Ousmane DJIGUEMDÉ, bien connu des lecteurs de Kaceto.net s’interroge sur la pertinence des choix du gouvernement en matière d’investissement public.
Pour lui, la décision du gouvernement de réhabiliter certaines voiries de la ville de Ouaga manque de rationalité

À l’issue du conseil des ministres du 13 septembre 2017, le gouvernement, sur rapport du ministère des Infrastructures et par entente directe, a décidé de réhabiliter les voiries dans la ville de Ouagadougou, au titre du budget de l’État, gestion 2017. Les voies concernées sont au nombre de 12, selon le porte-parole du gouvernement, sur la base du constat de l’état de délabrement avancé de ces voies, dont il a cité certaines « emblématiques par leur état de dégradement ».
Si on le prend au mot pour l’argument avancé, et au regard de l’inscription budgétaire 2017, de la procédure de passation des marchés concernés, entente directe, et surtout du choix de la ville de Ouagadougou, à cette période précise où l’on connait les problèmes récurrents de difficulté d’accès aux autres localités dans les régions du pays, on peut déduire que les investissements publics continuent de profiter aux seuls privilégiés. On comprend nettement mieux pourquoi Georges Ternes, ancien porte-parole des PTF au COS du PNDES, a reproché au gouvernement en 2016 de ne pas savoir où se trouvent ses priorités.
Avec cet exemple, on voit que le gouvernement ne s’embarrasse toujours pas des vieilles méthodes de choix d’investissements publics, qui manquent de finesse dans la définition, la pertinence et l’opportunité des interventions et investissements publics. Les investissements ici semblent avoir été ainsi préférés juste parce qu’on a constaté que les voies sont délabrées. On les réhabilite donc et « point barre ! », comme le dirait l’autre.


On pourrait à l’occasion se demander si le gouvernement n’a pas encore constaté que la ville de Poura, par exemple, malgré les milliards de ressources aurifères sortis de ses entrailles pour tenir le pays dans ses moments de détresse économique, supplie depuis plus de 50 ans de service pour avoir 20 pauvres kilomètres de route. Ou encore s’il n’a pas encore constaté que les routes du bétail ou celles conduisant au grenier du Burkina Faso ne permettent plus l’écoulement des richesses vers la capitale ou les pays de destination ?
Les investissements publics ne sont toujours pas effectués sur le principe de l’investissement le plus judicieux et le plus économiquement rentable pour la société dans le temps et dans l’espace. C’est vrai qu’il y a urgence, mais même l’urgence ne dispense pas de la rationalité qui impose l’optimisation de la qualité des processus décisionnels dans les choix d’investissements publics et à l’évaluation de son impact final. Il y a des voies plus sûres pour cela et les acteurs politiques et administratifs ne veulent toujours pas en entendre parler pour la simple raison qu’elles réduisent toute marge de manœuvre sur le contrôle qu’ils exercent sur la conduite des affaires publiques.
En attendant, on aurait pu bien s’écrier et se moquer ainsi : « plaise aux Ouagalais de rouler sur des routes chaotiques, c’est leur problème ! ». Combien parmi eux payent leur taxe de résidence qui leur donne le droit de résider dans cette cité, d’en être citoyen et de profiter des commodités gracieusement offertes par tout le reste des 18 millions d’autres contribuables ? Combien sont simplement citoyens ? La citoyenneté ce n’est pas seulement appartenir à un État ! Elle renferme beaucoup d’autres obligations pour lesquelles nous sommes tous passés maîtres dans l’art de nous y dérober, à commencer par ceux qui nous gouvernent.
A contrario, vivre en campagne implique de payer des biens et services avec un surcoût de taxation démultiplié par le nombre de fois que le bien ou le service transit par des revendeurs avant d’atterrir entre les mains du consommateur final. Cette situation aurait dû faire naître des privilèges supplémentaires pour nos compatriotes des villages. Mais que nenni !
Certes, la cagnotte est commune et l’on ne peut également déroger à certains principes élémentaires de finances publiques, davantage affinés par des directives UEMOA plus contraignantes ! N’empêche qu’en termes de droits à l’investissement public des citoyens, la modernisation, la justice sociale, le flair du bon manager public et le bon sens impliquent tous que les droits aillent d’abord là où la contribution fiscale est plus profitable à l’État, ensuite là où le transit des biens et services favorisent plus la croissance de l’économie, avant de s’intéresser aux questions de privilèges citadins. C’est là le leitmotiv de la nouvelle gestion publique. Sur ce terrain, le gouvernement a encore beaucoup de chemin à faire.
On peut concéder que le gouvernement ne soit pas magicien. Mais il n’y parviendra pas non plus s’il ne se met pas à l’école de la nouvelle gestion publique, s’il n’utilise pas les outils perfectionnés d’aide à la décision pour rompre avec les méthodes archaïques de gestion des affaires publiques et surtout s’il n’a pas le charisme et les compétences nécessaires pour entraîner l’ensemble des citoyens dans ce mouvement de gouvernance qui demande leur pleine contribution.

Ousmane DJIGUEMDÉ
oustehit@hotmail.fr

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