Alors que les plus nihilistes lui prédisaient une fin politique prématurée, l’ex-Première dame Simone Gbagbo est en train de renaître de ses cendres après une longue descente aux enfers.

La pasionaria du Front populaire ivoirien (FPI) a été libérée le 6 août 2018 à la suite d’une amnistie accordée par le chef de l’Etat Alassane Ouattara. L’épouse de l’ancien président Laurent Gbagbo a passé les sept dernières années en prison, après la chute de son époux le 11 avril 2011. Elle purgeait une peine de 20 ans de prison pour « atteinte à la sûreté de l’État ». Une mascarade judiciaire pour ses avocats et des observateurs interrogés par l’agence de presse African Daily Voice (ADV).
Désormais libre, « une nouvelle page » s’ouvre pour Simone Gbagbo, 72 ans, et son parti, le FPI (actuellement divisé en deux camps rivaux), comme elle l’a indiqué dans sa première déclaration publique devant ses partisans.
La perte brutale du pouvoir et les années d’incarcération n’ont pas entamé d´une once sa popularité. Cette femme d’influence, une politicienne madrée, doublée d’une tacticienne, reste incontestablement l’une des figures politiques des trois dernières décennies en Côte d’Ivoire.

Son domicile de la Riviera Golf à Cocody (quartier huppé d’Abidjan, la capitale économique) est devenu, depuis sa « résurrection », le passage obligé du microcosme ivoirien : alliés et adversaires politiques, religieux, artistes en vogue ou sur le déclin, hommes et femmes d’affaires, responsables associatifs et humanitaires, petits commerçants, sportifs, rois et chefs coutumiers, communautés villageoises, étudiants, syndicalistes, supporters anonymes… Tous se bousculent au portillon de la résidence familiale des Gbagbo.

Les délégations affluent de tout le pays. Voir Simone Gbagbo et être vu avec celle qui cristallise encore les passions. Peu importe les « qu’en dira-t-on ». Chacun souhaite, à sa manière, compatir et s’afficher avec une personnalité certes clivante mais qui incarne une certaine idée de la Côte d’Ivoire, un pays en quête de paix dans une période charnière de son histoire.
Progressivement donc, Simone Gbagbo tente de reprendre toute sa place sur l’échiquier politique et de se réinsérer lentement dans l’espace social et médiatique. Des communicants travaillent à la nouvelle image de l’égérie de l’ancien pouvoir socialiste ivoirien. Elle n’a jamais renié son affiliation à la gauche, en particulier au FPI, dont elle est l’une des fondatrices.

Au parfum des nouveaux outils de communication, Simone Gbagbo utilise les réseaux sociaux, notamment Twitter, pour mobiliser ses concitoyens et promouvoir la « réconciliation » nationale. « Je voudrais profiter de cette plateforme pour inviter tous les Ivoiriens à aller à la réconciliation sans à priori et sans retenue. Bâtissons ensemble une Côte d’Ivoire de paix », écrivait-elle le 6 septembre 2018.
En plus du réseau social au petit oiseau bleu, les équipes de Simone Gbagbo implémente leur stratégie de reconquête de l’opinion sur Facebook. Ouverte le 25 août 2018, sa page officielle, qui n’est pas encore certifiée, compte à peu près 25 000 abonnés.

Photos glamour, messages de paix, communiqués de presse et comptes rendus de son actualité annoncent la couleur. Si elle s’en sert pour séduire et rassurer, la plateforme est aussi un canal pour réaffirmer sa position dans la crise fratricide qui secoue le FPI depuis 2014.

« Le FPI n’étant pas partie prenante à ces élections, Mme Simone Gbagbo, 2ème vice-présidente du parti, n’a apporté sa caution à aucun candidat », mettait-elle ainsi en garde, le jeudi 11 octobre, les électeurs suite à l’utilisation de son image par des candidats indépendants ou issus de l’autre aile du FPI dirigée par Pascal Affi N’Guessan, récemment élu à la tête de la région du Moronou, dont elle conteste l’autorité.
Un uppercut qui en dit long sur son désir de clarification mais également ses ambitions. Le destin politique de Simone Gbagbo dépend, en partie, de l’issue de la bataille pour le contrôle du FPI. Elle a cofondé ce parti dans la clandestinité en 1982 avec Laurent Gbagbo, 73 ans, détenu depuis fin novembre 2011 par la Cour pénale internationale (CPI), à La Haye (Pays-Bas), et le fidèle parmi les fidèles de son époux, Aboudramane Sangaré, 72 ans, ex-ministre des Affaires étrangères. Ce dernier, surnommé le « gardien du temple », incarne le visage des « radicaux » opposés à Pascal Affi N’Guessan.

