La polémique sur le déclassement de la forêt de Kua, à Bobo pour y construire un hôpital de grand standing continue de susciter la polémique. Dans la tribune ci-contre, le Colonel des Eaux et Forêts à la retraite Zouré O. Léonard, Ancien DG de l’Ecole nationale des Eaux et Forêts dénonce la décision du maire de Bobo qui tente de faire passer les protecteurs de la l’environnement pour des opposants à la construction de l’hôpital.

C’est avec un très grand pincement au cœur que j’ai parcouru dans les colonnes du quotidien Sidwaya n°8894, du vendredi 10 au dimanche 12 mai 2019 à la page 29, l’article titré : « Forêt de Kua à Bobo-Dioulasso, le déclassement de 16 hectares autorisé selon le maire » En tant qu’ancien acteur de la gestion de l’environnement et des domaines classés de l’Etat, je me dois d’exprimer mes inquiétudes auprès du maire de Bobo-Dioulasso, du gouvernement et de l’Assemblée nationale, sur une attitude qui s’accommode mal à nos slogans de sauvegarde des intérêts des générations futures. Le maire de Bobo-Dioulasso s’est autorisé à conduire auprès de supposées personnes ressources, une mission pour présenter les forestiers et tous ceux qui ont osé
dire « attention ! » à l’implantation de l’hôpital dans la forêt de Kua, comme des opposants au bien-être sanitaire des populations. En lisant les espaces virulents de l’écrit l’on est en droit de craindre le pire pour les forestiers à qui l’Etat a donné plein pouvoir de protéger, surveiller et garantir les ressources fauniques et forestières pour aujourd’hui et pour demain.

En rappel, l’Afrique Occidentale Française (AOF) fut créée par le décret du 16 Juin 1895. Et le 4 juillet 1935, un décret fixe le régime forestier en AOF (JOAOF du 3 Août 1935, p. 611, son rectificatif dans le JOAOF du 14 septembre 1935, p. 723) complété par le décret du 12 Avril 1954, article 23 bis (JOAOF du 8 Mai 1954, p.844), signés, Albert Lebrun Président de la République Française, Louis Rollin Ministre des colonies, Léon Bérard Garde des Sceaux Ministre de la Justice. La forêt de Kua fut classée par arrêté du Gouverneur général de l’AOF le 27 avril 1936. Ironie du sort, c’est encore en avril de l’année 2019, 83 années après, que monsieur Sanou, maire de la ville de Bobo-Dioulasso, décidera de la mort de cette forêt, avec le concours du gouvernement et sous un silence tombal de notre Assemblée nationale. L’histoire retiendra ces dates et ces hommes. Dès 1935, les services forestiers de l’AOF sont nés et énoncé à l’article 8 du décret en ces termes : « Le service forestier, après entente avec l’administrateur commandant le cercle, procède avec les représentants des villages intéressés à une reconnaissance générale du périmètre à classer et des droits d’usage ou autres s’exerçant sur la forêt…. ». Ce sont les aïeux des personnes ressources de monsieur Sanou qui acceptèrent céder des portions de leurs terres pour leurs descendants. C’est auprès de ces enfants et petits-fils que le maire a cru bon conduire une enquête de commodo incommodo qui ne dit pas son nom. Ce n’est ni plus ni moins que du hors-la-loi puisqu’il enfreint les procédures de cette consultation. Mais si ce n’est pas de cette enquête qu’il s’agit, alors le maire est un propagandiste. Il enfreint à la déontologie en l’espèce car il s’aventure sur une piste qu’il ne maîtrise que par un empressement juridiquement suicidaire alors qu’il est un homme de droit, qui d’ailleurs enseigne les principes élémentaires de l’administration à l’Ecole nationale des Eaux et Forêts. Il faut de la retenue car nos rêves du moment ne sont pas toujours des réalités et peuvent souvent muer en cauchemars pour notre demain, un demain qui appartient à nos enfants et à leurs enfants.

