Pour les acteurs du business du Faso dan Fani, le nom et le visage de Germaine Compaoré ne leur sont pas étrangers. Présidente de l’Association des tisseuses Teega-Wendé qui regroupe plus de 400 personnes, elle est aussi secrétaire générale de la Fédération nationale des tisseuses du Burkina.
Dans la boutique qui sert de salle d’exposition-vente de produits de tissage dans le quartier Cissin, véritable caverne d’Ali Baba des produits du coton burkinabè, elle s’active avec d’autres femmes, à préparer des commandes à livrer et reçoit des stocks envoyés par des tisseuses : pagne du 11 décembre 2017, du 8 mars 2018 et pour l’échéance la plus proche, le pagne de la 4ème édition du Salon international du textile africain (SITA), prévue du 18 au 25 novembre et dont elle est la présidente de la commission exposition-vente.
Dans l’entretien qu’elle nous a accordé, elle revient sur le fonctionnement de l’Association Teega-Wendé et fait le point des préparatifs du SITA

Quand avez-vous créé l’Association ?

L’association a été créée en 2009 et reconnue en 2010. Au départ, elle comptait plus de 600 membres et vu notre nombre, nous étions obligées de tenir nos réunions dans une école de Kouritenga. Les membres de l’association sont originaires de l’arrondissement 6, ex secteur 17, c’est-à-dire, le Grand Cissin.
A cause des inondations du 1er septembre 2009, certaines ont dû trouver refuge vers Yagma, pendant que d’autres ont quitté leur maison dès le début des travaux d’aménagement du canal du Mogho Naba. Résultat, nous nous retrouvons aujourd’hui à 450 membres, mais très actives. Des associations de femmes résidant à Rimkièta, Bonheurville et Kamsaong-tenga sont venues grossir nos rangs.

A quoi répondait le besoin de créer cette association ?

Il faut savoir que l’arrondissement 6 de Ouaga est une zone de tissage ; les femmes en font leur activité principale. Quand la maire de Boulmiougou, Séraphine Ouédraogo a lancé les opérations de lotissement, elle a constaté que dans chaque cour, il y a au moins une femme qui fait du tissage. Etant déjà responsable d’une autre association, « Femmes unies pour le progrès du Faso », elle m’a demandé de regrouper les femmes tisseuses pour qu’ensemble, nous essayions de les aider à aller de l’avant. Nous avons donc fait un recensement de près de 600 femmes, toutes motivées et actives dans leur métier. Mais, seule, aucune ne pouvait faire grand-chose. D’où l’idée de créer l’association Teega-Wendé qui est une faîtière regroupant d’autres associations. Il n’y a pas d’adhésion individuelle.


Quelles étaient les difficultés auxquelles elles étaient confrontées dans l’exercice de leur métier ?

Le souci numéro un était l’accès à la matière première, c’est-à-dire, la disponibilité du fil. Elles étaient obligées de faire la file toute la journée dans l’espoir d’en avoir même quand elles avaient l’argent pour payer. Nous avons tapé à toutes les portes pour trouver une solution à ce problème, et c’est ainsi que l’ONG Shalom, qui est basée en Italie nous a ouvert ses portes en nous accordant du micro-crédit. Le fondateur de Shaloom est venu nous rencontrer et quand il a vu notre nombre, il n’a pas hésité à nous prêter 10 millions de F CFA, une somme qui permettait d’acheter au moins 100 balles de de fil. Nous sommes ensuite allées voir FILSAH pour négocier un partenariat dans l’acquisition de la matière première et c’est ainsi que nous avons pu commencer à doter les femmes de fil, leur permettant de travailler.
Chacune a pris l’engament de travailler et venir à la fin du mois remettre le fond de roulement pour qu’on aille à nouveau nous approvisionner. Nous ne leur remettons pas l’argent, mais on les dote de la matière première, et celle qui est rapide peut venir s’approvisionner autant de fois qu’elle veut. Grâce au partenariat avec FILSAH, il n’y a jamais de rupture de matière première pour nous.
Pour booster la production, nous avons organisé des journées de promotion des produits de tissage, en impliquant chaque année les autorités afin qu’elles portent haut notre message qui est de valoriser le tissu national. Fort heureusement, la Transition nous a bien entendues et a décidé en septembre 2015 de faire du Faso dan Fani, le pagne du 8 mars, la journée internationale de la femme.

Cette décision a-t-elle eu un impact sur l’activité des tisseuses ?

Très franchement, cette décision nous a fait du bien car elle a eu un impact direct sur la production. Dès la première édition en 2015, les tisseuses ont fait un chiffre d’affaires de plus d’1 milliard au plan national. Normalement, une tisseuse doit produire 20 pagnes par mois en moyenne ; quand elle en fait plus, on doute de la qualité et moins, ce n’est pas rentable. Avec le 8 mars, chaque tisseuse doit produire 50 pagnes et même à ce rythme, on ne parvient pas à satisfaire la demande. Et au bilan, nous avons constaté qu’une dizaine de femmes qui se déplaçaient à vélo, ont pu acheter des motos, et j’ai demandé aux autres de mettre le paquet pour faire pareil en 2018 !
Quant au prix que les gens trouvent cher, il faut savoir que c’est un prix arrangé, qui est loin du prix réel. A moins de 6000 F le pagne, la qualité n’est pas garantie. En fait, le pagne coûte 5000 F et 1000 F pour l’impression du logo.

Vous êtes la présidente de la commission exposition-vente du SITA. Etes-vous dans le timing dans les préparatifs ?

Oui, fort de mon expérience dans l’association des tisseuses, l’organisateur du SITA m’a demandé de lui donner un coup de main en me confiant la commission exposition-vente. C’est un honneur pour toutes les tisseuses et je vais donner le meilleur de moi-même pour accomplir la mission qui m’est confiée.
Je peux dire que les préparatifs se passent bien ; les choses ont beaucoup évolué depuis dimanche dernier après que nous ayons fait un travail d’information et de marketing auprès des participants à la Foire multisectorielle de Ouaga (FIMO).
Nous avons pu convaincre des gens de rester pour le SITA et c’est ainsi que des Syriens, Egyptiens, Marocains, etc., se sont inscrits sur place et sont même allés prendre leur stand. Toutes les grandes tisseuses de Ouaga et des autres régions seront là. Il reste encore un peu de place et j’invite ceux qui sont intéressés à se dépêcher ; l’engouement est bien perceptible et mon expérience me dit que ce sera une grande fête du textile africain et une opportunité d’affaires.

Propos recueillis par Joachim Vokouma
Kaceto.net