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Tenez, faisons un rapide tour d’horizon de l’actualité africaine. Les médias, c’est connu, pointent rarement leurs projecteurs sur ce qui fonctionne. Ce n’est pas vendeur. Cette observation faite, examinons malgré tout l’actualité de notre sous-région.

Soudan

Au Soudan, depuis début avril, le cœur de la révolution, situé devant le QG de l’armée à Khartoum, était occupé jour et nuit par des milliers de manifestants. Ils y avaient installé des tentes pour réclamer pacifiquement, dans une ambiance de fête permanente, un pouvoir civil. Mais lundi, des soldats, principalement membres de la milice paramilitaire FSR, ont attaqué ce symbole de résistance pacifique, faisant plus d’une centaine de morts.
Les SFR, ce sont les tristement milices Janjawid qui se sont illustrés au Darfour et qui sévissent maintenant au Yémen dans la guerre d’extermination menée par l’Arabie Saoudite et les Emirats Arabes Unis..

Mali
Dans la nuit du 9 au 10 juin, Sobame Da, situé dans la région de Mopti, au centre du Mali, a été attaqué par plusieurs dizaines d’assaillants lourdement armés, identifiés par les rescapés comme appartenant à l’ethnie peule. « Ils ont brûlé vif les habitants dans leurs maisons. Tous ceux qui ont tenté de fuir ont été abattus : femmes, vieillards, enfants, sans distinction ! », confie un témoin.

Le massacre n’a pas encore été revendiqué. Plusieurs pistes, peu claires, se dégagent.
En condamnant cette attaque, le gouvernement pointe du doigt des « terroristes », sans indiquer à quel groupe il fait allusion.
Cette option terroriste, certains observateurs l’envisagent également, vu le contexte socio-culturel et la situation géographique. Sobane est un village majoritairement catholique. « L’attaquer peut inaugurer un cycle », indique l’éditorialiste Adam Thiam. Pour lui, l’hypothèse selon laquelle ce village pourrait être la cible d’islamistes venant notamment du Burkina est tout à fait possible.
Autre piste envisagée par certains observateurs : celle d’une vengeance post-Ogossagou. Du nom de cette localité du centre du pays, où fin mars dernier, une attaque d’une grande ampleur contre des habitants à majorité peule, avait fait près de 160 morts. Tous les regards s’étaient alors portés sur une milice d’autodéfense, celle de l’association de chasseurs dogons Dan Nan Ambassagou. Sur le coup, l’État avait même promis de démanteler cette milice. Or, Sobane « fournit l’essentiel des troupes de la milice dogon Dan Nan Ambassagou », relève le journaliste Adam Thiam.
Pour ce dernier, les deux pistes « ne s’excluent pas. La piste de la vengeance Ogossagou est soutenue par le fait que Sobane relève de l’une des communes qui fournissent le plus de troupes à la milice dogon Dan Nan Ambassagou. Il est très exposé parce qu’il est situé dans la plaine, contrairement à l’habitat dogon qui est dans le contrefort des rochers. Et la piste de l’État islamique s’appuie sur le fait que Sobane est majoritairement catholique. L’attaquer peut inaugurer un cycle. Nous sommes dans le bassin non musulman du plateau Dogon, avec une majorité de chrétiens et d’animistes. Il serait naïf de croire que cela n’est pas possible au Mali où Daesh a déjà pris pied avec les ex-Mujao Abou Walid Sahraoui et Abdel Hakim, implantés seulement à quelques centaines de kilomètres du plateau Dogon. »
Dans tous les cas, une question se pose : celle de l’efficacité de la réponse sécuritaire. « C’est un échec : qu’est-ce qui a été mis en place pour prévenir ce genre d’attaque fréquente ? », interroge l’analyste guinéen Ibrahim Maïga.

Guinée

Le président Alpha Condé et ses affidés ont attendu l’approche de son deuxième et dernier mandat pour s’apercevoir subitement que le pays a vécu tout ce temps sur une constitution votée par une assemblée transitoire non élue, et qu’il est urgent de le doter d’une nouvelle loi fondamentale !
Et comme d’habitude, on assiste à une bataille des juristes avec encore et toujours les mêmes arguties éculés.


