Le délégué général du Festival panafricain de cinéma et de la télévision de Ouagadougou (Fespaco) Ardiouma Soma était à l’honneur lors de la 7ème édition du Festival international de film de Dakhla au Maroc. Une récompense pour l’ensemble de son oeuvre au service du cinéma, et aussi un honneur fait au Fespaco, la biennale du cinéma africain qui s’apprête à célébrer son 50è anniversaire l’année prochaine.

Située en plein Sahara occidental, la ville de Dakhla, chef-lieu de la province OuedEd Dahab, (Maroc) est bien connue des amoureux des sports nautiques. Son climat doux, en moyenne annuelle entre 22 et 27 °C, attire de nombreux touristes étrangers, notamment européens quand s’installe l’hiver de l’autre côté de la méditerranée.
Dakhla, c’est une aussi ville connue pour la place qu’elle accorde au cinéma avec son célèbre Festival international du film de Dakhla. La 7ème édition de ce rendez-vous culturel vient de se dérouler du 24-28 avril, sous le haut patronage de sa Majesté Mohammed VI. L’édition 2018 a mis en valeur le court métrage avec la projection de 20 films de cette catégorie et a été aussi l’occasion de rendre hommage à des personnalités marocaines et étrangères pour leur dynamisme dans la promotion du cinéma. Parmi ces personnalités figure notre compatriote Ardiouma Soma, délégué général du Festival panafricain du cinéma de Ouagadougou (FESPACO).
Un hommage bien mérité pour cet homme de culture, qui consacre sa carrière depuis plus de 25 ans au Fespaco, un rendez-vous d’une dimension internationale qui réunit tous les deux ans ce qu’il y a de meilleur en matière de productions cinématographiques sur le continent africain.
Pour ceux qui suivent de près l’organisation du Festival, le visage de Ardiouma Soma ne leur est nullement étranger. Lors des conférences de presse de lancement du Fespaco, c’est toujours lui qui dévoile le contenu de l’édition : nombre de films reçus et retenus, répartition par catégorie, identité des présidents des différents jurys, prix programmés, etc. Bref, à lui seuil, il est une mémoire et une bibliothèque vivante du cinéma burkinabè.
Diplômé en Communication, cinéma et audiovisuel de l’université de Ouagadougou et de Paris Sorbonne, Ardiouma Soma a été entre autres, directeur artistique du Fespaco, DG du cinéma et de l’audiovisuel au ministère de la Culture, président du Bureau burkinabè des droits d’auteur, avant d’être nommé délégué général du Fespaco en 2015. Nous sommes alors en pleine Transition, une séquence très mouvementée de la vie politique burkinabè qui a coïncidé avec l’année de l’organisation de la 25ème édition du Fespaco. On se souvient encore de la polémique quant à la capacité de notre pays à organiser cet évènement international, dans un contexte de ralentissement économique et du climat pas du tout favorable aux affaires.
Pour beaucoup, le gouvernement devait consacrer les maigres ressources disponibles à autre chose qu’à célébrer le cinéma. Mais le président Michel Kafando a fini par trancher : le Fespaco aura bel et bien lieu. A la délégation générale de se débrouiller pour que la fête se déroule au mieux. Un défi pour Ardiouma Soma et ses collaborateurs. L’homme connait le milieu et sait sur qui compter pour relever le défi. Il active son carnet d’adresses aussi bien au Burkina qu’à l’étranger, mobilise son équipe et se met au travail. Ce qui ressemble bien à un miracle a lieu : la fête du cinéma africain se déroule sans incidents. Les films programmés sont effectivement projetés et le public, bravant la peur, n’a pas boudé les salles. Le 7 mars, dans la cuvette du Palais des sports de 2000, la cérémonie de clôture, haute en couleurs, consacre le triomphe du réalisateur marocain Hicham Ayouch, Etalon d’or pour son film « Fièvres ». La fête fut belle et honneur national sauvé.
En distinguant Ardiouma Soma, le Festival international du film de Dakhla, a, de fait, salué les compétences de celui qui, dans l’humilité, préside aux destinées du Fespaco. « La distinction qui m’a été faite au Maroc est une reconnaissance du travail accompli par les différents responsables du Fespaco, mais c’est aussi une invite à mieux faire », se contente-t-il de commenter.


Pour lui, il faut pousser toujours pousser plus haut le Fespaco, le mettre au diapason des autres rendez-vous du même genre au plan international.
Il croit dur comme fer que les cinéastes africains ont plus que le potentiel pour porter haut les couleurs continentales, pour peu qu’on mette en place des mécanismes institutionnels de soutien à la production et la distribution des films. Une nécessité d’autant que le cinéma a toujours été plus qu’un art, mais un outil de combat pour la liberté, le respect des identités et désormais, un levier de développement économique avec ce qu’il est convenu d’appeler les industries culturelles.
Ardiouma Soma rappelle que, tout comme la littérature, la science, le sport, le cinéma a d’abord été utilisé par les Occidentaux pour justifier la colonisation de nos pays. Puis des nationalistes africains se sont emparés de cet outil pour le retourner contre l’idéologie et la politique de domination, et revendiquer une identité africaine décomplexée.
A présent, souligne-t-il, la dimension économique du cinéma représente un défi pour les Africains. C’est à eux de trouver les moyens de financer les productions locales pour satisfaire une demande nationale en pleine expansion, et rompre ainsi avec la dépendance vis-à-vis des subventions étrangères. « Celui qui finance a un droit de regard sur le scénario final du film, donc l’identité du réalisateur », explique le délégué général du Fespaco.
Certes, le président du Faso a mis un milliard de F CFA à la disposition des cinéastes burkinabè, mais c’est un soutien ponctuel qui ne s’inscrit pas dans la durée. « Au temps de la SONACIB, 15% du prix du ticket d’entrée dans les salles servaient au soutien de la production », rappelle Ardiouma Soma. Seulement, avec la signature au début des années 1990, des programmes d’ajustements structurels, le secteur cinématographique a été abandonné. « Pas rentable », selon le vocable cher aux fonctionnaires de la banque mondiale.
Résultat, le secteur cinématographique burkinabè s’est déstructuré, fonctionnant presqu’à l’informel. Certes, on produit environ 30 films par an au Burkina, mais qu’aucun cinéaste burkinabè n’ait plus remporté l’Etalon d’or de Yennenga depuis 20 ans est révélateur de l’état peu enviable de notre cinéma.
Ardiouma Soma insiste aussi sur l’urgence de mettre en place des formations aux nouveaux métiers de l’audiovisuel et au renforcement des capacités multidimensionnelles des acteurs du secteur. « Pendant longtemps, on a occulté les comédiens », regrette-t-il, rappelant que ce sont pourtant, « eux les vrais acteurs du film ».
En 2019, on célèbrera la 26ème édition du Fespaco en même temps que son 50è anniversaire. Une célébration placée sous la triple dimension de la mémoire, de l’identité et de l’économie : « confronter notre mémoire et forger l’avenir d’un cinéma panafricain dans son essence, son économie et sa diversité ».
Tout un programme !

Joachim Vokouma
Kaceto.net

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