En disant et je cite monsieur le maire : « Nous avons reçu le soutien de l’ensemble des personnes ressources que nous avons rendu visite » (phrase reprise en l’état), le maire ne savait malheureusement pas que de toutes ces personnes auxquelles il a rendu visite, aucune n’est concernée par le déclassement de cette forêt. Il s’est vraiment trompé d’interlocuteur, sauf s’il voulait le sensationnel dans la dentelle politique. Le maire aurait rassuré le public burkinabè s’il disait : « Nous avons visité tous les textes en la matière et nous avons une assurance juridique pour déclasser cette forêt ». J’apprends ici au maire de Bobo-Dioulasso, s’il l’ignorait, que même au Président du Faso la loi n’autorise de déclasser sans s’entourer de tout l’arsenal juridique qui sied : s’il le faisait il tomberait dans l’arbitraire et le non-droit, à fortiori lui et son conseil municipal.
Telle que s’exprimait le maire dans les colonnes du journal, il ramenait le problème à la simple question forestière. Et ce serait cette simplification qui le fait croire que l’implantation de l’hôpital de référence dérangerait forcément les forestiers. Toute la campagne menée fut en fait contre les forestiers, présentés aux populations comme des fonctionnaires qui refusent que l’Etat construise pour elles un hôpital. Présenter l’affaire sous cet angle, il n’avait même plus besoin de personnes ressources pour le soutenir. Toute la population sortira pour marcher, voire broyer du béret vert. Et pourtant, comme disait Galilée le site est bel et bien susceptible de poser problème. En ramant à contrecourant des lois et règlements, l’on est purement un hors la-loi et j’assume mes termes. Et justement il y a polémique puisque des citoyens, responsables et décideurs de surcroit, décident aborder des questions aussi sensibles, pas en fonction des lois et règlements mais en fonction de soutiens de personnes ressources. Ça y est !

Que les forestiers aient voulu prendre la chose comme une affaire de forêt est condamnable à priori. Ce sont les environnementalistes qui sont directement concernés car chargés d’appliquer les textes en matière de la qualité environnementale de la vie des populations et de trouver les voies propices à l’amélioration de cette qualité et à l’atténuation des éventuels impacts néfastes sur elle. Et dans le cas d’espèce, il y a risque que cette qualité-là soit entamée par ce projet à travers la position de son site. Je crois que cette attitude des forestiers a poussé plus d’un à monter sur leurs ergots et à vouloir pour certains, opposer des forces de défense entre-elles. L’autorité qui a pensé à cette manœuvre malsaine peut accompagner ses forces en attente contre les forestiers, à Djibo ou à Gandafabou, où l’attendent fermement les vrais terroristes. Qu’à cela ne tienne nul n’est au-dessus de la loi. Les personnes ressources du maire, qui lui ont donné le soutien au déclassement de la forêt et même les conseillers sincères du conseil municipal en lisant ces lignes, se poseront mille questions. Voici ce que disent quelques dispositions législatives et réglementaires en la matière.

La loi portant Code de l’Environnement stipule que ‘’ les activités susceptibles d’avoir des incidents sur l’environnement sont soumises à l’avis préalable du ministre de l’environnement : l’avis est établi sur la base d’une étude d’impact ou une notice d’impact sur l’environnement’’. Depuis quand une telle étude a été faite. Si elle l’a été, le maire a alors trompé son conseil car il a dû recevoir une copie et l’a camouflée. C’est seulement sur la base de cette copie qu’une enquête de commodo incommodo, qu’il a lapidairement tronqué en propagande contre de pauvres forestiers, s’organise. Ceci veut dire que quand bien-même l’hôpital est salutaire pour le Burkina Faso, les bobolais doivent s’assurer que sa réalisation ne leur sera pas un souci d’une autre nature et d’une autre gravité que les maladies. Pourquoi une telle précipitation. Les chinois ont-ils donné un délai au-delà duquel les sous seront retournés à Pékin. Et qui serait à la base de ce retard.
La loi portant Code forestier au Burkina Faso, stipule que ‘’toute réalisation de grands travaux entraînant un défrichement est soumis à une autorisation préalable du ministre en charge des forêts sur la base d’une étude d’impact sur l’environnement. Même questionnement que dessus.

La loi n°34-2009/AN du 16 juin 2009 portant régime foncier rural, (signé du Président actuel du Faso, alors Président de l’Assemblée) stipule en son article 3 alinéa 2 que « Nonobstant les dispositions de l’article 2 ci-dessus, les forêts protégées et classées, les aires fauniques, les espaces pastoraux, les ressources minières et en eaux, demeurent soumis aux dispositions des législations spéciales y relatives, notamment le code forestier, le code minier, le code de l’environnement, la loi d’orientation relative au pastoralisme et la loi relative à la gestion de l’eau ». a-t-on tout dit aux députés ? a-t-on tout dit aux membres du gouvernement. ‘’That the question’’ disent les anglais. Nulle part ces dispositions ne permette que l’on déclasse une forêt avant d’entamer les procédures, tel que l’on veut le faire croire aux citoyens burkinabè dans les colonnes du journal Sidwaya. Il est vrai qu’en cas d’extrême urgence force reste au Président du Faso de prendre des dispositions exceptionnelles urgentes dans le sens la protection de la république : mais pas dans le cas de la construction d’un hôpital dans une forêt classée.

