Les responsables de la fédération ghanéenne de football seraient cités dans une grosse affaire corruption impliquant des arbitres. L’enquête a été menée pendant deux ans par un journaliste qui a infiltré l’administration de la fédération

La polémique enfle un peu plus au Ghana où le gouvernement a annoncé ce jeudi 7 juin la dissolution de la Fédération ghanéenne de football. Cette dernière se retrouve au coeur d’un scandale de corruption, dont la "nature massive" pousse le gouvernement à cette mesure radicale.

C’est une histoire qui fait tâche dans le paysage du football ghanéen, encore plus avec la CAN féminine 2018 en fin d’année. Les plus hautes instances du football sont touchées par un scandale de corruption. La polémique est telle que le gouvernement du Ghana a pris une décision ce jeudi 7 juin : la Fédération ghanéenne de football va être dissoute.
Le gouvernement, porté par la voix de Mustapha Abdul-Hamid, ministre de l’Information, a « décidé de prendre des mesures immédiates pour la dissolution de la fédération ghanéenne de football » en raison de « la nature massive de la corruption présumée ». Tout s’est emballé à partir de mercredi.

A Accra, un documentaire explosif a été présenté mercredi 6 juin en avant-première au Centre international de conférence de la capitale. Son nom : ‘’Number 12’’. Il a été réalisé par Anas Aremeyaw Anas, un journaliste infiltré avec son équipe, et connu dans son pays pour avoir révélé de nombreuses affaires de corruption. Lui et ses associés ont enquêté pendant deux ans.
Dans ‘’Number 12’’, les plus hauts dirigeants du football ghanéen sont visés, dont le plus célèbre d’entre eux : Kwesi Nyantakyi, le président de la Ghana Football Association (FA Ghana). Piégé par des journalistes d’investigation, Kwesi Nyantakyi apparaît proposant à de prétendus « investisseurs » de juteux contrats.

Le dirigeant propose par exemple 11 millions de dollars pour faciliter à ces « investisseurs » l’accès à des personnalités clés du gouvernement, dans le but d’obtenir d’importants contrats. Lors de rencontres à Dubai (Emirats arabes unis), Nyantakyi suggère aussi la création d’une société écran qu’il dirigerait dans l’ombre contre de grosses commissions. Ladite société écran serait chargée des sponsors de la Ghana Premier League, le championnat d’élite ghanéen.

D’autres dirigeants de la FA Ghana ainsi que des arbitres apparaissent également dans le documentaire. Certains acceptent des pots-de-vin pour influencer la sélection de joueurs, ou encore pour truquer l’issue de certains matches de championnat.
Fin mai, la police avait déjà ouvert une enquête à l’encontre de Kwesi Nyantakyi. Le président de la République Nana Akufo-Addo avait déposé plainte après avoir consulté le documentaire d’Anas Aremeyaw Anas - ce dernier fait depuis l’objet de menaces de mort -. Le chef d’Etat accusait Kwesi Nyantakyi d’avoir utilisé « frauduleusement le nom et le bureau du Président » pour des affaires personnelles.

Joint par Teteh Ahadji, correspondant de RFI, le président de l’Association des clubs du Ghana Kodjo Fianou a déclaré être « très choqué » par toutes ces révélations. « Les mots me manquent. Cette affaire est très mauvaise pour le football ghanéen », a-t-il confié avant que le gouvernement n’annonce cette dissolution. Abasourdi, Kodjo Fianou a ajouté : « Je suis choqué en voyant dans le documentaire un membre de mon propre staff en flagrant délit de corruption. Je ne sais vraiment pas quoi dire. Il fut d’abord que je me remette du choc. »

Mustapha Abdul-Hamid, le ministre de l’Information, assure que « le gouvernement veillera à ce que les réformes nécessaires soient mises en oeuvre de manière urgente pour assainir la gouvernance du football dans le pays ».

ECOFIN

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