Pour : « Le président de la République peut proposer tout projet de loi »
La tribune du constitutionnaliste Me Maurice Togba Zogbelemou a notamment fait le tour des médias et a été diffusée par les cadres du RPG, le parti au pouvoir. L’ancien ministre de la Justice affirme que l’actuelle loi fondamentale, dont il est l’un des rédacteurs, autorise bel et bien le président de la République à proposer par référendum une nouvelle loi fondamentale après avoir recueilli l’avis de la Cour constitutionnelle sur sa conformité à la Constitution. « Il s’agit d’une nouvelle Constitution, donc on ne peut pas utiliser les dispositions de l’article 152 de la Constitution, qui concerne la révision, affirme-t-il. Qu’est-ce qui reste donc dans le texte constitutionnel qui peut justifier la procédure d’élaboration de cette Constitution ? C’est l’article 51 ! Le président de la République peut proposer tout projet de loi. Ça peut être un projet de loi constitutionnel. »
Contre : « Un projet de Constitution ne peut pas faire l’objet d’un contrôle de constitutionnalité »
Un contresens évident selon Me Amadou Diallo, député d’opposition et lui aussi auteur d’une tribune co-signée par Nadia Nahman, la porte-parole de Cellou Dalein Diallo, chef de file de l’opposition. « L’article 51 prévoit un référendum de type législatif, ce n’est pas un référendum constitutionnel. Parce qu’un projet de Constitution ne peut pas faire l’objet d’un contrôle de constitutionnalité. On n’a jamais vu un projet de Constitution, qui est par définition abrogatoire de la Constitution en vigueur, faire l’objet d’un contrôle de constitutionnalité. Cela n’a aucun sens ! »
Le débat semble loin d’être clos. Pourtant, jusqu’ici, personne n’a officiellement consulté le projet de nouvelle Constitution.
Tout cela nous rappelle bien des choses à nous autres Burkinabè...

Côte d’Ivoire

Retour de l’Ivoirité : La polémique ne retombe pas après les propos tenus par l’ancien chef de l’État et président du PDCI Henri Konan Bédié sur les étrangers. Des propos contre lesquels le gouvernement a officiellement réagi ce week-end. Et ce lundi, le PDCI a tenu à défendre son président expliquant qu’il ne faisait que « porter l’attention sur des faits inquiétants ».
Mais à moins d’un an et demi de la présidentielle et alors que le pays fait face à de nombreux conflits intercommunautaires locaux, ce genre de débat sent le soufre.

Face à des représentants PDCI venus de Koumassi, Henri Konan Bédié dénonce le phénomène de l’orpaillage clandestin pour lequel, dit-il, « on fait venir des étrangers armés qui sont stationnés dans beaucoup de villages ». Il dénonce aussi une fraude organisée à l’identité ivoirienne, pointant en particulier la commune d’Abobo dans le nord d’Abidjan. « Si c’est pour venir fausser les élections de 2020 nous voulons le savoir », s’interroge encore le patron du PDCI qui ajoute : « Il faut que nous réagissions pour que les Ivoiriens ne se sentent pas étrangers chez eux ».
Samedi, le gouvernement ivoirien a réagi dans un communiqué signé de son porte-parole Sidi Touré, dénonçant « des propos d’une extrême gravité, de nature à mettre en péril l’unité nationale ». Et d’ajouter que « l’instrumentalisation de la haine de l’étranger par le président Henri Konan Bédié et les dérives qui en ont résulté ont été à la base des différentes crises que notre pays a connues depuis la mort du président Houphouet Boigny ».
Séance de justification ce lundi lors d’une conférence de presse en forme de meeting de Jean Louis Billon, en charge de la communication du PDCI. « Henri Konan Bédié n’a fait que porter à l’attention de l’opinion des faits troublants et inquiétants », déclare l’ancien ministre qui estime que « l’orpaillage clandestin est la principale raison des conflits intercommunautaires sur l’ensemble du territoire ». Pour Jean Louis Billon c’est le gouvernement qui instrumentalise ces questions en sur-réagissant, pour « détourner les Ivoiriens de leurs préoccupations ».
Or la polémique née de l’élection de Miss Côte d’Ivoire 2019 était déjà révélatrice des tensions identitaires. La gagnante Tara Gueye, dont le père est sénégalais, a été attaquée sur ses origines. Un signe des divisions qui persistent et inquiètent à l’approche de la présidentielle de 2020. Et c’est sur ces braises là que Bédié a décidé de souffler.