Dans tous les cas, je ne défends pas une portion de la forêt de Kua. Je ne défends pas des pieds d’arbres qui seront arrachés non plus. Mais je suis intrigué lorsque le maire parle de mesures compensatoires dans la situation actuelle, car il est totalement un hors-la-loi. Les ‘’mesures compensatoires’’ ou ‘’d’atténuation’’ viennent accompagner dans une étude d’impact sur l’environnement, les torts causés par la réalisation d’une activité à des populations, à leurs biens individuels ou collectifs, à l’environnement…, pour proposer des actions qui viendraient en atténuation de ces torts. Mais lorsqu’un décideur reste imprudent sur toute la ligne, il faut lui rappeler que devant le doute mieux vaut s’abstenir. Et c’est justement l’objet de mon intervention à travers ces lignes. Seule une étude d’impact dira si nous sommes face à un choix réfléchi ou face à un choix avec des probables conséquences graves : c’est donc un outil d’aide à la décision pour les décideurs. Ce qui m’intrigue aussi est que le maire ne dit pas à l’opinion publique le pourquoi du rejet du premier site proposé. Semble-t-il que certains conseillers lui ont opposé une suite de non-recevoir car le site se situerait sur la route de son village et que laisser passer ce choix, serait accompagner le maire dans la préparation des gains électoraux. Vrai ou faux seul le maire nous le dira et surtout nous dira pourquoi avoir abandonné ce site.

Aussi, je fais ici remarquer, qu’effrayé par l’ampleur de la dégradation comparative de l’environnement de la ville de Bobo-Dioulasso, je m’étais permis en 1996 dès ma nomination à la tête de l’Ecole Nationale des Eaux et Forêts de Dindéresso, d’encadrer, avec des éminentes personnalités scientifiques, des étudiants de hauts niveaux sur des problématiques majeures autour de la ville et que je sentais poindre.

En 1998, Melle Flore Ferraro de l’Université Paris XII, entourée d’éminents chercheurs et cadres techniques burkinabè et français, traitera pour l’obtention de son Diplôme d’Etudes Supérieures Spécialisées (DESS) en Gestion des Systèmes Agrosylvopastoraux en Zones Tropicales, le thème : « Les impacts de l’urbanisation sur les formations ligneuses riveraines : cas de la ville de Bobo-Dioulasso (Burkina Faso) ». Les conclusions sonnaient comme un véritable avertissement à tel point que l’ENEFD remît une copie du mémoire avec cartes à l’appui, à la mairie de Bobo-Dioulasso. Vingt et un ans après, nous y sommes.
En 1999, ce fut le tour du Comandant Ouédraogo Younoussa de la faculté d’Agronomie de Niamey, Université Abdou Moumouni, de traiter des questions urgentes autour de Samourgouan, Banzon et Djigouéra, zones que j’ai servies de 1975 à 1977. Le thème : « Contribution à l’étude des impacts de la migration des populations d’agriculteurs du nord sur les systèmes agraires dans le département de Samorogouan (Burkina Faso) ». Cette zone connait à nos jours exactement les mêmes soucis pré-signalés par l’étude. Au regard de la gravité des menaces écologiques qui planaient sur la zone, l’ENEFD remit une copie du mémoire au regretté ministre Soma Barro pour le Préfet de Samorogouan.

