Naguère considéré comme une réussite en matière de liberté de la presse, les conditions de travail des journalistes se sont considérablement dégradées ces deux dernières années au Burkina Faso. Notre pays est ainsi passé du 41e au 58è rang dans le classement 2022 de Reporters sans frontières, soit une dégringolade de 17 places !

Les deux coups d’Etat de janvier et septembre 2022 n’ont pas été favorables à la liberté de presse dans notre pays. C’est le constat établi par les organisations processionnels des médias à l’occasion de la célébration hier 3 mai de la 30ème édition de la Journée mondiale de la liberté de la presse.
Comme chaque année, c’est au Centre de presse Norbert Zongo, du nom du directeur de publication de l’Indépendant, assassiné en décembre 1998, que les professionnels des médias ont célébré cette journée par une conférence de presse
et un panel.
Une occasion pour les animateurs du Centre de rappeler le chemin parcouru dans le combat pour asseoir la liberté de la presse, élargir les espaces de liberté d’expression, pour une presse professionnelle et de qualité et pour le renforcement de la démocratie et de l’Etat de droit.
En 25 ans, le Centre de presse Norbert Zongo peut se targuer d’un bilan plus que satisfaisant. On doit à son actif, entre autres, la création du Festival international de la liberté d’expression et de presse, (FILEP) devenu un grand rendez de la presse africaine qui regroupe chaque deux ans à Ouagadougou, des centaines de professionnels des médias venus des quatre coins de l’Afrique, l’avènement de la Cellule Norbert Zongo du journalisme d’investigation en Afrique de l’Ouest, CENOZO, qui abat un colossal travail en matière d’investigation journalistique, la promotion de l’Excellence en matière de pratique journalistique à travers notamment le Prix africain du journalisme d’investigation Norbert Zongo (PAJI-NZ) ouverts à toute l’Afrique.
Le Centre de presse Norbert Zongo, c’est également la promotion du journalisme féminin avec l’institution du Prix de la meilleure femme journaliste baptisé depuis deux ans, Prix Marie Soleil Frère de la meilleure journaliste.
Président du comité de pilotage du Centre, Inoussa Ouédraogo a saisi l’occasion pour rendre un hommage aux ainés qui ont tenu haut le flambeau de la lutte contre les prédateurs de la liberté de presse et souhaité que la lumière soit faite sur l’assassinat de Norbert Zongo et ses compagnons d’infortune en décembre 1998.
Il a rappelé que la célébration de la Journée mondiale de la liberté au Burkina intervient dans un contexte particulièrement difficile en raison de la guerre que les terroristes ont déclarée à notre pays avec comme conséquences, la mort de milliers de civils et militaires, le déplacement de près de deux millions de personnes loin de leurs domiciles, l’instauration de couvres feux et de l’état d’urgence dans plusieurs régions du pays.
Une situation qui rend un peu plus difficile l’exercice du métier de journaliste d’autant que dans le même temps, s’est instauré un climat particulièrement hostile aux professionnels de de l’information avec des menaces contre la sécurité de nombreux confrères. "Notre devoir, a insisté Inoussa Ouédraogo, par ailleurs directeur de publication de Bendré, nous impose d’exiger de nos gouvernants encore plus de transparence et de redevabilité", puis regretté que, "hélas, nous avons été incompris".
Depuis huit ans que dure la guerre, la presse a toujours interpellé les pouvoirs publics sur l’impérieuse obligation d’éviter "le saupoudrage, de travailler dans la transparence, de se contenter de la vérité, de rendre compte régulièrement aux citoyens" afin d’obtenir leur confiance, ce qui n’a pas toujours été le cas.
Non seulement cette interpellation n’est pas entendue, mais pis, des journalistes sont accusés de mettre leurs talents au service de l’ennemi, d’être apatrides à guillotiner. Des accusations qui s’inscrivent dans "un plan machiavélique de diabolisation du travail des journalistes, dont le seul malheur est de refuser le bâillonnement, l’instrumentalisation, la dictée de la pensée unique et la déification de l’autorité". Pour Inoussa Ouédraogo, " s’en prendre aux journalistes pour espérer gagner la guerre contre le terrorisme, c’est se bercer d’illusion comme qui casserait le thermomètre en pensant baisser la fièvre. Non, le thermomètre n’est que l’indicateur, il n’est jamais la cause de la fièvre".

Dominique Koné
Kaceto.net