"Fumer, ce n’est pas bien", rappellent régulièrement les professionnels de la santé et les organisations de lutte contre la consommation de cigarette. Une lapalissade qui, malheureusement, est ignorée par beaucoup de personnes devenues des "accro" de la "clope". Avec les conséquences pour elles-mêmes et pour leur entourage.

Koudougou, chef-lieu de la région du Centre-ouest est devenue depuis quelques années la ville la plus prisée pour abriter les séminaires, ateliers et autres sessions de formation. Hôtels, restaurants et les lieux de loisirs y sont apparus pour satisfaire la demande en hébergement et capter une clientèle à la recherche de frissons le soir venu. C’est dans un des maquis que nous rencontrons Jessica (pseudonyme), une employée aux formes généreuses qui y officie depuis de nombreuses années. Son boulot ? Servir les boissons aux clients à longueur de journée et parfois partager un verre avec ceux qui le lui proposent. Elle accepte parler du mal dont souffre son oncle, grand fumeur devant l’éternel et des désagréments que cela lui cause. "Mon oncle a de sérieux problèmes de poumons à cause de la cigarette. Les médecins lui ont dit que s’il n’arrête pas de fumer, il va mourir, mais il continue de fumer à longueur de journée", confie la jeune dame. Son oncle a mille chances de faire partie des 4800 burkinabè que le tabac emporte chaque année selon l’Organisation mondiale de la santé. "La cigarette a gâté mon oncle, et aujourd’hui, il est méconnaissable", regrette Jessica.


Francis Yaméogo, 31 ans, agent de sécurité au Centre hospitalier régional (CHR) de Koudougou est également sous l’emprise du tabagisme et en a conscience. « J’ai commencé à fumer depuis la classe de 6è, à l’âge de 13 ans, et cela à cause de la mauvaise fréquentation », explique t-il. Il fume en moyenne 9 bâtons par jour pour se déstresser et oublier les problèmes familiaux et avoue avoir "essayé maintes fois d’arrêter" sans y parvenir. Il est bien au courant que la consommation de cigarette peut provoquer certaines maladies puisque "parfois, j’ai mal à la poitrine et que je me fatigue vite aussi lorsque je fais un effort physique".
Selon Narcisse Naré, chargé de mission du ministre de la Santé, la cigarette est la première cause de mortalité dans le groupe des maladies non transmissibles. « La cigarette est le seul aliment autorisé qui tue plus de 50% de ses consommateurs », confie-t-il, avant de poursuivre : « Si vous connaissez un fumeur, dites-lui d’arrêter car la fumée qui résulte de la cigarette le tue à petit feu ».
A l’en croire, la fumée issue de la cigarette est responsable à 71% du cancer-bronchite primitif (une des maladies qui tue le plus dans le monde) et provoque d’autres maladies cardiovasculaires, les faiblesses sexuelles, l’hypertension, etc.

Les conséquences de la cigarette pour le consommateur passif

« La cigarette n’est pas seulement nuisible pour les consommateurs directs, mais également pour les consommateurs passifs (ceux-là qui sont en contact avec la fumée du fumeur). Le tabagisme passif tue près de 600 000 personnes par ans selon toujours l’OMS. "La fumée de cigarette est deux fois plus nuisible pour les fumeurs passifs », révèle le chargé de mission du ministre de la santé. La cigarette ne tue pas que les fumeurs, elle peut s’avérer dangereuse pour les non-fumeurs qui sont en permanence en contact avec les fumeurs lorsque ceux-ci fument. « C’est la raison pour laquelle, il est déconseillé de fumer en publique ou en présence des gens » poursuit Francis Naré, qui rappelle que la législation burkinabè interdit de fumer en public et dans les endroits clos, sous peine d’amendes allant de 10 000 15 000FCFA. Malheureusement beaucoup de Burkinabè ignorent la loi en vigueur mais on en trouve qui la violent allègrement. C’est du moins le constat que nous avons pu faire dans certains débits de boissons et autres lieux publics à Koudougou.
"Je ne pense pas que la fumée peut faire quelque choses au non-fumeur", se justifie Théophile Sombougma lorsqu’on l’interpelle sur le non respect de législation sur la cigarette.


Vendeuse de poisson braisé, Kadija Touré a conscience des dangers auxquels elle s’expose en étant au contact des fumeurs. Mais, explique t-elle, "je n’ai pas le choix parce que la majeure partie de mes clients sont des fumeurs. Lorsque je leur dit d’éteindre leurs cigarettes, ils se sente frustrés et je peux les perdre". Résultat : elle inhale la fumée de cigarette de ses clients à longueur de journée avec les conséquences sanitaires inévitables. « On va faire comment ? C’est ce qui nous donne à manger. Si on ne supporte pas, on n’aura pas de client », lance-t-elle, visiblement fataliste.
Djénè est mère de quatre enfants et est aujourd’hui habituée à la fumée de la cigarette à cause de son mari qu’elle a rencontré il y a sept ans. "Au début, je lui ai dit plusieurs fois d’arrêter de fumer. Sans succès. Maintenant, je suis habituée à l’odeur et la fumée ne me dit plus rien" confie t-elle, avant de reconnaître à notre grand étonnement qu’elle ignore les conséquences de la fumée de cigarette sur sa santé.

Comme elle, beaucoup ignorent l’impact de la fumée sur leur santé et les maladies que l’exposition à la fumée de cigarette peut provoquer.

La chicha, une nouvelle forme d’intoxication de la jeunesse

A 17 ans, élève dans un lycée de Koudougou Ahmed est un consommateur de la chicha, sorte de grande pipe d’origine persane utilisée pour fumer le tabac, surtout quand "je vais en boite avec mes amis. "Pour lui, la Chicha n’a pas pas de goût en tant que tel et il la fume juste "pour frimer"e ». Or, le chargé de mission est formel : "fumer la chicha est deux fois plus nocif que la cigarette parce que les substances qu’elle contient sont les mêmes que la cigarette mais en double" et selon lui, c’est pour cette raison que le gouvernement rwandais a interdit sa consommation.

Pour lutte contre le tabagisme au Burkina, beaucoup de stratégies ont été élaborées et appliquées, notamment à travers des campagnes de sensibilisation sur les paquets de cigarette et la prise en charge des fumeurs désirant arrêter. Selon le docteur Théodore Kangoye, médecin de santé publique à la retraite, il existe d’une part, la méthode basée sur les conseils et d’autre part, la prise en charge médicamenteuse. Pour cette dernière option, rappelle le Dr Kangoye, le Burkina Faso dispose d’un centre de prise en charge et de sevrage pour les fumeurs. Ce centre est une unité du Centre hospitalier universitaire (CHU) Yalgado Ouédraogo à Ouagadougou. Mais concernant la méthode fondée sur les conseils, insiste-t-il, elle doit être basée sur la prise de conscience du fumeur et de sa volonté de cesser de fumer.

Frédéric Tianhoun
Kaceto.net

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