En 2000 ce fut enfin le tour de Melle Géraldine Dran de l’Université Paris XII de traiter dans les mêmes cadre et objectif que Ferraro, le thème : « Contribution à l’élaboration d’un plan de gestion participative de la forêt classée du Kou ». Ceci suite à un constat de tarissement de certaines sources au niveau de la Guinguette. Le maire de Bobo-Dioulasso comprend alors qu’il n’est pas le seul à aimer ses populations. L’école, créée depuis 1953, désormais facteur physico-socio-biologique de l’écosystème bobolais, acceptait d’accueillir ces jeunes chercheurs français et burkinabè dans le but de contribuer qualitativement, à l’aide à la décision des décideurs locaux sur ces questions de changements climatiques, à une période où ces concepts ne furent pas encore en vogue. Donc tout citoyen peut et doit s’exprimer et attirer l’attention de ses autorités sur des questions touchant la vie des populations et leur bien-être social. Donc dans ce sens je ne suis et ne serai jamais l’adversaire du maire dans son élan de déclassement mais plutôt son conseiller. Comme dit Aristote dans Politique, « Le mérite spécial de celui qui commande est la prudence. Les autres vertus lui sont communes avec ceux qui obéissent »

A l’autorité supérieure, je dis qu’il y a eu trop d’attitudes défensives dans la gestion de la question. Se croyait-on en présence d’une éventuelle détraction politique ? En tout cas une analyse profonde de la question s’impose. Mais comme le dit si bien E. Kant « Le Souverain veut rendre le peuple heureux selon l’idée qu’il s’en fait, et il devient despote ; le peuple veut ne pas se laisser frustrer de la prétention au bonheur commune à tous les hommes et il devient rebelle ». Je suis désolé de faire la comparaison mais je refuse que l’autorité soit mal renseignée et mal orientée dans ses décisions. Blaise Compaoré en vingt-sept années de pouvoir, n’a déclassé aucune forêt, il a même créé une zone faunique à Ziniaré et aménagé une zone de chasse dite zone présidentielle. En 2000, je fus saisi par mon directeur régional de l’Est, de la présence d’un hélicoptère inconnu qui volait bas sur l’espace aérien des aires de faunes de la Kompienga. Mes instructions furent fermes. Faites-le atterrir et le sommer de dégager, et s’il persiste, abattez-le. Après vérification l’engin venait de la présidence d’un pays voisin et chassait sur autorisation des gestionnaires de la Zone de chasse présidentielle et qui n’avaient même pas pris le soin de nous en dire mot alors que la chasse était fermée. Ils étaient bien furieux et avaient menacé d’en informer le Président Compaoré, pour des sanctions exemplaires à mon encontre. L’hélico disparut de nos airs bien entendu. Mais que ne fut pas leur surprise lorsque saisi, Blaise Compaoré félicita la vigilance de mes hommes sur le terrain, et ordonna que le Chef d’état-major des armées et le Chef de Corps des Eaux et Forêts que j’étais, prenions les choses en mains. Toutes les dispositions furent prises sur instruction du ministre de l’environnement, et des prélèvements furent organisés pendant qu’un Super-King nous attendait à la Base aérienne. Le gibier fut chargé aux environs de 00h35mn. Blaise Compaoré ne voulait pas se mettre l’IUCN et les autres organisations sur le dos et à juste titre, du fait des conventions signées. Pourtant il était puissant et pouvait outrepasser. Comparaison pour comparaison, feu Salif Diallo et Yé Bognessan à eux deux ont ordonné durant leur gouvernance du ministère de l’environnement, respectivement quatre et trois déguerpissements de populations d’agriculteurs et d’éleveurs des domaines classés illégalement occupés.

Donc le gouvernement ne devrait pas prêter le flanc et accompagner le maire dans l’illégal. D’abord, en matière d’éthique et de culture, nous pouvons observer que dans le pays dont le gouvernement nous donne les moyens de cet hôpital de référence, pays le plus peuplé du monde avec l’Inde (deux pays où j’ai séjourné), des forêts sont partout présentes et protégées avec rigueur. Dans ces forêts, mal vous prendrait de vous soulager hors des toilettes visiteurs, vous croyant derrière un cabaret de Bolomakoté : vous paierez ou vous serez traité de ‘’sale nègre aux dents jaunes’’. La forêt de Kua peut être préservée au moins comme héritage colonial et surtout comme une soupape de crise foncière pour nos enfants ou petits-enfants. Pour la commune de Bobo-Dioulasso elle peut mieux servir économiquement.

