Le développement de l’imagerie par résonance magnétique (IRM) a favorisé de nouvelles découvertes dans les neurosciences qui prouvent l’impact désastreux des violences éducatives sur l’apprentissage et sur la vie sociale et affective des victimes de maltraitance. Dans un ouvrage publié en 2014 sous le titre "Pour une enfance heureuse : repenser l’éducation à la lumière des dernières découvertes sur le cerveau", Catherine GUEGUEN, pédiatre spécialisée dans le soutien à la parentalité, en offre une excellente synthèse. Mais que révèlent les neurosciences ?
Explications avec Denis Dambré

D’une part, l’activité du cerveau des enfants maltraités présente de graves dysfonctionnements, en particulier dans le cortex préfrontal et le système limbique (voir le schéma ci-après).

D’autre part, de nombreuses études sur le cerveau d’adultes ayant subi des violences au cours de leur enfance mettent en évidence une destruction parfois irréversible de certaines interactions neuronales dans ces mêmes parties du système nerveux.
Or, le cortex préfrontal et le système limbique sont les zones du cerveau dédiées, l’une à la réflexion, à la mémoire et aux apprentissages, l’autre aux relations sociales et à la régulation des émotions. Ainsi, comme l’a montré le chercheur américain Louis COZOLINO, l’activité du cerveau se construit lors des interactions avec les autres et « se développe de façon satisfaisante grâce aux personnes qui ont pris soin de nous et ont de l‘affection pour nous ».
Les neurosciences confortent la thèse de la psychologie expérimentale selon laquelle les personnes victimes de violences au cours de leur enfance deviennent souvent, elles-mêmes, des personnes violentes à l’âge adulte ou souffrent de diverses pathologies. Catherine GUEGUEN résume ainsi cette spirale de la reproduction de la violence : « L’enfant qui a vécu de très mauvaises expériences se méfie souvent de tout contact humain et perd progressivement la capacité de nouer des liens avec les autres. Il vit en permanence avec un sentiment d’impuissance, d’angoisse et développe une image très négative de lui-même et des autres. Les stress majeurs durant les premières années de vie sont à l’origine de multiples
pathologies : agressivité, délinquance, addiction à l’alcool, aux drogues, troubles de la personnalité, personnalité borderline, narcissique, compulsive et paranoïaque, anxiété pathologique, dépression grave, suicide et de très grandes difficultés d’apprentissage. »
Ces observations unanimes des psychologues trouvent une résonance particulière dans les études menées par Alice MILLER, philosophe et psychologue suisse. La chercheuse, disparue en 2010, a consacré une part importante de ses travaux à l’enfance des tyrans et des dictateurs. Elle révèle qu’ils ont tous pour point commun d’avoir subi l’oppression, l’humiliation et la violence extrême. La pire des violences étant, pour tout enfant, le sentiment de ne pas être aimé par ses parents ou par son entourage. On sait par exemple que le père de Staline était alcoolique et violent. Sans excuser leurs crimes, elle écrivait à leur sujet en 2004 : « Les dictateurs cherchent dans le pouvoir absolu le moyen de contraindre les masses à leur témoigner le respect que leurs parents ne leur ont jamais accordé dans leur
enfance. »


Les résultats de ces recherches invitent évidemment tout parent ou professionnel de l’éducation à redoubler d’attention dans ses pratiques éducatives. Car, il est établi que, sur tous les territoires du monde, l’éducation des enfants laisse encore une place prépondérante à la violence physique ou morale. L’immense majorité des adultes se montre moins respectueuse vis-à-vis des enfants que vis-à-vis des autres adultes. Comme si l’enfant devait nécessairement passer par une période de moins de droits avant d’accéder à la reconnaissance de tous ses droits humains.
Le paradoxe est si saisissant qu’il a poussé Maud DE BOER-BUQUICCHIO, ex-Secrétaire générale adjointe du Conseil de l’Europe, à tirer la sonnette d’alarme en ces termes : « Il faut battre en brèche l’idée selon laquelle l’enfant est, pour la société, un mini-être humain doté de mini-droits ». Et de préciser que la violence éducative peut être définie comme « un acte commis pour punir un enfant qui, s’il était infligé à un adulte, constituerait une agression illégale. »
Pour Catherine GUEGUEN, l’entrave majeure à la prise de conscience est que beaucoup d’adultes confondent autorité et soumission. Ils ont intériorisé, à travers leur propre parcours d’éducation, que violenter un enfant peut être synonyme de l’aimer : « Qui aime bien, châtie bien ! » dit-on en effet. Ainsi, ils croient souvent exercer une autorité sur les enfants en exigeant d’eux qu’ils leur obéissent sans discussion, ou en répondant de façon inappropriée à leurs provocations ou à leurs réactions déstabilisantes.
Pourtant, les récentes découvertes en neurosciences le montrent bien : les colères et attitudes déroutantes des enfants tirent leur origine du fait qu’ils n’arrivent pas encore à contrôler leurs états émotionnels. Or, le non-contrôle durable des émotions est, lui-même, quelquefois lié aux interactions sociales non sécurisantes auxquelles les enfants ont été soumis (cris intempestifs en lieu et place d’explications sereines, insultes, humiliations, coups parfois…). Une inversion de la logique est donc nécessaire pour diminuer la violence en général dans la société et offrir aux enfants de meilleures conditions d’apprentissage et de réussite. Car on n’éduque pas à la non-violence par la violence, ni au respect par l’irrespect.
Prenant appui sur ces avancées scientifiques, Catherine GUEGUEN dresse un
constat : « les enfants réussissent mieux quand leurs parents [et leurs éducateurs] :
-  sont affectueux et encourageants ;
-  passent des moments privilégiés avec eux ;
-  cherchent à comprendre leurs expériences et leurs comportements dans la vie
-  leur expliquent les règles à suivre ;
-  les complimentent lorsqu’ils se comportent bien. »

C’est dire qu’au Burkina Faso, si nous voulons que nos enfants soient moins violents et apprennent mieux à l’école, nous devons nous départir de toute conception de l’autorité parentale fondée sur la violence. Car, comme le résume si bien
Alice Miller : « La vraie autorité n’a pas besoin des coups et des claques pour se montrer forte et pour aider l’enfant. C’est le contraire. On donne des coups et des claques si on se sent faible et impuissant. Dans ce cas, on ne montre pas à l’enfant l’autorité, mais le pouvoir. »

Denis Dambré, Proviseur de collège

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