Rarement un sujet aura autant suscité de controverses que celui du projet de déclassement d’une partie de la « forêt classée » de KUA, dans l’ouest du Burkina. Mais au-delà de la polémique elle-même, c’est probablement l’écologie politique à la burkinabè qui sort perdante de ce duel entre « pro » et « anti ».

Novembre 1998. Blaise COMPAORE au pouvoir depuis octobre 1987, brigue un nouveau mandat après celui de 1991. Mais cette fois, il n’est pas seul dans la course à la présidence. En effet, Il a face à lui deux concurrents. L’ancien diplomate Frédéric GUIRMA, du Front de Refus RDA, ainsi qu’un ex -impresario du nom de Ram OUEDRAOGO. Ce dernier se présente sous la bennière des Verts, les écologistes, dont il assume volontiers le côté précurseur du mouvement dans le pays.
La présidentielle est certes largement remportée par le chef de l’Etat sortant. Mais les burkinabè auront sans doute retenu la verte leçon de choses que le promoteur de l’espace « OR », situé en face de l’université de Ouagadougou, entendait leur donner à la faveur de cette élection sans grand enjeu réel en termes de résultat final.
Plus de deux décennies après, que reste-t-il finalement de l’écologie politique au Burkina Faso ? Sans doute, le sentiment d’un capital d’estime abondamment gaspillé entre mauvais choix politiques et bisbilles internes.
Aujourd’hui le mouvement est écartelé entre plusieurs courants qui se disputent sa légitimité. Ram OEUDRAOGO lui-même a récemment averti, non sans surprise, qu’il pourrait sortir de sa retraite politique, pour éventuellement tenter de revenir sur le devant de la scène. En cause, selon lui, la situation nationale particulièrement difficile. Une annonce qui a aussitôt déclenché un torrent de réactions hostiles sur la toile.
Crise de valeurs
Dans le fond, les grandes problématiques liées par exemple à la protection de l’environnement, à la dégradation de la couche d’ozone du fait de la pollution industrielle, les changements climatiques, ainsi que leur prise en compte dans l’agenda politique, ne sont plus le monopole des formations écologistes. L’ont-elles seulement jamais été ? Là est toute la question.
Le projet d’érection d’un nouvel hôpital dans la ville de Bobo Dioulasso par la Chine est venu confirmer cette tendance à la démonopolisation. En effet, dans ce débat très vif qui a viré à l’affrontement physique entre différentes tendances puis à l’interdiction de manifestation par le maire de la ville de Bobo Dioulasso, ce sont bien les activistes des réseaux sociaux, qui ont pris l’initiative. Grillant ainsi la politesse aux politiques et aux écologistes qui n’ont eu d’autre choix que de courir opportunément après le train déjà en marche.

Désormais ce sont les citoyens et les citoyennes qui prennent eux-mêmes l’initiative dans ce domaine. En s’appropriant les sujets d’intérêt général.
De la ceinture verte aux questions liées à l’accès à l’eau et au péril du sachet plastique, elles (les populations) sont désormais sur tous les fronts et lancent des d’idées qui se transforment en mobilisation citoyenne pour défendre la nature.
De là à penser que le Burkina Faso est gagné par une grande vague verte, il y a un pas que certains se refusent à franchir. C’est le cas de Sylvestre OUEDRAOGO.
Sur les réseaux sociaux justement, l’universitaire n’hésite pas à tacler sévèrement ceux qui, selon lui, s’érigent en défenseurs de l’environnement à la faveur de l’actualité, alors qu’ils n’ont jamais pu ou su planter un arbre chez eux. Ce point de vue n’est pas partagé par d’autres acteurs qui estiment au contraire que la mobilisation actuelle est une bonne chose.

Juvénal Somé
Kaceto.net

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