Simon Compaoré, ex-maire de Ouagadougou ne dira pas le contraire avec son joyau de ‘’Parc Bangr-wéogo’’ où défilent des milliers de visiteurs par an. En son temps le maire de Ouagadougou demandait purement et simplement un déclassement de la forêt dite du Barrage, avant sa rétrocession à sa commune. Il n’avait pas suffisamment d’informations pour démordre. Et en homme lucide il a décidé de faire venir le Directeur général des Eaux et Forêts que j’étais, pour mieux lui expliquer les tenants et les aboutissants de ses exigences de déclassement. Après mon passage et mes explications, il m’a dit ceci dans son bureau : « Cnel Zouré, je vous remercie d’être venu. Moi je sais que jamais je ne vais parceller un jour cette forêt même si elle venait à être déclassée. Mais je ne suis pas éternel à la tête de cette commune et je ne peux jurer que l’un de mes successeurs ne le ferait pas. Allons donc pour la concession en l’état ». Je ressortis de son bureau, très fier d’avoir discuté avec un homme d’Etat. Mais Simon Compaoré, s’il s’obstinait il pouvait passer en force et faire déclasser cette forêt car la puissance, il l’avait en ses mains. Heureusement qu’avec cette puissance il avait aussi d’autres armes : la passion d’écouter et la raison. Que le maire de Bobo ait aussi, la raison à côté de sa puissance.

Malheureusement le maire Sanou et son conseil municipal d’ici vingt ans seront loin des problèmes fonciers qu’ils auront créés pour leurs successeurs, comme il y a plus de vingt ans leurs prédécesseurs leur ont laissé des soucis fonciers majeurs. Ne dit-on pas que la différence entre le blanc et le noir, est que le noir manque d’esprit d’anticipation et de vision à long terme. Ce géant projet en occident serait une aubaine pour régler plusieurs questions de recherche à la fois. Les meilleures recherches se font sans tapage dans des milieux aussi appropriés comme cet hôpital de référence. Nous parler de 16 hectares serait s’inscrire dans le court terme et non dans le long terme. Mais soyons tous conscients que les populations au nom desquelles nous voulons cet hôpital et au sein desquelles nous trions nos personnes ressources de soutien sont des pauvres et en tant que pauvres, ils veulent pour leurs enfants ce que nous tous, voulons pour les nôtres ; une éducation, une bonne santé, la sécurité et des opportunités. Elles ne veulent pas de la charité. Elles veulent une chance d’améliorer leur sort. Et elles veulent que leurs droits fondamentaux soient respectés. Nous sommes ici-bas pour défendre cette humanité commune et, par-dessus tout, pour combattre la pauvreté avec passion. Mais si nous voulons vaincre la pauvreté, la passion seule ne suffit pas. Nous devons passer à l’action, en faisant preuve d’efficacité et en nous engageant sur le long terme. Donc si cet hôpital aura l’importance qu’on lui reconnait, alors profitons-en sérieusement à travers des actions bénéfiques.
D’abord le gouvernement doit conduire, à travers un cabinet expérimenté à l’exemple de SOCREGE, une étude d’impact sur l’environnement et s’assurer que les nappes phréatiques qui alimentent la source de la Guinguette et dont les eaux sont issues de la cuvette Dingasso-Koro-Daffra ne seront pas contaminées. Si nous nous précipitons, et qu’à la fin de la réalisation de ce joyau l’on se rende compte qu’il nous cause plus de problèmes qu’il ne nous apporte des solutions, que ferons-nous. Les gouvernements sont une continuité et depuis les indépendances, le pays a connu neuf présidents avec des régimes aux durées variables. Aucun des huit premiers n’a déclassé une forêt pour des raisons de ce genre. Dans tous les cas, même si le gouvernement décide de raser Kua pour y dresser cet hôpital de référence, les hommes de l’empire du soleil levant n’en souffleront mauvais mots. Il est aussi exigé que tout projet de plus de 500 millions en coût, doit être soumis préalablement à une étude d’impact sur l’environnement : il faut nous y conformer pour trouver des vraies mesures compensatoires et non des farces politiques que le maire propose. Et là le maire joue avec les mots car, qu’il aille visiter les plantations politiques et il se rendra compte qu’elles étaient juste faites pour les écrans de télévision.