Niger

L’ONU tire à nouveau la sonnette d’alarme au Niger, pays en proie à l’insécurité où les activités des groupes armés, notamment Boko Haram, sont à l’origine de nombreux déplacements de populations. L’ONU estime ainsi qu’en 2019 quelque 2,3 millions de personnes, soit 10,4% de la population ont besoin d’une assistance humanitaire. Un constat établi jeudi lors d’une réunion entre agences de l’ONU, représentants d’ONG et des partenaires.
Depuis le mois de janvier, plus de 100 000 nouveaux réfugiés et déplacés ont été recensés au Niger, alors que le pays en abritait déjà quelque 300 000. Et les inquiétudes sont localisées. À Diffa notamment, dans le sud-est, région frontalière de l’État nigérian de Borno, les groupes armés tels que Boko Haram ont provoqué le mouvement d’environ 25 000 personnes.
Toujours près de cette frontière nigériane, mais plus à l’ouest, dans la région de Maradi, ce sont environ 20 000 Nigérians qui ont fui les violences de leur pays.
Il y a aussi les zones proches des frontières maliennes et burkinabè, dans les régions de Tahoua et Tillabéry. Des zones très instables selon l’ONU qui ont vu l’arrivée de 70 000 personnes.

Burkina

Chez nous, c’est l’extradition de François Compaoré qui faisait l’actualité ces derniers temps. Le parti au pouvoir s’est réjoui de la décision de la justice française de valider l’extradition de François Compaoré mis en cause dans l’assassinat du journaliste Norbert Zongo en 1998, tandis que l’ex-parti de Blaise Compaoré a dénoncé cette décision. “ Nous pensons que si l’esprit de la réconciliation est vraiment sincère de la part des autorités burkinabè et des tenants du pouvoir, elles doivent faire en sorte que ce ne soit pas une justice de vengeance qui soit opérée contre M. François Compaoré, mais que ce soit une justice dans le sens vraiment de rétablir l’unité nationale” a déclaré Achille Tapsoba, 1er vice-président du CDP. “ Il ne s’agit pas d’une chasse aux sorcières. Nous, ce que nous recherchons en termes de réconciliation nationale, c’est d’abord la vérité et que la justice soit dite après. Puis, il y aura le pardon (...). Mais s’il n’y a pas de vérité et s’il n’y a pas de justice, comment peut-on réconcilier des gens si on ne sait pas qui à fait quoi à qui ? “, réplique Bendi Ouoba, porte-parole du MPP

Et pendant ce temps, la longue litanie des attaques dites terroristes continue :
- 19 morts et 13 blessés dimanche à Arbinda. Apparemment, ils mitraillent les marchés à présent..
- 4 personnes assassinés à Nassingré, village situé dans la commune de Sollé au Nord de Titao, près de la frontière avec le Mali.

Sénégal

Au Sénégal, le frère du président Macky Sall (encore un frère de président !) a été mis en cause dans une enquête de la BBC. Dans le cadre de l’attribution de deux gisements pétroliers à British Petroleum (BP), Aliou Sall aurait perçu 250 000 dollars de la part de Frank Timis. Ce dernier, un homme d’affaires roumano-australien, aurait reçu entre 9 milliards et 12 milliards de dollars pendant 40 ans de BP, ce que la firme britannique dément.
Une semaine après la diffusion de l’enquête de la BBC, Aliou Sall, également maire de Guédiawaye, près de la capitale Dakar, écarte toute démission. Il avait déjà démenti avoir reçu 250 000 dollars de la part de Frank Timis.
Le sulfureux Frank Timis, nous autres Burkinabè le connaissons bien à cause de Tambao. Les guinéens également !

Le seul point commun à l’ensemble de ces affaires, c’est l’impunité. L’absence d’État de droit. L’impunité généralisée est la seule spécificité en Afrique. Tous nos autres problèmes existent partout ailleurs.

Invités par le président à se prononcer lors d’un référendum organisé le jour des élections européennes, 80% des votants roumains ont rejeté les réformes judiciaires initiées par le gouvernement pour assouplir la lutte anticorruption.
À partir de quand et pourquoi les gens décident-ils de dire STOP ?
Chez nous, ce seuil ne semble pas encore atteint.

Maixent Somé
Analyste politique
Kaceto.net

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