » s’est-elle jurée. Et en dépit d’une formation qu’elle juge assez rude pour des gens de son âge, elle a tenu bon. « Pendant et après les mutineries, on a beaucoup critiqué la formation des policiers, et j’ai eu l’impression qu’on voulait nous punir puisqu’on nous soumettait aux mêmes épreuves que les recrus de 25 ans », se souvient-elle. Elle apprécie d’autant plus son grade de commissaire qu’au moment de la rédaction de son mémoire portant sur le « trafic illicite des médicaments », son mari a été victime d’un grave accident.
A la fin de la formation, la toute nouvelle commissaire de police est affectée à la division de la police économique et financière, dont le bâtiment abritant le siège, situé juste derrière le palais de justice, ne paie pas de mine. C’est ici qu’on élabore la politique économique et financière, puis les actions à mener en lien avec la justice, notamment le parquet et la Cellule nationale de traitement des informations financières (CENTIF).

Parallèlement à ses activités, elle postule, comme le font des milliers de militaires et civils, pour une mission de maintien de la paix de l’Onu. Après une présélection, son nom est communiqué au siège de l’Onu à New-York, lequel dépêche ensuite des missions dans chaque pays pour y faire des tests qui comportent huit étapes, chacune étant éliminatoire. Une des étapes met le candidat dans une situation de braquage dont il doit ensuite faire un rapport, en faisant ressortir dix points essentiels, moins de sept (7) points étant éliminatoires. Il y a ensuite les épreuves de l’informatique et la conduite automobile. « Au Nations Unies, personne n’est chef de personne ; tu es ton propre chauffeur et secrétaire, et dois donc pouvoir rédiger tes rapports et conduire toi-même ton véhicule », explique Zombré. Ce n’est pas tout. Le futur casque bleu doit savoir bien évidement manier les armes, les démonter et les remonter en trois minutes, avant d’être soumis à l’épreuve de tir sur des objectifs distants de 5 et 7 mètres. « Tu as dix (10) balles et dois réussir 9 tirs sous peine d’être éliminé », explique toujours Zombré, avant d’ajouter, dans un fière sourire, avoir « mis les dix ». Le test global est concluant. Quelque temps après, on lui propose un poste à Haïti qu’elle décline, « parce que je devais boucler un dossier que j’avais entamé ». Son nom apparait également dans les missions de la paix au Mali et en Centrafrique, le pays qu’elle choisit pour deux raisons : elle connait déjà le Mali ; deux de ses frères y sont d’ailleurs et elle ne voulait « jouer à la maman là-bas ». En revanche, elle n’était jamais allée en Centrafrique et l’idée de découvrir une autre culture a beaucoup compté dans son choix.
Le 14 septembre 2015, la veille du coup d’Etat du Gl Gilbert Diendéré, elle s’envole avec 57 autres compatriotes pour Entebe, en Ouganda, le temps de remplir des formalités avant de rejoindre Bangui le 21 septembre. Après un briefing sur la situation générale du pays, Yvette Zombré est affectée comme chef du Pilier développement où « on fait du renforcement de capacités par des formations ». Une des missions du Pilier développement consiste également à faire la lumière sur les abus sexuels dont ont victimes des centaines de femmes centrafricaines, en collaboration avec la gendarmerie et les associations de défense des droits de l’homme. Dans l’équipe chargée de mener les enquêtes sur les abus sexuels, Yvette Zombré était la seule femme,-une aberration-, et c’est elle qui est parvenue à rassurer les victimes et les motiver à témoigner sur ce qu’elles ont subi. 200 cas de viols et d’abus sexuels ont été recensés mettant en cause des soldats venus de plusieurs pays. Autre aberration, seul les pays d’origine des soldats présumés violeurs peuvent les juger, autrement dit, la justice pour les victimes repose sur la bonne volonté des gouvernements et non de l’Onu.
En février 2016, elle élue présidente du réseau des femmes de la police de la Minusca (UnPol) première étape vers le « grand prix » qu’elle a reçu le 9 octobre dernier à Barcelone pour avoir le plus œuvré dans la protection de femmes et la promotion du genre.
Dans un pays dévasté par la guerre civile, où les communautés se regardent en chiens de faïence, Yvette Zombré et ses camarades ont réussi l’exploit de faire danser ensemble le 8 mars 2016, dans le quartier PK5, le coin le plus dangereux de Bangui, des milliers de femmes musulmanes et chrétiennes, « un moment fort qui m’a beaucoup marqué parce que ça ressemblait à un miracle auquel peu de gens y croyaient ». C’est pour cela et pour l’ensemble de son œuvre en faveur des femmes qu’elle est lauréate du 6è prix international de femmes Casques bleus, une récompense attribuée depuis 2011 à la femme qui s’est le plus distinguée dans la promotion du genre. Un prix qu’elle dédie au Burkina « qui le mérite bien », mais aussi à sa mère décédée le 1er octobre à Koumbia, à son mari qui « m’a toujours soutenue depuis que je suis au lycée », à ses « collègues et supérieurs qui continuent de m’encourager ».

Dans quelques jours, Yvette Zombré Boni va regagner Bangui et reprendre sa mission qui court jusqu’en mars 2017. L’Onu pourrait bien la rallonger de six mois et profiter de ses services. Après, elle reviendra au bercail reprendre sa formation en Master qu’elle avait commencé à l’ISTM. « Dès que je franchis une étape, je pense à l’étape suivante ». Paroles d’une ambitieuse !


Joachim Vokouma
Kaceto.net

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