Ces trois bêtes politiques ont contribué à la naissance de ce parti d’opposition qui a écrit les premières pages les plus prometteuses du multipartisme dans cette ex-colonie française. Et la tâche ne fut pas aisée face au Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) dirigé par le « sage d’Afrique », Félix Houphouët-Boigny, en 1990.
Simone Gbagbo, qui jouit d’une aura au sein de son camp, peut-elle pour autant prétendre à un avenir présidentiel en 2020 ou se contentera-t-elle d’être « seulement » une « faiseuse de roi » ?
Selon Babacar Justin Ndiaye, journaliste sénégalais et politologue, « en politique, quand on n’est pas couché dans son cercueil, on peut rebondir ». En clair, l’ancienne syndicaliste possède les atouts maîtres pour retrouver sa place dans le paysage politique ivoirien.

« Tant que Simone est là, une situation politique peut créer un rebondissement, car la conjoncture politique est évolutive et si l’opposition triomphe, c’est parce qu’il y a une erreur de la majorité », confie l’analyste politique à l’agence de presse African Daily Voice (ADV). En général, l’opposition exploite les failles de la majorité, relève-t-il.

Pour Babacar Justin Ndiaye, la libération de Simone Gbagbo est une démarche stratégique, politique plus qu’humanitaire. « C’est donc une faveur pour le Front populaire ivoirien », juge-t-il. Le journaliste estime que l’ancienne Première dame est une figure emblématique et fédératrice. « La Côte d’ivoire est aujourd’hui dans une situation où les lignes politiques bougent tous azimuts. Chaque jour peut apporter son lot d’évolution brutale », ajoute-t-il.

Quelles que soient les analyses, l’on peut aisément observer que la libération de Simone Gbagbo a donné de l’espoir au FPI (toutes branches confondues), qui a gouverné d’octobre 2000 à avril 2011. Dans un contexte de recomposition du paysage politique, les choix de Simone Gbagbo pourraient profondément impacter le jeu politique ivoirien, à deux ans de l’élection présidentielle de 2020.
Il ne faut donc pas s’étonner que le président du PDCI, Henri Konan Bédié, 84 ans, désormais libre de tout engagement, lui fasse les yeux doux. Le 9 août dernier, il a officiellement mis un terme à son alliance avec Alassane Ouattara et le Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP, mouvance présidentielle).

L’ancien chef de l’Etat envisage de « promouvoir une plate-forme de collaboration avec les Ivoiriens qui partagent sa vision d’une Côte d’Ivoire réconciliée » en vue de reconquérir le pouvoir d’Etat en 2020.

Comme le PDCI, le FPI nourrit lui aussi le rêve de se retrouver au sommet. L’éclatement de la coalition ouattariste constitue du pain bénit pour la fervente croyante Simone Gbagbo et ses troupes.

Si Affi N’Guessan conduisait une délégation du FPI le 15 octobre à Daoukro afin d’assister au 6è congrès extraordinaire du PDCI, le clan Sangaré a préféré s’abstenir. Il n’empêche que le rapprochement entre le vieux parti et les composantes de l’opposition ivoirienne, en particulier « les deux FPI », semble plus que probable dans la perspective de la présidentielle de 2020.
Pour sûr, tout dépendra de l’option choisie par celle que l’on continue d’appeler affectueusement « Maman Simone ». Les cartes sont désormais entre les mains de « la lionne Abouré », du nom de cette ethnie de Bassam (sud de la Côte d’Ivoire) à laquelle elle appartient.

Des sources généralement bien informées évoquent un prochain tête-à-tête, à Abidjan, entre Simone Gbagbo et Henri Konan Bédié, qui avait envoyé une délégation de cadres du PDCI lui exprimer sa compassion après sa sortie de prison.

Avec notre correspondante régionale Ndeye Magatte Kebe – African Daily Voice (ADV)

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