Réunis en Assemblée générale hier après-midi 26 avril à la bourse du travail à l’invitation de la Coordination nationale des syndicats de l’éducation, les professionnels de l’éducation nationale ont décidé de durcir leur lutte pour obtenir l’application totale de l’accord signé en janvier 2018 avec le gouvernement

On se doutait bien que l’arrangement trouvé entre le gouvernement et les syndicats du ministère de l’Economie, des finances et du développement (MINEFID) par lequel une prime de motivation allant de 900 000 F à 400 000 F par trimestre est accord à chaque agent risquait fort d’avoir un effet boule de neige. Ca n’a pas traîné. En lutte depuis plus d’une année pour obtenir l’application de l’accord signé en janvier 2018, la Coordination nationale des syndicats de l’éducation (CNSE) a convié hier 26 avril ses militants à une Assemblée générale pour faire le bilan des négociations.
Prévue pour 15 heures, c’est avec 30 mn de retard que l’AG a commencé. Ce n’est pas vraiment une journée de grande mobilisation comparativement à la marche meeting du 18 avril dernier qui avait drainé du monde. Dans la cour de la bourse du travail, beaucoup de chaises sont restées inoccupées jusqu’à la fin de la réunion. "Il y a des militants qui commençaient à douter de la détermination de la CNSE à conduire la lutte à son terme sans hésitation et qui n’ont pas jugé utile de venir cet après-midi", croit savoir un syndicaliste. Mais ceux qui sont là sont manifestement les plus déterminés.
Une sono crache des décibels de reggae entrecoupés par le discours prononcé par le défunt président du Conseil national de la la révolution, Thomas Sankara sur la dette lors du sommet de l’Organisation de l’unité africaine (OUA) à Addis-Abeba en 1987 .
Puis deux chauffeurs de salle entrent en scène. Les slogans fusent. On dénonce "le liblib du gouvernement " et on refuse "la clochardisation des enseignants".

L’assistance applaudit. Un des animateurs conclut la séquence en citant Thomas Sankara : "L’esclave qui n’est pas capable d’assumer sa révolte ne mérite pas qu’on s’apitoie sur son sort. Cet esclave répondra seul de son malheur s’il se fait des illusions sur la condescendance suspecte d’un maître qui prétend l’affranchir". Tonnerre d’applaudissements.
Le bureau de la CNSE s’installe. Les choses sérieuses vont commencer. Belem Bonaventure, coordonnateur de la CNSE, par ailleurs, secrétaire général du Syndicat national des professionnels de l’éducation préscolaire (SYNAPEP), prend la parole.
Il remercie "les camarades qui ont répondu présents à l’invitation de la CNSE, même si nous sommes moins nombreux que la semaine dernière". Puis, sans jouer avec les nerfs des militants, il annonce les décisions prises par la coordination avec effet immédiat.
- la suspension des évaluations et de toutes activités pédagogiques à tous les niveaux du système éducatif : correction des devoirs, évaluations, calcul des moyennes, tenue de conseil de classe, transmission de courrier, etc.

- l’organisation tous les jours de Sit-in dans les établissements sur toute l’étendue du territoire dès début mai.

- Finalisation de la correction des indemnités et autres avancements et l’octroi de la bonification à tous les agents au plus tard le 31 Mai 2019.

- Finalisation des discussions par la prise d’un décret sur le statut valorisant de l’enseignant au plus tard le 31 Mai 2019.
Comme un ouf de soulagement, l’assistance applaudit chaudement les mesures annoncées. On se tape dans les mains et on s’encourage pour la suite de la lutte.
La CNSE vient d’annoncer des mesures que ceux qui sont présents attendaient. "On les attendait au tournant ; aujourd’hui là, s’ils n’avaient pas été clairs et précis, ça allait chauffer. Ils ont été trop mous avec le gouvernement", souffle un enseignant après avoir vidé un sachet d’eau minérale.
Bonaventure Bélem ouvre ensuite la liste pour ceux qui souhaitent prendre la parole ; 20 personnes s’inscrivent, tous des hommes. Durant l’AG, aucune voix féminine ne s’est exprimée alors que les femmes étaient bien présentes. "Je demande à chaque intervenant d’être précis ; pas plus de deux mn ; sinon, nous allons passer la nuit ici", recommande Bélem.
Tous les intervenants vont dans le même sens : ils félicitent la SNSE pour ces décisions et insistent pour que tout soit mis en oeuvre pour que le mouvement aboutisse.
Un intervenant dénonce les collègues qui démotivent les autres et qui pourtant vont profiter des fruits de la lutte. Un autre pointe du doigt ceux qui ont été nommés à de "petits postes qui leur apportent rien du tout, et qui empoisonnent la vie des autres".
Un autre insiste : "Toutes nos revendications doivent être satisfaites et c’est en AG que nous devons apprécier s’il faut lever ou pas les mots d’ordre de boycott".
"La coordination vient de nous clouer le bec et on doit aller jusqu’au bout comme les financiers", opine son voisin.

Didactique, un intervenant demande d’expliquer comment et où on organise un sit-in, car "nos jeunes collègues ne s’y retrouvent pas toujours".
Les intervenants semblent respecter la consigne du bureau ; les propos sont courts et précis. "L’humanisme et le recours aux religieux et coutumiers, c’est fini" martèle un intervenant ; un autre réclame les mêmes primes que les financiers selon les catégories". Applaudissements. "L’enseignement est une vocation et on ne fait pas le même travail que le gendarme ou le magistrat qui peuvent se tromper ; nous, on n’a pas le droit de se tromper" opine un intervant.
Primes de risques comme pour les Forces de défense et de sécurité, boycott de la fin de l’année scolaire dans le public comme dans le privé, obligation pour chaque enseignant de jouer sa partition dans le respect des mots d’ordre, possibilité de prolonger le mouvement en juin et durcir la lutte pour la plier avant la fin de l’année, avertissements aux encadreurs qui seraient tentés d’intimider les enseignants grévistes, mise sur pied d’un comité de suivi du respect du boycott, interdiction de recours aux médiations des religieux comme par le passé, etc., autant de propositions formulées par les militants syndicalistes pour obtenir la satisfaction de leurs revendications.
En réponse, le bureau de CNSE a apporté des éclaircissements sur certains points, notamment le lieu des sit-in, en l’occurrence dans les établissements "afin d’identifier les collègues qui ne respectent pas le mot d’ordre" ; la révocation du chef de la circonscription d’éducation de base de N’dorola "alors qu’il est allé simplement assister à la pose de la première pierre de construction d’un collège" ; un sujet dont s’est saisie la Coordination et qui promet "qu’on nous entendra dans les jours à venir" et l’exigence pour le gouvernement d’octroyer la bonification à tous les bénéficiaires "puisque le réseau est revenu", etc.
Il est presque 17h30mn quand le bureau de la CNSE met fin à l’AG. Les militants se quittent, "sereins et déterminés quant à l’issue de notre lutte".
Le gouvernement n’aura donc pas eu le temps de souffler suite à la fin de la grève du zèle des financiers. L’arrêt des activités pédagogiques et administratives dès hier soir constitue une vraie menace sur la validité de l’année scolaire.
Les négociations achoppent principalement sur le statut valorisant de l’enseignant, mais les deux parties ont l’obligation de réussir. Pour conjurer le risque d’une année blanche !

Joachim Vokouma
Kaceto.net

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