Retrait collectif de la CPI, vote du budget, succession de Nkosazana Dlamini-Zuma, etc., plusieurs dossiers seront sur la table de discussion des chefs d’Etat africains à l’occasion du sommet de l’UA qui se tient ce week-end à Kigali.

Aujourd’hui s’ouvre à Kigali, au Rwanda, le 27è Sommet des chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union Africaine (UA) autour du thème : « 2016, année africaine des droits de l’homme, avec un accent particulier sur les droits des femmes ». Au menu de ce conclave ordinaire des dirigeants africains, figurent l’adoption du budget de l’UA, la mise en circulation d’un passeport continental, l’élection du successeur de la présidente de la Commission de l’Union africaine, Nkosazana Dlamini-Zuma qui termine son dernier mandat, le renouvellement du mandat des commissaires et le retrait ou pas des pays africains de la Cour pénale internationale (CPI).
Sur le premier point, le parlement panafricain avait déjà adopté début mai 2016, un projet de budget pour 2017 estimé à 448,6 millions de dollars, en légère hausse par rapport à 2016 qui était de 416,9 millions de dollars, mais toujours financé à plus de 80% par des sources extérieures. Robert Mugabé, qui ne rate aucune occasion de brocarder les Occidentaux, ne s’était pourtant pas gêné de faire payer ses billets et ses frais de séjour avec l’argent des impérialistes quand il occupait la présidence tournante de l’Union africaine avant de la céder au Tchadien Idriss Déby ! La dépendance financière de l’institution panafricaine vis-à-vis de l’extérieur qui dure depuis des décennies prive de fait, ses dirigeants de moyens de défendre souverainement les intérêts de leurs peuples.
Quant au projet de passeport africain, il a également été adopté par le Comité des représentants permanents (COREP) en prélude au sommet qui se tien ce week-end.
Un échantillon de ce document devrait d’ailleurs être symboliquement remis aux présidents, chefs de gouvernement, ministres des Affaires étrangères et aux représentants permanents basés au siège de l’UA à Addis-Abeba.
A l’évidence, l’adoption de ce passeport, qui s’inscrit dans l’Agenda 2063, représente un pas de géant dans la marche vers l’intégration africaine, en facilitant la libre circulation des personnes sur le continent. « Le dispositif doit être étendu d’ici à 2018 à tous les habitants des 54 pays du continent africain », indique un communiqué de l’UA. A terme, le passeport panafricain qui sera disponible en 2017, abolira les frontières en permettant aux Africains l’entrée sans visa et la résidence pendant 30 jours dans les 54 pays du continent. Les citoyens ordinaires devront toutefois encore attendre 2025 pour obtenir le fameux sésame.
La désignation du successeur de la présidente de la Commission de l’UA Nkosazana Dlamini-Zuma et le renouvellement du mandat des Commissaires marqueront les temps de ce 27e sommet. Au 31 mats 2016, date de clôture de dépôt des dossiers, trois candidatures ont été enregistrées : La ministre des Affaires étrangères du Botswana, Pelonomi Venson-Moitoi, son homologue équato-guinéen, Agapito Mba Mokuy, et l’Ougandaise Speciosa Wandira-Kazibwer, ambassadeur de l’Onu dans la lutte contre le Sida. Des personnalités que certaines jugent peu connues pour un poste dont l’occupant devrait avoir une stature et une aura internationale. Il n’est pas donc pas exclu qu’à Kigali, on trouve un arrangement, comme les Africains savent le faire, et permettre à d’autres candidats d’entrer en lice. A ce jeu, le nom du Sénégalais Abdoulaye Bathily, 69 ans, représentant spécial du secrétaire général des Nations Unies Ban Ki-moon pour l’Afrique centrale, est souvent cité. Et le président Macky Sall mène depuis quelques semaines une campagne souterraine pour rallier le maximum de ses collègues à la cause de son compatriote. Rien n’est toutefois gagné, la présidente sortante ne cache pas son souhait que le poste reste entre les mais d’un ressortissant d’Afrique australe.
Mais quelque soit l’identité du futur président de la commission, il n’est pas interdit d’être sceptique quant à ses capacités à faire bouger les lignes et impulser une vraie dynamique à l’UA qui soit à la hauteur des attentes des populations. De fait, le président de la Commission, qui devrait être le vrai patron de l’organisation a très peu de marges de manouvre vis-à-vis de ceux qui l’ont désigné. Pour l’avoir expérimenté, l’ancien président du Mali, Alpha Oumar Konaré avait préféré rendre le tablier dès la fin de son premier mandat.
Faut-il oui ou non se retirer collectivement de la CPI ? La réponse à cette question est loin d’être simple, tant elle divise les 54 pays africains. Seulement 34 pays ont ratifié le Traité et certains, comme la Côte d’Ivoire, ne sont favorables au retrait collectif, mais individuel.
L’évènement de ce 27e sommet pourrait le retour du Maroc dans la maison continentale qu’il avait quittée en 1984 pour protester contre l’admission de la République arabe sahraouie démocratique (RASD). Il se murmure qu’à Kigali, le Royaume chérifien présentera sa candidature à l’adhésion à l’Union africaine, le bilan du boycott ayant été globalement négatif. D’autant que la RASD bénéficie toujours du soutien de l’Algérie, l’Afrique du Sud, le Nigeria, trois poids lourds du continent, et surtout d’une sympathie dans les opinions africaines.

Joachim Vokouma
Kaceto.net