Depuis la MACA où il a été incarcéré lundi dernier, Souleymane Kamaraté Koné, dit "Soul To Soul", n’est autre que e chef de protocole du président de l’Assemblée nationale de Côte d’Ivoire Guillaume Soro, s’adresse à ses compatriotes via une lettre dans laquelle il se dit victime d’un complot

Chers Tous,
Je reviens donc pour la deuxième fois de ma vie à la MACA.
Ce lundi 9 septembre, dans la nuit, j’ai traversé la ville comme un animal en cage, entouré d’hommes armés jusqu’aux dents, envoyés par Alassane Ouattara pour m’ôter la liberté. Dans le chant des sirènes militaires et le calme de la nuit envahissant mon pays, j’ai pu me souvenir d’un passé pas si lointain.
C’était hier.
La première fois que je pris Air MACA, c’était en 2000, j’avais 31 ans et c’était à cause de mon engagement pour Alassane Ouattara. Je me suis dévoué, très jeune pour la cause d’Alassane Ouattara. Je considérais et je considère encore comme injuste l’exclusion qu’il avait subie. Guillaume Soro m’est témoin, comme beaucoup d’autres camarades. C’est depuis le milieu des années 90 à l’université que j’ai pris fait et cause et me suis dédié pour Alassane Ouattara. Corps et âme.
Quand nous nous sommes engagés pour cette cause, ce fut au péril de nos études, de notre avenir et de nos vies. D’autres en sont morts en chemin. Zaga-Zaga, Tchuck, et bien de nos valeureux frères n’ont pas eu ma chance. La mort, de toute façon, aurait pu disposer de nous tous, sans exception. Je ne compte même plus le nombre de fois qu’elle nous a frôlés, la mort, à cause de notre engagement pour Alassane Ouattara. Et je ne vous parlerai pas des blessures graves que cet engagement a laissées dans ma chair et des souffrances que j’en porte encore.
Aujourd’hui, comme dans un cauchemar on m’informe que c’est mon leader, l’homme que j’ai adulé pendant longtemps : Alassane Ouattara, l’homme pour qui j’ai tant de fois failli mourir, qui m’expédie en prison. Est-ce le sort que Dieu m’a réservé ? Quand je m’engageais pour Alassane Ouattara, j’étais prêt à mourir pour lui. Et Dieu a permis que je vois Alassane Ouattara au pouvoir.
Aujourd’hui, à cause de mon patron Guillaume Soro, je suis en prison. Parce que ce n’est pas moi qu’on vise ! Je suis trop petit dans cette affaire ! C’est mon patron qu’on cherche. Et moi le petit, je dois payer ! Est-ce parce qu’on estime qu’il serait un obstacle au 3ème mandat d’Alassane Ouattara à la tête de la Côte d’Ivoire en 2020 ?
Si l’on doit m’ôter la vie pour que mon patron Guillaume Soro soit sauf, alors je suis prêt. Alassane Ouattara peut me retirer le souffle de vie. J’aime mon patron Guillaume qui ne m’a jamais trahi et ce, depuis que nous nous sommes connus à l’université. Un homme comme celui-là mérite qu’on lui consacre sa vie. Je suis sans crainte car je sais qu’il veillera sur ma famille. Mes enfants sont ses enfants. Ma mère est sa mère.
Sinon quelle est cette aberrante histoire d’armes dont on veut me faire à tout prix le détenteur exclusif ? Où aurai-je pu trouver l’argent pour les acquérir ? Comment tout seul, j’aurais pu les entreposer dans ma maison ? Je n’en connais même pas les calibres ni la quantité.
Oui, je suis victime de moi-même ! J’aurais dû dire Non. Non. Et refuser de céder ma maison pour que les militaires s’en serve comme base logistique pour leurs opérations, quand tous nous étions reclus au Golf. Ceux qui, par peur, n’ont pas voulu prendre de tels risques sont bien tranquilles aujourd’hui. Et moi je suis en prison à cause de ces armes qui ont mis Alassane Ouattara au pouvoir. Si telle est la volonté de Dieu, alors je m’incline.
Je dis donc à tous les Ivoiriens, à mes amis, mes compagnons, mes frères, ceux qui ont été pris de compassion, ne pleurez pas pour moi. Je ne regrette pas d’être en prison. Dieu m’a permis de me battre pour Alassane Ouattara sans en mourir. Si le même Alassane Ouattara estime donc aujourd’hui qu’afin d’être un grand Président, il faut que j’aille séjourner en prison, que sa volonté soit faite, avec la bénédiction de Dieu ! J’aurais pu mourir depuis longtemps pour Ouattara. Dieu m’a épargné. Comment puis-je me plaindre qu’il dispose à présent du droit de vie et de mort sur ma modeste personne ? J’accepte mon sort, aujourd’hui comme hier.
Mais, au fond, je dois quand même dire que j’ai un regret. Un seul regret. Pas plus qu’un seul regret.
C’est de n’avoir pas pu voir et dire au revoir de vive voix à Guillaume Soro, mon Patron que j’aime ! C’est de n’avoir pas pu parler à ma femme, à mes enfants et à ma mère souffrante, tous ces êtres qui me chérissent et que je chéris du plus profond de mon cœur, avant de repartir dans le froid et l’obscurité de la prison, par la seule volonté d’Alassane Ouattara, l’homme qui fut pourtant la cause de mon premier emprisonnement.
Si le Président Alassane Ouattara, dans sa toute-puissance, m’avait accordé ce petit privilège, je serais aujourd’hui le plus heureux des prisonniers du monde. La plénitude de ma joie serait totale. Mais comme le dit si bien mon Patron, “N’arrive à l’homme que ce que Dieu permet.”
Depuis la MACA, je suis Soul to Soul.
A Dieu, va ! 》

Souleymane Kamaraté Koné, dit Soul To Soul

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