Ensuite logeons sur le même site des centres de recherches en biologie et bioéthique, pharmacologie, et autres disciplines médicales car nous aurons la chance d’avoir avec nous des grands spécialistes détenant des savoirs et des matériels. Et pourquoi ne pas y déménager le Centre Muraz et une partie de la faculté de médecine pour des recherches de proximité. C’est cela aussi le développement et la vision lointaine. Mais je paris que depuis l’annonce de la construction de cet hôpital de référence par le chef de l’Etat, aucune rencontre sérieuse entre les ministères en charge de la santé, de la recherche, des finances, et de l’enseignement supérieur n’a été formalisée pour agencer les idées d’une meilleure exploitation de ce joyau au plan scientifique. C’est à dix mois du départ des techniciens chinois que des chercheurs qui ne trouvent jamais, s’annonceront sous le couvert de tel ou tel politicien. Que Dieu fasse que je me trompe. Vu sous ces angles alors, seize hectares ne sont pas futuristes mais il en faudra plus. Imitons les missionnaires qui, lorsqu’ils se taillent un site, ne vont pas avec le dos de la cuillère. C’est la véritable part du lion : eux ils sont visionnaires, ils sont futuristes et concrets : depuis 1900, leurs conduites n’ont point varié d’un iota en matière foncière. Enfin, le positionnement du site hors de la ville engendrera sans aucun doute plus d’emplois pour les jeunes des villages environnants, pourvu que les voies d’accès soient bien viabilisées.
Je demande au maire, à son conseil, à tous ceux qui voulaient envoyer d’autres forces de l’ordre broyer du vert, de sortir de leurs bureaux climatisés, sueurs des populations, pour tourner consciencieusement la tête et le cœur sur les voies Bobo-Dioulasso-Nasso-Karangasso-Sambla ; Kodéni-Matourkou-Farakoba-Lèsso-Logofoursso-Sisalia ; Bolomakoté-Kuilima-source de Daffra ; aéroport-Samaga-Koumi-Kokorowé ; Banakélédaga-Vallée du Kou. Ils réfléchiront par trois sinon quatre fois avant de poursuivre leur campagne forcenée conte les innocents forestiers et les velléités de déclassement suicidaire d’un massif de 83 ans d’âge juridique. Les constats leur sembleront si amers que l’avenir écoenvironnemental de la commune leur dictera la voie de la sagesse, autre que celle du gâchis. Mais qu’ils sachent que si d’aventure, l’eau de l’ONEA venaient à être contaminée et rendue impropre à la consommation, ils en auront sur leur conscience toute la vie et avec eux ceux qui les ont accompagné dans un tel contournement des textes. De mon Garango natal, je peux dire au maire qu’il n’est même pas à 0,5% de ses obligations d’assainissement de la ville. Certaines familles souffrent de tant de maladies du fait des décharges devant leur résidence. Mieux vaut prévenir que guérir, surtout que les Pays Pauvres Très Endettés (PPTE) comme le nôtre n’ont aucun remède curatif urgent en dehors des aides extérieures. Chers messieurs, en voulant obstinément tailler seize hectares dans cette forêt classée, avez-vous un seul instant pensé de ce qui adviendrait au reste du massif ? Non ‘’on s’en fou, politiquement on n’est fort’’. Mais sachez tous que le reste du massif sera la proie aux parents et accompagnants des malades comme source d’énergie. Elle disparaitra en si peu de temps. Donc, au lieu de seize hectares demandez tout de suite son déclassement total et ainsi vous aurez à dégager plusieurs milliers de parcelles pour votre jeu favori. Le maire est un fin bobo et bien conscient de cette fin tragique de la forêt de Kua, et il la prépare avec extrême perfection. Malheureusement il entraine un gouvernement dans ses visées, le seul de l’histoire récente de ce pays à disloquer une forêt classée mieux l’une des premières forêts classées de notre pays par le colonisateur. Que le gouvernement suive la voie de la sagesse juridique et s’impose une étude d’impacts sur l’environnement afin de décider en toute lucidité serait salutaire aujourd’hui et demain. Il peut aussi outrepasser ses lois en vigueur en balayant du revers de la main l’exemplarité. Dans tous les cas, l’histoire retiendra toujours nos actes : les bons en lettre d’or et les abominables en encre noire indélébile. Evitons tous ces jeux malsains qui n’ajoutent aucun gain politique à notre gouvernance. Lorsqu’un aveugle expose ses ‘’bourses’’ aux enfants, qu’il ne se plaigne pas que ceux-ci jouent avec. J’aime toujours le dire : « Il ne faut jamais évacuer les questions essentielles car elles reviennent toujours ».

Colonel des EF à la retraite Zouré O. Léonard
Ancien Directeur Général de l’Ecole Nationale des Eaux et Forêts
Ancien Directeur Général, Chef de Corps des Eaux et Forêts
Tél. 70705414 ou 77065077

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